Etats généraux de la bioéthique : le DPI-A divise
Lancés au mois de janvier, les Etats généraux de la bioéthique ont fait l’objet de 117 auditions et 330 rencontres en région. Rejeté en 2021 mais poussé à nouveau par un agenda militant, le diagnostic préimplantatoire des aneuploïdies (DPI-A) a été abordé. Sans rassembler, en dépit de sa promotion qui envahit les médias (cf. PMA : à la recherche d’une nouvelle « baguette magique » ?). La synthèse des Etats généraux a été publiée le 7 juillet 2026 par le Comité consultatif national d’éthique.
Pas un « objectif médical », mais une « logique de tri embryonnaire »
Souffrance psychologique vécue par les patientes engagées dans un parcours de PMA, possibilité d’accéder à la technique hors des frontières françaises, les promoteurs du DPI-A ne manquent pas d’arguments. Quitte à oublier l’essentiel : le test n’a pas fait la preuve de son efficacité (cf. « Promouvoir le DPI-A aujourd’hui, c’est ignorer les progrès de la recherche » ; FIV : une « méta-analyse approfondie d’études fiables » montre que la plupart des « traitements complémentaires », dont le DPI-A, « ne s’appuient pas sur des preuves solides »). Il fait même l’objet de recours aux Etats-Unis pour pratiques commerciales trompeuses (cf. DPI-A : des entreprises américaines attaquées pour « publicité mensongère »).
Mais pour le grand public, les campagnes Vinted [1] sont souvent plus persuasives que les publications dans des revues à comité de lecture. Alors les citoyens se laissent convaincre : « La majorité des participants s’accorde sur l’idée que la technique du DPI-A ne peut être envisagée que dans des situations cliniques précises, notamment dans le cas où il existe des facteurs de risque élevés, tels que l’âge maternel avancé ou les échecs répétés d’implantation utérine ». D’autres résistent encore : « Une part minoritaire des participants exprime un rejet catégorique du DPI-A, estimant qu’il ne répond pas à un objectif médical, mais à une logique de tri embryonnaire ».
Une « forme d’eugénisme »
« Certains points de vue rejettent le DPI et le DPI-A, car, précise la synthèse, ces tests s’inscrivent dans une forme d’eugénisme, en instaurant une sélection, voire une standardisation des embryons éligibles à l’implantation d’une part, et parce que la détection, au cours d’une grossesse, d’une anomalie chromosomique, notamment la trisomie 21, conduit le plus souvent à une interruption médicale de grossesse (IMG), d’autre part. » Le dépistage prénatal, lui, est tout juste évoqué dans le rapport. Entré dans les mœurs, il conduit pourtant, « dans 95 % des cas, à l’élimination d’embryons, notamment de ceux porteurs de trisomie 21 » (cf. Trisomie 21 : le DPN se dope à l’intelligence artificielle). C’est d’ailleurs un autre argument des promoteurs du DPI-A : éviter le recours à l’IMG. Un argument qu’ils n’hésitent pas à mettre en parallèle du risque de fausses couches.
Le risque est aussi celui de la stigmatisation des enfants nés avec un handicap et d’une « baisse drastique de recherches sur le traitement des maladies graves détectées par ces diagnostics ».
Une société toujours plus intolérante à la maladie ?
Les promoteurs du DPI-A plaident : « Un encadrement réglementaire fort, un consentement éclairé renforcé, une interdiction explicite des usages non médicaux et un suivi scientifique et éthique continu sont des conditions indispensables à sa mise en œuvre. » Mais l’accumulation des adjectifs ne suffit pas à rassurer.
« Il faudrait s’interroger sur le seuil d’intolérance à la maladie qu’une société puisse supporter et le rôle de la science et de la technologie dans l’évolution de cette intolérance », souligne la synthèse des Etats généraux. La promotion d’une société inclusive ne devrait-elle pas commencer in vitro ?
[1] BAMP, JamaisPorté : rendre visibles les parcours invisibles de la PMA