Une IA censée évaluer les capacités cognitives en analysant le discours

Publié le 12 octobre 2026
Une IA censée évaluer les capacités cognitives en analysant le discours
© Pixabay

Une équipe de recherche de l’Université Trinity College de Dublin a mis au point un modèle d’IA capable de détecter des signes de vieillissement cérébral grâce à l’analyse du langage. Les chercheurs ont publié les résultats de leur étude dans la revue Science Advances[1].

En analysant des énoncés prononcés par les participants, l’IA attribue un âge à ces personnes. Si l’âge correspondant aux capacités de langage n’est pas le même que l’âge biologique, les chercheurs pointent un écart entre les deux chiffres. Cet écart indique, selon les chercheurs, un vieillissement précoce du cerveau (cf. Vieillissement, intelligence artificielle : l’Unesco se penche sur des enjeux contemporains).

Une vaste étude sur des sujets sains et d’autres atteints de divers troubles des capacités de langage

L’étude a été menée sur près de 3.000 participants hispanophones âgés de 18 à 88 ans et originaires de 5 pays d’Amérique latine : Argentine, Chili, Colombie, Mexique, Pérou. La moitié d’entre eux (1.500) étaient atteints de handicap cognitif léger, de la maladie d’Alzheimer ou de diverses formes de démence fronto-temporale.

Les chercheurs ont utilisé les données recueillies dans le cadre du projet ReD-Lat[2], un consortium réunissant des centres de recherche des 5 pays précédemment cités ainsi que des Etats-Unis et du Brésil. Ce projet a pour objectif d’étudier la démence dans les pays d’Amérique latine et des Caraïbes.

Chaque participant devait accomplir des tâches telles que décrire une vidéo, donner le plus de noms de légumes ou d’animaux possible en 60 secondes, reformuler un récit immédiatement après l’avoir entendu puis 20 et 30 minutes plus tard. Les chercheurs ont isolé 700 critères d’évaluation du discours, parmi lesquels la vitesse d’élocution, le nombre et la longueur des pauses, les variations de hauteur de voix, l’expression des émotions, la précision du vocabulaire ou encore l’organisation de l’énoncé.

Un « âge du discours » censé être un indicateur de capacités cognitives

L’IA a ensuite estimé l’âge des participants d’après ces critères, et les chercheurs ont comparé ce chiffre à l’âge biologique de ces personnes. Certaines d’entre elles présentaient un écart, un « speech-age gap » (« écart avec l’âge du discours »), parfois peu important, dans le cas de personnes atteintes de handicap cognitif léger, mais d’autres fois plus prononcé, dans le cas des démences fronto-temporales.

Selon l’équipe de chercheurs, cet écart peut donner des informations sur les capacités cognitives. Les personnes qui ont été évaluées comme ayant un écart important montraient aussi des signes de vieillissement biologique précoce du cerveau, mesuré par imagerie neuro-médicale, ainsi que de vieillissement épigénétique, mesuré par l’observation de la méthylation de l’ADN.

Le phénomène était également associé à de moindres performances en cognition globale, ce qui englobe les diverses fonctions exécutives et les différents types de mémoire. Le « speech age » (« âge du discours ») correspond à des facultés cognitives qui vont au-delà des facultés de langage.

Des facteurs environnementaux aussi en cause ?

Agustin Ibanez, enseignant-chercheur auprès de l’Institut de la santé du cerveau et de l’Ecole de médecine du Trinity College et co-auteur de l’étude, explique que le dispositif « évalue les signes du vieillissement mais aussi des indices relevant des domaines de la cognition, la santé du cerveau, la biologie systémique et même l’environnement du sujet ».

En effet, les importants écarts entre âge biologique et « âge du discours » sont également associés à des facteurs environnementaux : instabilité financière, malnutrition ou sous-nutrition, accès limité aux soins, traumatismes infantiles ou faible niveau d’éducation. Ces facteurs augmentent le risque de démence (cf. Les expériences négatives pendant l’enfance accélèrent le vieillissement épigénétique).

Quelle place pour ce modèle IA dans le diagnostic ?

La mesure de l’« âge du discours » devrait remplacer ou du moins compléter les examens qui ont cours actuellement comme l’imagerie neuro-médicale, les analyses de sang, les tests moléculaires et autres examens cliniques spécialisés, avancent les scientifiques. Le langage peut en effet être évalué à distance et à un coût bien moindre. Les scientifiques mettent en avant ces avantages dans la perspective de diagnostics dans des régions où l’accès aux autres méthodes est difficile.

Un procédé qui a des limites

Le Dr Manisha Parulekar, co-directrice du Centre sur la perte de mémoire et la santé du cerveau de l’Université Hackensack, dans le New Jersey, qui n’a pas participé au travail de recherche, émet toutefois quelques réserves. Elle explique que « la voix humaine est extrêmement changeante et réagit à de multiples facteurs conjoncturels et variables, ainsi une personne peut sembler avoir un « âge du discours » plus élevé si elle est déprimée, stressée ou fatiguée ».

Par ailleurs, les participants ont été évalués de façon ponctuelle et non prolongée dans le temps. Les chercheurs n’ont pas pu observer le caractère éventuellement prédictif de l’augmentation d’un « age gap » en termes d’apparition et développement d’une démence (cf. Une thérapie génique « anti-vieillissement » bientôt proposée, avant d’avoir été autorisée).

[1] Hernan Hernandez et al. ,Speech clocks decode dementia phenotypes, social exposome, and biological aging.Sci. Adv.12,eaef9864(2026). DOI:10.1126/sciadv.aef9864

[2] Projet ReD-Lat

Sources de la synthèse de presse: News medical, Trinity College Dublin (30/09/2026) ; Live Science, Isha Ishtiaq (01/10/2026) ; The Independent, Rebecca Whittaker (01/10/2026)