« Promouvoir le DPI-A aujourd’hui, c’est ignorer les progrès de la recherche »

Publié le 3 avril 2026
« Promouvoir le DPI-A aujourd’hui, c’est ignorer les progrès de la recherche »
décryptage
© iStock - Martin Philip

La fondation Jérôme Lejeune a été auditionnée dans la cadre de la future révision de la loi de bioéthique : le 30 mars par le Comité consultatif national d’éthique et le 3 avril par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques. Alors que les pressions se multiplient de toutes parts pour demander l’autorisation du diagnostic préimplantatoire des aneuploïdies[1], sa directrice de la recherche, le Dr Elise Saunier Vivar fait un bilan des dernières recherches en la matière.

Le diagnostic pré-implantatoire des aneuploïdies (DPI-A) est souvent justifié par des arguments anciens qui n’évoluent pas avec les progrès de la recherche. Il est pourtant important de prendre en considération le faisceau de littérature qui s’accumule, remettant en cause sa pertinence clinique.

Un test qui passe à côté de sa cible

En effet, tout d’abord, le DPI-A est réalisé partir de prélèvements dont on sait qu’ils contiennent une majorité significative de cellules trophoblastiques, à l’origine des annexes embryonnaires, du placenta. Ces cellules ne se retrouvent pas dans le fœtus et dans l’enfant, et l’aneuploïdie de ces cellules ne présage pas du statut de l’enfant. C’est un risque majeur de faux positifs, qui rend le test DPI-A non informatif.

Le mosaïcisme, un phénomène très fréquent au cours du développement

En outre, les études récentes, de plus en plus nombreuses, montrent que le mosaïcisme[2] est un phénomène très fréquent au cours du développement.

Plusieurs équipes, dont Starostik et collaborateurs aux Etats-Unis[3], ou Robertson et Richards en Australie[4], ont mesuré que le mosaïcisme est une caractéristique commune du développement humain précoce, avec jusqu’à 80% des embryons hébergeant au moins une cellule aneuploïde putative (cf. Avoir des cellules aneuploïdes : un état fréquent chez l’embryon en phase précoce). Selon les deux chercheurs australiens, cette fréquence de 80% indique que le processus est un phénomène répandu qui a rarement des conséquences cliniques. Autrement dit, le mosaïcisme ne présage pas du statut de l’enfant à la naissance.

Une étude de Greco et collaborateurs publiée en 2015 dans le New England Journal of Medicine[5] montrait déjà qu’après le transfert d’embryon mosaïques chez 18 femmes, les 6 grossesses menées à terme avaient été confirmées comme ayant un caryotype normal, démontrant que les embryons mosaïques peuvent se développer en nouveau-nés euploïdes en bonne santé (cf. Le mosaïcisme dévoile les failles du diagnostic préimplantatoire).

Et en 2024, Morales et collaborateurs[6] ont comparé le devenir, jusqu’à leur 3 ans, de 172 enfants issus du transfert d’un embryon soit euploïde (pour 115 enfants) soit mosaïque (pour 57 autres). Ils concluent que les enfants issus de transferts d’embryons mosaïques après fécondation in vitro sont associés à « des résultats périnatals et post-natals aussi satisfaisants que ceux issus d’embryons euploïdes au cours d’un suivi de trois ans » (cf. Mosaïcisme : observer l’autocorrection des embryons humains, et la stimuler ?).

Très récemment enfin, d’après une vaste étude multicentrique en double aveugle[7], le potentiel mosaïcisme qui serait signalé après un DPI-A « n’apporte aucun bénéfice clinique pour la prédiction des naissances vivantes après fécondation in vitro »

Un phénomène d’autoréparation mis en évidence, même s’il est encore très mal connu

Dans une revue publiée en ce début d’année 2026 dans Human Reproduction[8], Anna Mantzouratou et Anastasia Mania, de Londres, rappellent que la forte prévalence d’aneuploïdie et d’instabilité chromosomique des embryons aux stades préimplantatoires est connue depuis le début des tests génétiques préimplantatoires (déjà en 2007).

Les données émergentes indiquent que les embryons pourraient posséder des mécanismes intrinsèques leur permettant de gérer et potentiellement de corriger ces anomalies chromosomiques, des mécanismes appelés autocorrection ou correction de la ploïdie (cf. « Autocorrection embryonnaire » : deux embryons aneuploïdes et finalement deux petites filles « en bonne santé »).

Trois mécanismes principaux de correction embryonnaire de la ploïdie sont décrits dans la littérature. Il s’agit :

  • De l’apoptose et de l’arrêt du cycle cellulaire des cellules anormales,
  • De la réallocation des blastomères[9] aneuploïdes par exclusion cellulaire ou leur allocation préférentielle au trophectoderme[10] lors de l’expansion du blastocyste,
  • Et des événements de « sauvetage » impliquant l’expulsion de fragments chromosomiques ou la correction du nombre de copies chromosomiques.

Un effet négatif sur le taux de naissance, mais pas sur les investisseurs

On peut également ajouter que les études montrent que DPI-A a un effet négatif sur le taux de naissances.

Dans leur étude publiée en 2022 dans Nature Medicine[11], l’équipe américaine de Gleicher et collaborateurs rappelle que le DPI-A est une procédure très controversée, proposée aux Etats-Unis dans environ la moitié des cycles de FIV (cf. DPI-A : une étude démontre son invalidité). On peut d’ailleurs relever le nom donné au test DPI-A par les anglosaxons : initialement « preimplantation genetic screening, PGS », pour les anomalies chromosomiques, et actuellement appelé « preimplantation genetic testing for aneuploidy (PGT-A) ». Il n’y a donc pas pour les anglosaxons de notion de « diagnostic ». Le DPI-A teste les cellules de l’échantillon et ne donnent pas un diagnostic sur l’embryon.

En 2025, des chercheurs ont publié[12] une analyse des données du CDC, le centre pour le contrôle et la prévention des maladies aux Etats-Unis, qui apporte 2 conclusions : (i) le DPI-A, globalement, réduit les chances de naissance vivante en FIV ; (ii) les entreprises privées (ayant une participation d’investisseurs au capital) sont associées à une utilisation croissante du DPI-A par rapport à des structures détenues par des médecins privés et par des cliniques universitaires/hospitalières/militaires. Ceci illustre que le DPI-A est surtout mis en place et systématisé aux Etats-Unis, dans les cliniques privées (à but lucratif).

Une étude de 2023[13], publiée par un autre groupe de chercheurs américains emmenés par Alexender Kucherov, indiquait déjà que le DPI-A est associé à une réduction du taux cumulatif de naissances vivantes lors des premiers cycles de stimulation ovarienne (FIV) chez les femmes âgées de 40 ans ou moins. Cette analyse portait sur 133 494 cycles autologues de FIV rapportés au Système national américain de déclaration des résultats cliniques de la Société pour les technologies de reproduction assistée, le SART CORS[14].

L’étude internationale (Etats-Unis, Royaume-Uni, Australie…) STAR, un essai clinique randomisé multicentrique (soutenu par l’entreprise Illumina qui commercialise ces tests), dans une cohorte de 661 femmes, avait pour objectif d‘évaluer l’intérêt du « test génétique préimplantatoire de dépistage de l’aneuploïdie (PGT-A) » basé sur le séquençage de nouvelle génération (NGS) pour la sélection embryonnaire dans le cadre du transfert d’embryons congelés-décongelés. L’analyse statistique approfondie de l’étude, publiée dans Fertility and Sterility par Munné et collaborateurs en 2019[15], conclut que le DPI-A n’a pas amélioré, chez toutes les femmes, les résultats globaux de grossesse, que ce soit analysé sur la population « transfert d’embryon » ou sur celle de « l’intention de traiter » (ITT) [16].

Une utilisation clairement remise en cause par la communauté scientifique et médicale elle-même

Ainsi, l’utilisation du DPI-A est clairement remise en cause par la communauté scientifique et médicale elle-même : c’est même un sujet d’actualité et de débat proposé au programme du congrès sur les controverses en obstétrique, gynécologie et infertilité, le congrès COGI, organisé en novembre prochain 2026 à Athènes.

Robertson et Richards l’affirment dans leur publication récente : « Les implications sont majeures pour le test génétique préimplantatoire d’aneuploïdie (PGT-A), un test couramment utilisé pour sélectionner les embryons issus de fécondation in vitro (FIV) en vue de leur transfert. L’application et les avantages de cette technologie sont controversés, et ces résultats incitent à la prudence quant à son utilisation. » « Compte tenu des informations récentes sur les implications de l’aneuploïdie mosaïque, ainsi que des préoccupations concernant la précision et la sensibilité du test DPI-A et de ses risques et coûts associés, la question de savoir si ce test [du DPI-A] constitue un élément utile et souhaitable du traitement de routine de fécondation in vitro est désormais un sujet de vifs débats », soulignent les chercheurs.

Une information qui n’est pas corrélée au devenir de l’embryon et de l’enfant

Ainsi, le faisceau de preuves accumulé dans la littérature indique clairement que la détection d’aneuploïdie au stade préimplantatoire ne peut servir de marqueur de la ploïdie de l’embryon en développement et du devenir de l’enfant à terme. Les outils de mesure sont bons pour effectuer la mesure dans les cellules analysées, mais l’information qu’ils apportent n’est pas corrélée au devenir de l’embryon et de l’enfant. Ce n’est pas un biomarqueur pertinent sur ce point.

Dès lors, il ne fournit pas une information fiable aux futurs parents sur le statut de leur embryon (en raison des faux positifs issus des cellules analysées vs celles de l’embryon), ni sur la santé de leur enfant (un test positif ne présage pas de la santé de l’enfant).

Face à ces constats, la communauté scientifique et médicale internationale s’interroge sur son utilité au regard des études démontrant son impact négatif sur les chances de naissance vivante en FIV.

Finalement, promouvoir le DPI-A aujourd’hui, c’est ignorer les progrès de la recherche.

[1] Nombre anormal de chromosomes

[2] Coexistence de cellules euploïdes et aneuploïdes

[3] Starostik, M.R., Sosina, O.A., McCoy, R.C., 2020. Single-cell analysis of human embryos reveals diverse patterns of aneuploidy and mosaicism. Genome Res 30, 814–825. https://doi.org/10.1101/gr.262774.120

[4] Robertson, S.A., Richards, R.I., 2024. Single-cell sequencing shows mosaic aneuploidy in most human embryos. J Clin Invest 134, e179134. https://doi.org/10.1172/JCI179134

[5] Greco, E., Minasi, M.G., Fiorentino, F., 2015. Healthy Babies after Intrauterine Transfer of Mosaic Aneuploid Blastocysts. N Engl J Med 373, 2089–2090. https://doi.org/10.1056/NEJMc1500421

[6] Morales, R., Lledó, B., Ortiz, J.A., Arenas, L., Cascales, A., Ten, J., Bernabeu, A., Bernabeu, R., 2024. Perinatal and postnatal outcomes up to the third year of life after the transfer of mosaic embryos compared with euploid embryos. Fertil Steril 122, 537–539. https://doi.org/10.1016/j.fertnstert.2024.04.040

[7] Gill, P., Tao, X., Zhan, Y., Mulas, F., Ottolini, C.S., Picchetta, L., Caroselli, S., Babariya, D., Wells, D., Clark, G., Fernandez Marcos, E., Marin Vallejo, C., Jobanputra, V., Werner, M., Scott, R., Molinaro, T., Pla Victori, J., Vergara Bravo, V., Requena Miranda, A., García Velasco, J.A., Pellicer, A., Mounts, E., Jalasb, C., Capalbo, A., 2026, Preimplantation genetic testing for aneuploidy mosaicism reporting lacks clinical predictive value for live birth in a multisite, double-blinded study with independent validation. American Journal of Obstetrics & Gynecology, 2025; 234, 1015-1041. DOI: 10.1016/j.ajog.2025.12.033

[8] Mantzouratou, A., Mania, A., 2026. Embryonic ploidy correction: an update on mechanisms and insights from mosaic embryo transfer. Hum Reprod 41, 319–331. https://doi.org/10.1093/humrep/deaf254

[9] Cellules de l’embryon provenant des premières divisions

[10] Qui deviendra le placenta

[11] Gleicher, N., Albertini, D.F., Patrizio, P., Orvieto, R., Adashi, E.Y., 2022. The uncertain science of preimplantation and prenatal genetic testing. Nat Med 28, 442–444. https://doi.org/10.1038/s41591-022-01712-7

[12] Patrizio, P., Darmon, S., Barad, D.H., Gleicher, N., 2025. Greater PGT-A utilization in IVF clinics does not improve live birth rates but relates to IVF center ownership: a preliminary report. J Assist Reprod Genet 42, 81–84. https://doi.org/10.1007/s10815-024-03340-1

[13] Kucherov, A., Fazzari, M., Lieman, H., Ball, G.D., Doody, K., Jindal, S., 2023. PGT-A is associated with reduced cumulative live birth rate in first reported IVF stimulation cycles age ≤ 40: an analysis of 133,494 autologous cycles reported to SART CORS. J Assist Reprod Genet 40, 137–149. https://doi.org/10.1007/s10815-022-02667-x

[14] USA National, Society for Assisted Reproductive Technology Clinic Outcome Reporting System

[15] Munné, S., Kaplan, B., Frattarelli, J.L., Child, T., Nakhuda, G., Shamma, F.N., Silverberg, K., Kalista, T., Handyside, A.H., Katz-Jaffe, M., Wells, D., Gordon, T., Stock-Myer, S., Willman, S., STAR Study Group, 2019. Preimplantation genetic testing for aneuploidy versus morphology as selection criteria for single frozen-thawed embryo transfer in good-prognosis patients: a multicenter randomized clinical trial. Fertil Steril 112, 1071-1079.e7. https://doi.org/10.1016/j.fertnstert.2019.07.1346

[16] L’analyse en intention de traiter consiste à inclure dans l’analyse de l’effet du traitement sur le critère de jugement tous les patients randomisés. Elle maintient la comparaison de base établie par la randomisation.