Colossal Biosciences fait naître des poussins à partir d’« œufs artificiels »
L’entreprise Colossal Biosciences a annoncé avoir mis au point un « œuf entièrement artificiel » dans le cadre de ses travaux visant à faire « renaître » des espèces aviaires disparues, notamment des oiseaux comme le dodo et le moa géant[1] (cf. Après le mammouth, le dodo, faire « revivre » l’antilope bleue : les ambitions inépuisables de Colossal Biosciences).
Il s’agit plus précisément de « coquilles d’œuf artificielles » : des structures de forme ovale, imprimées en 3D, recouvertes à l’intérieur d’une membrane spéciale à base de silicone qui laisse passer l’oxygène, tout comme le ferait une véritable coquille d’œuf.
Un « système d’incubation sans coquille » qui s’appuie sur de précédents travaux
Pour obtenir des poussins, Colossal a utilisé des œufs de poule fraîchement pondus et en a « soigneusement versé le contenu » dans les coquilles artificielles, où ils ont continué à se développer. « Les voir tous s’agiter dans leurs œufs artificiels était tout simplement époustouflant », affirme Andrew Pask, directeur scientifique de l’entreprise. « On a vraiment l’impression de pouvoir faire naître la vie en dehors de l’utérus. »
Colossal affirme avoir créé le « tout premier système d’incubation sans coquille » mais Katsuya Obara, de l’université de Tsukuba au Japon, considère que « c’est clairement exagéré ». Lui-même est parvenu en 2024 à faire éclore des poussins sous un film plastique transparent. « La technologie utilisée ici n’est en réalité qu’une adaptation des méthodes existantes », tempère le scientifique. L’élevage d’oiseaux dans des conteneurs artificiels remonte à 1998 : un autre groupe japonais y est parvenu avec des cailles.
Ce qui pourrait constituer une avancée de l’entreprise, c’est la membrane interne qui permet à l’embryon d’accéder à davantage d’oxygène. Les systèmes précédents nécessitaient un apport de gaz, ce qui était peut-être nocif pour les poussins, car souvent certains d’entre eux ne parvenaient pas à éclore.
« L’entreprise n’a pour l’instant pas l’intention de présenter cet œuf artificiel dans un article scientifique », indique Ben Lamm, directeur général de Colossal. La société espère commercialiser cette technologie, « mais la mettra à disposition pour des projets de conservation ».
Des travaux sur l’utérus artificiel
Les travaux sur la coquille d’œuf artificielle ont été menés à Dallas par l’équipe de développement exogène de Colossal, ou Exo Dev. Ce groupe tente également de mettre au point des utérus artificiels pour les mammifères, en commençant par les marsupiaux. « Nous examinons chaque aspect de ce qui se passe pendant la gestation chez les mammifères afin de comprendre exactement comment nous pouvons ensuite reproduire ce processus », explique Andrew Pask (cf. Utérus artificiel et prématurité : un essai chez la truie ; Des « embryons de synthèse » de souris développés dans un utérus artificiel).
Colossal a été fondée en 2021 avec pour objectif d’utiliser l’édition génétique et les technologies de reproduction pour « ressusciter » des espèces éteintes, notamment le mammouth laineux (cf. Colossal, l’entreprise américaine qui veut créer des hybrides de mammouth laineux). Depuis, l’entreprise a levé 620 millions de dollars pour ce qu’elle qualifie désormais de création « évolutive et contrôlable » d’animaux.
[1] un oiseau incapable de voler mesurant près de 3,7 mètres de haut qui vivait autrefois en Nouvelle-Zélande. Il s’est éteint il y a environ 750 ans
Sources de la synthèse de presse : MIT Technology review, Antonio Regalado (19/05/2026) ; Nature news, Ewen Callaway (19/05/2026)