Des poules génétiquement modifiées pour produire des protéines médicales
Les œufs de poule sont déjà utilisés pour produire les anticorps présents dans différents vaccins contre la grippe grâce à l’insertion d’un gène dans l’ADN de la poule. Des chercheurs de l’Université du Missouri ont annoncé avoir mis au point un nouveau procédé qui permettrait de produire d’autres protéines médicales grâce aux œufs, tout en assurant une transmission stable de cette modification génétique d’une génération à l’autre. Un procédé également développé dans le secteur privé, avec la mise à profit de diverses techniques de génie génétique animal.
Utiliser l’outil CRISPR
Jusqu’à présent, la technique utilisée consiste en l’insertion d’un nouveau gène à des endroits aléatoires dans l’ADN de la poule. Au fil des générations, ce nouveau gène était désactivé : chez la progéniture les effets de la modification s’amenuisent voire disparaissent.
Dans un article publié dans Poultry Science[1], les scientifiques de l’université du Missouri décrivent une nouvelle approche : l’utilisation de la méthode CRISPR pour insérer le nouveau gène à un endroit précis de l’ADN, à savoir sur une enzyme spécifique nécessaire au métabolisme du glucose dans les cellules de la poule (cf. Des poulets génétiquement édités pour résister à la grippe aviaire). Cette enzyme, la GAPDH, est indispensable à la cellule, elle est donc toujours active. Le segment de gène introduit à cet endroit devrait, selon l’hypothèse des scientifiques, rester activé en permanence.
Des connaissances issues du travail de « désextinction »
La même démarche est poursuivie par l’entreprise Neion Bio, située sur le campus de l’université Rockefeller, à New York, avec notamment les chercheurs Sven Bocklandt et James Kehler. Ils ont d’abord travaillé ensemble de façon indépendante à l’élaboration d’un « chat hypoallergénique », sans succès, avant de rejoindre l’entreprise Colossal Biosciences en 2022. Cette entreprise est connue pour son travail de « désextinction » d’espèces disparues, qui consiste en réalité à modifier l’ADN d’un animal vivant génétiquement proche des membres d’une espèce éteinte, afin de générer des lignées d’individus qui auront certains des traits caractéristiques de cette espèce (cf. Colossal, l’entreprise américaine qui veut créer des hybrides de mammouth laineux ; Une espèce de loup ressuscitée ? L’annonce enjolivée de Colossal Biosciences).
Les deux scientifiques ont quitté Colossal Biosciences en 2024 au profit de Neion Bio.
Les difficultés qui s’annoncent
Rahul Dhanda, cofondateur et président de l’entreprise Syntis Bio, souligne en revanche le risque présenté par « la variabilité biologique entre les animaux et les produits individuels, comme les œufs, introduit un risque supplémentaire par rapport aux systèmes cellulaires mieux contrôlés ». Ola Wlodek, présidente de Constructive Bio, cite une autre difficulté : « la production à base d’œufs sera confrontée aux risques liés à la grippe aviaire, (…) aux coûts liés au bien-être animal et à la réglementation, ainsi qu’aux limites pratiques quant à la rapidité avec laquelle on peut augmenter la production ». Ce qui interroge sur la possibilité de faire fonctionner le système « à grande échelle ».
[1] Kyung Min Jung et al, Highly efficient gene editing via targeted Cas9 insertion into chicken housekeeping gene, Poultry Science (2026). DOI: 10.1016/j.psj.2026.106585
Sources de la synthèse de presse : Phys.org, University of Missouri (22/04/2026) ; Genetic Engineering & Biotechnology news, Julianna Lemieux (14/04/2026)