« Aide médicale à mourir » : plus de 90 associations canadiennes s'opposent à l'élargissement aux troubles mentaux
Plus de 90 organisations du secteur du handicap et de la santé mentale issues de l’ensemble des provinces et territoires du Canada s’opposent à l’élargissement de l’« aide médicale à mourir » (AMM) aux cas de maladie mentale (cf. Canada : un nouveau report du projet visant à élargir l’accès à l’AMM ; Canada : un projet de loi excluant l’accès à l’AMM des personnes atteintes de troubles mentaux rejeté) ; ). Un Canadien sur trois pourrait répondre aux critères de « maladie mentale » au cours de sa vie. En effet, la définition de « maladie mentale » telle que retenue dans le projet d’élargissement de l’AMM, pourrait englober en pratique un large éventail de troubles mentaux.
Inclusion Canada mène cette initiative, à laquelle participent notamment Le handicap sans pauvreté, la Société canadienne de schizophrénie et l’Association canadienne pour la santé mentale. Ces organisations ont adressé une lettre ouverte au Premier ministre Mark Carney, au ministre de la Justice et procureur général Sean Fraser, ainsi qu’à la ministre de la Santé Marjorie Michel. Cette lettre a également été envoyée au Comité mixte spécial sur l’« aide médicale à mourir », composé de parlementaires. C’est lui qui est en train d’étudier la possibilité d’élargir l’AMM aux personnes dont le seul problème médical est une maladie mentale.
Les personnes en situation de handicap ou vivant avec une maladie mentale « ont besoin d’aide et d’espoir – pas de l’AMM »
Ces organisations demandent au gouvernement canadien d’abroger les dispositions de la loi sur l’AMM qui prévoit un échéancier pour cette légalisation, aussi appelé la « disposition de temporarisation ». Pour Krista Carr, directrice générale d’Inclusion Canada, « les personnes en situation de handicap et les personnes vivant avec une maladie mentale qui font face à la pauvreté, à l’insécurité en matière de logement, à l’isolement social et aux obstacles à l’accès rapide aux soins de santé ont besoin d’aide et d’espoir – pas de l’AMM » (cf. Canada : euthanasié à 26 ans car diabétique et dépressif ; Canada : un homme bientôt sans domicile demande l’euthanasie, feu vert du médecin).
Selon la loi actuelle, les personnes porteuses d’une maladie mentale peuvent déjà être admissibles à l’AMM si elles présentent une maladie, une affection ou une incapacité concomitante et répondent aux critères d’admissibilité existants (cf. La mort administrée de façon « inclusive » : les euthanasies encore en hausse au Canada en 2024). Faire de la maladie mentale le seul problème médical invoqué serait une « expansion importante et malavisée » selon les associations. « Bien que certaines personnes soutiennent que l’AMM est distincte du suicide, Santé Canada définit le suicide comme « l’acte volontaire de s’enlever la vie ». L’AMM pour maladie mentale entre clairement dans cette définition », pointent-elles.
Une surreprésentation des « marginalisés » dans les demandeurs d’AMM
En outre, les organisations mettent en exergue le fait que les Canadiens « marginalisés » sont surreprésentés parmi les personnes ayant recours à l’AMM dite « voie 2 » c’est-à-dire quand la mort naturelle n’est pas « raisonnablement prévisible » (cf. Face au handicap ou à la pauvreté, l’« aide médicale à mourir » se généralise au Canada). Entre 2021 et 2024, 2 050 Canadiens sont décédés en ayant recours à cette procédure.
Les données fédérales montrent que 6 personnes sur 10 décédées à la suite d’une AMM de cette catégorie étaient des femmes. En outre, plusieurs vivaient « dans des quartiers à faible revenu, résidaient dans des établissements de soins de longue durée, souffraient d’isolement ou de solitude, se percevaient comme un fardeau, vivaient une instabilité résidentielle ou avaient besoin de soutien psychosocial ».
L’inquiétude des familles, la demande de l’ONU
La présidente d’Inclusion Canada, Moira Wilson, affirme que « les familles partout au Canada sont profondément préoccupées par ce que cet élargissement signifierait pour les personnes qui peinent déjà à avoir accès à des soins de santé mentale adéquats, à un logement, à des soutiens au revenu et à des services communautaires ». « A un moment où tant de personnes demandent de l’aide pour vivre dans la dignité, le Canada ne devrait pas élargir l’accès à la mort assistée pour les personnes vivant avec une maladie mentale ».
Dans ses observations finales de 2025 concernant le Canada, le Comité des Nations Unies relatif aux droits des personnes handicapées avait demandé au Canada d’abroger la « voie 2 », de rendre son régime d’AMM conforme aux obligations du Canada au regard de la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH) et de mettre fin à ses velléités de l’élargir aux troubles mentaux (cf. Canada : l’ONU appelle à interdire l’euthanasie des personnes handicapées)
Sources de la synthèse de presse : Inclusion Canada (25/05/2026) ; Noovo (26/05/2026)