La mort administrée de façon « inclusive » : les euthanasies encore en hausse au Canada en 2024
Le gouvernement du Canada a publié son sixième rapport annuel sur l’« aide médicale à mourir » (AMM), établi pour l’année 2024. L’année dernière, 16 499 personnes sont décédées après une euthanasie. Un chiffre en augmentation de 6,9% par rapport à l’année 2023[1]. Au total, 76 475 cas d’« aide médicale à mourir » ont été recensés au Canada depuis la dépénalisation de la pratique en 2016 (cf. Canada : le groupe à l’origine de la dépénalisation de l’« aide à mourir » désormais inquiet).
Le rapport de Santé Canada indique que « l’AMM n’est pas classée comme cause de décès par l’Organisation mondiale de la santé ». La pratique serait « un service de santé fourni dans le cadre de soins de fin de vie ou complexes, auquel une personne peut accéder dans des circonstances très limitées ». Mais des circonstances conduisant à 5,1% des décès recensés peuvent-elles être qualifiées de « limitées » ?
Deux « voies » pour mourir
Au Canada, deux « voies » sont prévues pour demander l’« aide médicale à mourir », selon que le décès de la personne est « raisonnablement prévisible » – il s’agit alors de la « voie 1 »- ou non, dans la « voie 2 ». Cette dernière étant mise en place depuis 2021.
En 2024, 95,6% des cas d’AMM relevaient de la voie 1, et 4,4% de la voie 2. Cependant le taux de croissance est nettement supérieur pour la seconde voie : il était de 17,1% entre 2023 et 2024. Les personnes y recourant, en majorité des femmes et déclarant une situation de handicap à 61,5%, ont témoigné souffrir de solitude ou d’isolement pour 44,7% d’entre elles et craindre d’être perçues comme une « charge » pour leur famille, amis ou proches aidants, pour plus de la moitié.
Aucun suicide assisté en 2024
« L’AMM a été administrée par un praticien dans tous les cas survenus en 2024 », précise le rapport. L’« autoadministration de l’AMM », autrement dit le suicide assisté, est pourtant bel et bien autorisée dans l’ensemble des provinces et territoires du Canada, exception faite du Québec. La province compte 36,4% des AMM en 2024 (cf. Au Québec, « champion du monde » d’euthanasie, une nouvelle loi pourrait davantage limiter l’accès aux soins palliatifs).
Des patients soulagés et des demandes retirées
Au total, 22 535 demandes ont été reçues par Santé Canada en 2024. Celles qui n’ont « pas abouti » ont été retirées pour 692 d’entre elles, jugées inadmissibles (1327 demandes) ou encore été rendues caduques par le décès du demandeur (4017 cas).
Le rapport gouvernemental précise que « les raisons les plus courantes de retirer une demande d’AMM étaient que la personne avait accepté d’autres moyens pour soulager sa souffrance », ou « qu’elle avait changé d’avis en apprenant des informations supplémentaires sur l’AMM » (cf. Belgique, Pays-Bas, … : les soins palliatifs moins développés dans les pays qui autorisent l’euthanasie ; Euthanasie : une mort douce ?).
Proportionnellement, le nombre de personnes jugées inadmissibles en 2024 était beaucoup plus élevé pour la voie 2 que pour la voie 1, représentant au total 24,2% des demandes rejetées (cf. Canada : feu vert pour l’euthanasie d’une femme qui la demande faute d’opération chirurgicale).
« Les personnes recevant l’AMM ne proviennent pas de manière disproportionnée de communautés à faible revenu ou défavorisées »
« Les constatations des analyses socio-économiques et communautaires laissent entendre, à un niveau élevé, que les personnes recevant l’AMM ne proviennent pas de manière disproportionnée de communautés à faible revenu ou défavorisées », veut rassurer le rapport chiffres à l’appui (cf. Pauvreté, obésité, deuil : des euthanasies « moralement éprouvantes » au Canada).
« Santé Canada continuera de travailler avec les systèmes de santé provinciaux et territoriaux, les experts, les intervenants, les partenaires autochtones et les membres du public afin de s’assurer que l’AMM soit administrée de façon sécuritaire, appropriée, respectueuse, inclusive et fondée sur la dignité humaine », déclare Marjorie Michel, ministre de la Santé (cf. Canada : l’ONU appelle à interdire l’euthanasie des personnes handicapées). « J’invite les Canadiens à lire ce rapport et à réfléchir à ses constatations », écrit-elle dans son message qui accompagne le rapport.
Une réflexion dont le gouvernement semble pourtant se dispenser. Face à la hausse ininterrompue du recours à l’« aide médicale à mourir », il considère même qu’un taux de croissance de près de 7% en 2024 indique que « le nombre de cas d’AMM déclarés chaque année commence à se stabiliser ».
[1] Le taux de croissance observé entre 2019 et 2020 était de 36,8 %.