Au Kenya, la GPA internationale en plein essor soulève la question d’une légalisation

Publié le 15 septembre 2025
Au Kenya, la GPA internationale en plein essor soulève la question d’une légalisation
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La gestation par autrui (GPA) est une pratique en plein essor au Kenya. Pour le moment, la loi ne dit rien sur cette pratique, mais face à divers scandales, la question de la légalisation se pose : « encadrer » la GPA permet-il de protéger les mères porteuses et les enfants qu’elles mettent au monde ? (cf. « La GPA est un marché mondial qu’il faut abolir internationalement »)

Comment le Kenya est devenu une destination prisée pour des GPA internationales

Aux débuts de l’expansion internationale de la GPA, l’Asie du sud était la principale région concernée. Puis la Thaïlande, en 2015, et l’Inde, en 2016, ont interdit sur leur territoire la GPA aux couples étrangers. Les entreprises de gestation par autrui se sont tournées vers l’Europe de l’est et en particulier l’Ukraine (cf. Ukraine : sous les bombes, le scandale de la GPA), mais depuis l’invasion de la Russie et l’instabilité globale de la région, c’est le continent africain qui est visé.

Ainsi, au Kenya, auraient lieu « plusieurs centaines de gestations pour autrui par an, voire davantage ». Des procédures qui coûtent chacune à leurs commanditaires « entre 30 000 et 45 000 euros tout compris contre plus de 100 000 dollars aux États-Unis ».

Le pays compte parmi ses « atouts » des « hôpitaux de pointe », comme le Aga Khan University Hospital, ce qui met les clients étrangers « en confiance ». En outre, la pauvreté et le manque de perspective de carrière pour les femmes permet le recrutement de mères porteuses parmi les plus vulnérables.

Des contrats qui n’ont aucune valeur légale et pourtant…

En théorie, puisque la femme qui accouche est automatiquement la mère de l’enfant, la mère porteuse a la possibilité de le garder. « Les contrats de GPA n’ont aucune valeur légale. En cas de litige, c’est la mère biologique qui garde automatiquement tous les droits sur l’enfant ». La juriste Enricah Dulo, spécialiste du droit de la famille, considère que cette dernière est avantagée par la loi sur la filiation. Or cette définition légale est, dans les faits, supplantée par le droit des contrats (cf. GPA : des contrats au-dessus des lois ?).

Comme la GPA n’est pas interdite, il suffit à un couple de commanditaires de faire signer un contrat à une femme pour qu’elle renonce à ses droits sur l’enfant qu’elle met au monde. L’avocate Vivian Mwende explique que lorsqu’un contrat de GPA est signé, la mère porteuse conserve ses droits parentaux jusqu’au moment où elle reçoit le paiement des commanditaires.

Mais la réalité semble moins évidente. Dans son vaste travail d’enquête réalisé en 2021[1], la reporter kenyane Naipanoi Lepapa révèle le témoignage de plusieurs mères porteuses qui décrivent le fait qu’elles ont été soumises à des examens médicaux sous une fausse identité, et que dès la naissance de l’enfant, c’est le couple de commanditaires qui a été déclaré comme parents à l’état civil.

Des femmes poussées à signer des contrats sans les lire

Naipanoi Lepapa a interviewé des mères porteuses comme Monica, qui a été forcée à un avortement tardif car les commanditaires avaient changé d’avis. Des mères porteuses sont également poussées à signer des contrats sans les lire, dans la précipitation.

En 2023, la journaliste américaine Mariana van Zeller a consacré un épisode de sa série documentaire aux « bébés du marché noir »[2]. Elle s’est rendue à Nairobi et a interrogé des femmes qui recrutent des mères porteuses. Parmi elles, Michelle atteste du fait que, souvent, les commanditaires s’emparent de l’enfant sans payer la somme prévue dans le contrat[3]. Les mères porteuses sont retenues en captivité, parfois décèdent, dans l’indifférence. Mariana van Zeller accompagne Michelle dans une banlieue de Nairobi où elle va proposer à une prostituée de devenir mère porteuse. Celle-ci accepte une activité qu’elle considère comme moins dangereuse et plus à même d’offrir un meilleur avenir à ses enfants.

Ce qui doit prévaloir : « la dignité humaine, celle de l’enfant comme celle du père et de la mère »

Comme en Europe, certains demandent un encadrement légal de la GPA censé protéger les femmes et les enfants (cf. GPA « éthique » : une « tromperie sémantique »). L’avocate Enricah Dulo y travaille activement. Elle avance : « Nous devons toujours nous assurer qu’il ne s’agit pas de trafic d’enfant en vérifiant qu’au moins un des deux parents intentionnels a un lien génétique avec l’enfant ». (cf. GPA : un bébé prématuré abandonné par une Française en Argentine)

Parmi les opposants à ce projet, le Conseil national des Eglises du Kenya considère la GPA comme une « marchandisation de la vie ». Charles Kanjama, avocat à la Haute Cour du Kenya et vice-président du Forum des professionnels chrétiens d’Afrique (ACPF), explique : « Pour nous, ce qui doit prévaloir, c’est l’article 28 de la Constitution kényane relatif à la dignité humaine, celle de l’enfant comme celle du père et de la mère ».

[1] Africa Uncensored, Hard Labour: The Surrogacy Industry in Kenya, Naipanoi Lepapa (29/05/2021)

[2] Episode en accès libre sur la chaîne youtube du National Geographic : « Bébés du marché noir (épisode complet) | Trafic avec Mariana Van Zeller », mis en ligne le 12 janvier 2025.

[3] Ainsi d’Emily Mukundi qui, engagée comme mère porteuse, a remis l’enfant à ses commanditaires et attendait le paiement prévu par le contrat, à savoir l’équivalent de 19.700 euros. Mais le couple, toujours au Kenya, refuse de verser cette somme, et la menace.

Sources de la synthèse de presse : La Vie, Louise Audibert (11/09/2025) ; Daily Nation, Vivian Mwende (10/09/2025)