Etats généraux de la bioéthique : les militants de l’avortement ont aussi leurs revendications

Publié le 7 mai 2026
Etats généraux de la bioéthique : les militants de l’avortement ont aussi leurs revendications
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Les Etats généraux de la bioéthique ne se dédient pas seulement aux questions autour de la procréation, bien que nombre de « concertations » soient consacrées à la procréation médicalement assistée et à la gestation par autrui (cf. PMA post-mortem : « Nous on fait lors des Etats généraux de bioéthique comme si la loi allait passer »). Ils s’intéressent aussi à l’avortement. Bien que « la liberté d’avorter » ait intégré la Constitution française, les revendications en la matière ne sont pas closes.

Le 23 avril, un « débat citoyen » s’est tenu autour de la question : « Quel cadre pour les interruptions volontaires et médicales de grossesse ? ». Organisé par l’Espace éthique régional de l’Ile de France, il rassemblait plusieurs « spécialistes » du sujet : Raphaël Perrin, sociologue au Centre Européen de Sociologie et de Science Politique, Marie Mathieu, sociologue post-doctorante à l’IRISSO, Lisa Carayon, maître de conférences en droit à l’Université Sorbonne Paris Nord et Ghada Hatem-Gantzer, gynécologue-obstétricienne, à l’origine de la Maison des femmes de Saint-Denis. Un tour de table à l’unisson[1] (cf. Etats généraux de la bioéthique : un « débat démocratique » livré aux mains des militants).

Avorter sans prendre le temps de la réflexion, « dans la minute qui suit »

C’est dans une ambiance assez clame que les intervenants se sont livrés à un plaidoyer en faveur d’une libéralisation toujours plus grande de la pratique. Ghada Hatem-Gantzer considère que « les seules qui doivent bénéficier d’un travail social, ce sont les mineures » tout en remarquant qu’« il y a 30 ans, on faisait beaucoup plus d’anesthésies locales, aujourd’hui, on fait plus d’anesthésies générales ». Que la femme demande à être endormie pendant la procédure n’aurait aucune signification ?

Le médecin indique par ailleurs que le planning familial peut pratiquer des avortements sous anesthésie locale, « pour le faire dans la minute qui suit ». Selon elle, « faire sauter le délai de réflexion c’était quelque chose de très bien ». Une telle décision ne mérite-t-elle pas une minute de réflexion ?

Une « entreprise de désinformation » ?

Raphaël Perrin indique avoir mené des enquêtes dans différents cadres qui ont montré que la « taille variable » des embryons lors des examens gynécologiques influe sur la décision des médecins (cf. Loi Gaillot : réaction d’un gynécologue). Il relève également « des variations de prise en charge de la demande en fonction de l’état émotionnel de la femme ».

Marie Mathieu, outre son travail universitaire, est membre d’un groupe de bénévoles du planning familial pour les IVG avec délais dépassés (cf. « Fest’IVG » : un évènement pour financer les IVG hors délai). La militante déplore qu’aucune condamnation n’ait été prononcée au titre du délit d’entrave, « alors qu’il existe une entreprise de désinformation ». Avec plus de 250 000 avortements en France en 2024, est-il raisonnable de penser qu’il existe des « entraves » à la pratique ? (cf. 251 270 IVG en 2024 : une pratique banalisée mais pas anodine)

Un eugénisme décomplexé

Lisa Carayon est revenue sur le statut de l’embryon : « Dire que c’est une personne, c’est indécidable », considère-t-elle. « Les règles ne sont pas les mêmes pour les embryons en fonction de la volonté des parents », rappelle l’universitaire (cf. Le zygote « n’est pas un projet parental, il est un projet de lui-même »). Or « si ce n’est pas une personne, c’est une chose », ce qu’elle considère comme n’étant « pas négatif » puisqu’on protège parfois des choses comme les objets archéologiques. L’embryon « n’a pas de droit subjectif, pas de droit personnel, un peu comme un animal », résume-t-elle sans sourciller.

Finalement pour Ghada Hatem-Gantzer, « le vrai problème, c’est quand on a des jumeaux » et que l’un des deux est porteur de trisomie 21. L’avorter « est délicat », affirme-t-elle. « Je vous laisse imaginer le stress, vous avez deux fœtus, vous devez endormir le bon pour ne pas tuer l’autre. » (cf. DPN : les médecins programment une IVG sans la consulter) Des propos glaçants qui étalent un eugénisme sans complexe.

Vers l’abolition du délai légal ?

A l’issue des différentes interventions l’auditoire est interrogé : « A quels arguments êtes-vous les plus sensibles concernant la fixation d’un délai légal ? »

Une question à laquelle les participants répondent en premier lieu que « le droit des femmes à disposer de leur corps devrait toujours être garanti ». Ils considèrent ensuite que « le fœtus n’est pas une personne jusqu’à la naissance », il n’y aurait donc « aucune raison de le considérer ». Enfin, « le tort causé à un fœtus dépend de sa viabilité ex utero » considèrent-ils (cf. Avortement : 700 médecins anglais demandent une réduction des délais de 24 à 22 semaines).

Ainsi ils se prononcent non pas seulement en faveur d’une réduction du délai légal, mais même de son abolition. Au mépris de la souffrance témoignée par tant de femmes (cf. IVG : une femme témoigne « ce n’était pas « mon choix », mais « ma peur »»).

[1] Lisa Carayon est auteur de L’école : terrain de lutte juridique autour du genre, Raphaël Perrin de l’ouvrage Le choix d’avorter. Contrôle médical et corps des femmes et Marie Mathieu a cosigné Sociologie de l’avortement