Angleterre : « la situation financière du secteur des soins palliatifs est désastreuse »
« Comme l’a démontré le rapport publié le mois dernier par le National Audit Office, la situation financière du secteur des soins palliatifs est désastreuse. Deux tiers des centres de soins palliatifs pour adultes en Angleterre ont enregistré un déficit en 2023-2024. Dans tout le pays, les hospices sont contraints de réduire leurs effectifs, de diminuer le nombre de lits et de supprimer des services destinés aux personnes en fin de vie qui souhaitent être soignées à domicile. » C’est le constat alarmant que souligne le Dr Rachel Clarke, médecin en soins palliatifs.
Les lits de soins palliatifs sont « très peu rentables »
Dans le Cambridgeshire, des hôpitaux universitaires ont décidé de supprimer 829 000 livres sterling[1] de financement annuel il y a un mois. Ce qui conduit l’hospice Arthur Rank à fermer 9 de ses 21 lits.
« Concrètement, cela signifie que, désormais, chaque année, plus de 200 personnes n’auront plus la possibilité d’être soignées dans le confort de notre hospice et mourront malheureusement dans un hôpital surchargé », déplore Sharon Allen, directrice de l’établissement.
Les lits de soins palliatifs sont « très peu rentables », tente de justifier le NHS Trust.
« Pourquoi, lorsqu’il s’agit de prendre soin de nos mourants, fermons-nous collectivement les yeux ? »
« Pour moi, spécialiste en soins palliatifs hospitaliers, les statistiques abstraites sur le financement prennent chaque jour une forme indélébile, témoigne le Dr Clarke. Il y a le visage de ce vétéran âgé, recroquevillé comme une virgule sur un brancard, qui espérait finir ses jours dans un hospice, mais qui a été réorienté vers un service d’urgence en crise. Il y a cette famille dont j’ai une fois de plus anéanti les espoirs en lui disant : « Je suis désolé, il n’y a toujours pas de lit disponible à l’hospice. » Il y a les draps souillés, les peurs inexprimées, les doses de morphine qui sautent. »
En fin de vie, la souffrance prend deux formes : une partie inévitable et une partie évitable, cette dernière n’étant pas le résultat d’une maladie, mais de choix politiques, s’indigne le médecin. Ce qui « devrait tous nous révolter ». « Pourquoi, lorsqu’il s’agit de prendre soin de nos mourants, fermons-nous collectivement les yeux ? », interroge-t-elle.
« Les belles paroles ne suffisent pas »
La demande en soins palliatifs devrait augmenter de plus de 25 % d’ici 2048, interpelle le Dr Clarke. Or d’ores et déjà environ 150 000 personnes par an ne peuvent pas accéder aux soins palliatifs dont elles ont besoin. « Le secteur, de plus en plus endetté, ne peut tout simplement pas faire face à la demande », constate le médecin. Dès lors, « les gens pourraient se sentir obligés d’accepter l' »aide à mourir » parce qu’ils ne peuvent pas accéder aux soins palliatifs qui pourraient rendre leur vie encore digne d’être vécue », avertit-elle.
Le médecin s’insurge : « Le pire dans la réponse du gouvernement au rapport [du National Audit Office] est peut-être son caractère désinvolte : « Nous reconnaissons qu’il reste encore beaucoup à faire et nous étudions comment améliorer l’accès, la qualité et la durabilité des soins palliatifs et des soins de fin de vie pour tous les âges, conformément au plan décennal pour la santé » ». Or dans le plan décennal du NHS pour l’Angleterre le mot « palliatif » apparaît une seule fois. « Les belles paroles ne suffisent pas. »
[1] Environ 940 000 euros
Source de la synthèse de presse : The Guardian, Rachel Clarke (10/11/2025)