Après le mammouth, le dodo, faire « revivre » l’antilope bleue : les ambitions inépuisables de Colossal Biosciences

Publié le 7 mai 2026
Après le mammouth, le dodo, faire « revivre » l’antilope bleue : les ambitions inépuisables de Colossal Biosciences
© iStock - smartboy10

L’hippotrague bleu, aussi appelé antilope bleue, s’est éteint autour de l’an 1800. Alors présent sur le territoire de l’actuelle Afrique du sud, l’animal a été chassé jusqu’à disparaître complètement. L’entreprise Colossal Biosciences, spécialisée en « désextinction » des espèces disparues, affirme être sur le point de faire « renaître » cette espèce.

Colossal Biosciences, l’entreprise qui entend ressusciter les espèces disparues

En 2021, George Church, généticien de Harvard, annonce avoir créé la « première entreprise à appliquer des techniques avancées de modification génétique pour réintégrer le mammouth laineux dans la toundra arctique » (cf. Colossal, l’entreprise américaine qui veut créer des hybrides de mammouth laineux).

Fin 2024, l’entreprise se targue d’avoir « ramené à la vie » une espèce de loups disparue il y a plus de 10 000 ans (cf. Une espèce de loup ressuscitée ? L’annonce enjolivée de Colossal Biosciences). Moins d’un an plus tard, l’entreprise lance d’un nouveau projet : « créer suffisamment de dodos présentant une diversité génétique suffisante pour pouvoir les réintroduire dans la nature » (cf. Après le mammouth laineux et le loup préhistorique, Colossal s’attaque au dodo).

En plus du « loup géant », du mammouth laineux et du dodo, Colossal Biosciences serait en train de travailler à la « désextinction » du thylacine, aussi appelé tigre de Tasmanie, et du moa, un oiseau sans ailes pouvant atteindre les 3,6 mètres de haut.

Les objectifs affichés de l’entreprise

Colossal Biosciences a pour objectif de « créer un animal similaire à une espèce éteinte en utilisant la génétique », comme l’explique Ben Lamm, directeur général et cofondateur de Colossal. L’entreprise compte dans un deuxième temps réintégrer l’animal dans l’environnement naturel de ses supposés ancêtres avec le soutien de l’ONG américaine Advanced Conservation Strategies. L’antilope bleue était un « élément crucial » de son écosystème, affirme Ben Lamm pour justifier ses ambitions. Selon lui, cette démarche aide aussi à protéger les espèces d’antilopes actuellement en danger d’extinction.

La méthode Colossal Biosciences

Dans un premier temps, il s’agit d’identifier les spécificités génétiques de l’antilope bleue. Pour cela, les scientifiques comparent le génome de cette espèce avec celui de son plus proche parent encore en vie, l’antilope rouanne (cf. Avant le mammouth laineux, des chercheurs fabriquent des « souris laineuses »).

Le génome de l’antilope bleue a pu être séquencé par les chercheurs de Colossal Biosciences. Pour cela, ils ont eu accès à des extraits de tissu cutané conservés au Muséum national suédois d’histoire naturelle.

A présent, les scientifiques travaillent à modifier le génome d’une cellule d’antilope rouanne pour qu’il devienne semblable à celui d’une antilope bleue. Le noyau ainsi modifié sera extrait de la cellule et inséré dans l’ovule préalablement énucléé d’une antilope rouanne. Une technique utilisée dans le clonage. Après culture en laboratoire, l’embryon obtenu sera implanté dans l’utérus d’une « mère porteuse » antilope rouanne.

L’antilope bleue reste une espèce disparue…

Ainsi, contrairement à ses affirmations, Colossal ne va pas faire revivre une authentique antilope bleue. L’entreprise a prévu de ne pas prendre en compte l’ensemble des différences génétiques, seulement celles qui lui semblent utiles pour donner à l’animal une « apparence crédible ». Pour cela, il n’est pas nécessaire qu’il ait un métabolisme ou un système digestif conforme. Les scientifiques de Colossal font donc également un travail de tri entre les gènes qu’ils jugent « utiles » à leur démarche et ceux qui entraînent des modifications qui ne se remarquent pas de l’extérieur.

Ces travaux sont loin de faire l’unanimité. En effet, certains scientifiques estiment qu’ils présentent un risque inconnu sur les écosystèmes, et que les ressources allouées à la « désextinction » devraient plutôt être consacrées à la lutte contre les causes de l’extinction des espèces que nous observons actuellement.

Sources de la synthèse de presse : Reuters, Will Dunham (30/04/2026) : Time, Jeffrey Kluger (30/04/2026) ; Axios, Nathan Bomey (30/04/2026)