Face à « l’image faussée et édulcorée relayée par les médias », un colloque sur les aspects scientifiques de la GPA organisé par la Chaire bioéthique de l’Unesco
Le 28 février 2026, la Chaire bioéthique de l’Unesco organise un colloque en ligne sur les aspects scientifiques de la gestation pour le compte d’autrui (GPA). Entretien avec Aude Mirkovic, maître de conférences en droit privé, organisatrice du colloque.
Gènethique : Vous co-organisez un colloque en ligne sur les aspects scientifiques (médicaux et psychologiques) de la GPA. Comment est né ce projet ?
Aude Mirkovic : Chaque année, la Chaire de bioéthique et des droits de l’homme de l’UNESCO organise un colloque en ligne, pour traiter des sujets de Droit et de Bioéthique. Le choix de la GPA pour le 28 février 2026 s’est imposé après le rapport que Reem Alsalem, rapporteuse spéciale ONU sur les violences contre les femmes, a consacré à la GPA l’année dernière (cf. « Aucune société ne peut progresser en normalisant la vente du corps des femmes » : à l’ONU, Reem Alsalem appelle à abolir la GPA) : ce rapport est un appel à la communauté internationale et nous avons voulu y répondre avec cette journée qui se veut un temps pour comprendre, débattre et éclairer ce défi mondial de la GPA.
En outre, la date du 28 février a été choisie comme un troisième anniversaire de la Déclaration de Casablanca pour l’abolition universelle de la GPA du 3 mars 2023, qui a lancé un groupe international d’experts qui se réunissent pour apporter expertise et éclairage aux décideurs politiques (cf. GPA : la Déclaration de Casablanca tient sa 3e conférence internationale).
Une prise de conscience sur la GPA est en train de se faire, grâce au travail de plusieurs organisations et aux témoignages comme celui d’Olivia Maurel, née de GPA, mais le marché mondial de la GPA est encore en pleine croissance, car beaucoup de gens ne connaissent pas la réalité de la GPA (cf. « Des dénis de grossesse sur commande » : un documentaire dévoile la réalité de la GPA). Ils n’en voient que l’image faussée et édulcorée relayée par les médias : nous avons donc besoin de travaux de recherche sérieux, scientifiques, professionnels, et c’est pourquoi Maroun Badr, chercheur à la chaire de bioéthique de l’Unesco, a lancé ce colloque, avec une petite équipe dont j’ai l’honneur de faire partie avec Fabiano Nigris, pédiatre, néonatologiste et bioéthicien, également chercheur associé à la Chaire Unesco.
G : Pourquoi un colloque centré uniquement sur les aspects biomédicaux, y compris psychologiques, de la GPA ?
AM : Il est certain que la gestation pour le compte d’autrui a des implications juridiques, politiques, morales, et ne se réduit pas à ses aspects médicaux. Cependant, les aspects médicaux sont les moins connus car on a vite fait de considérer que, pour la mère porteuse, c’est une grossesse comme les autres et que, pour l’enfant, c’est comme un enfant adopté (cf. GPA, adoption : des blessures similaires, des pratiques comparables ?). Nous avons donc voulu développer la dimension médicale, y compris psychologique, car la grossesse pour le compte d’autrui a de lourdes conséquences pour la mère porteuse, et aussi pour l’enfant. Un seul exemple car tout sera dit au colloque : des enfants sont parfois séparés de leur mère à la naissance, pour différentes raisons. Mais, précisément, cette séparation est identifiée comme une situation à haut risque traumatique pour l’enfant et c’est pourquoi, au contraire, on favorise aujourd’hui dès qu’il est possible le peau à peau entre la mère et l’enfant et on évite au maximum ensuite toute séparation de l’enfant de sa mère. En imaginant qu’il soit possible, pour la mère porteuse, de ne pas s’attacher à l’enfant qu’elle porte, l’enfant lui n’a pas le choix de s’attacher : la mère qui le porte est la seule qu’il connait pendant ces 9 mois de vie in utero et la séparation à la naissance l’expose à une blessure d’abandon, blessure primitive qui laissera une faille profonde dans son psychisme. Certes, l’enfant n’est pas abandonné au sens laissé seul dans la rue. Au contraire, il est accueilli immédiatement par des bras aimants mais ces personnes sont des étrangers pour lui et ne peuvent compenser l’angoisse existentielle qu’il traverse du fait de l’absence de sa mère. Si déjà ce traumatisme peut être vécu par certains enfants du fait des aléas de la vie, ici cette séparation est prévue, organisée, planifiée. C’est pourquoi elle consiste dans une violence délibérément infligée à l’enfant, et qui va le marquer parfois toute sa vie. Les personnes qui sont tentées par la GPA ne le savent pas, elles pensent que l’amour qu’elles promettent à l’enfant suffit à compenser tout le reste, mais ce n’est pas la réalité. Ce colloque a pour but que les gens sachent tout cela, et puissent ainsi prendre leurs décisions, au moins, en connaissance de cause.
G : Est-ce un colloque engagé ?
AM : Oui, car il impossible de ne pas être engagé sur ce thème. C’est comme si vous demandiez aux organisateurs d’un colloque sur l’esclavage si le colloque est engagé. On ne voit pas trop comment il en serait autrement : on ne peut pas travailler sur la GPA sans avoir un avis. Cependant, cela n’empêche pas du tout un travail honnête, et c’est tout l’avantage de ce colloque scientifique, consacré aux aspects médicaux et psychologiques : qu’on soit pour ou contre la GPA, tout le monde doit savoir exactement de quoi il s’agit, afin précisément de se faire un avis en connaissance de cause. Les traitements administrés à la mère porteuse, les liens entre la mère et le fœtus, les mémoires précoces de l’enfant sont des données scientifiques : il n’est pas question ici d’être pour ou contre, il est question de s’informer, de savoir : le droit à l’information est un droit fondamental. Ensuite, à chacun de prendre ses décisions et de les assumer.
G : Sur quels critères s’est basé le choix des intervenants ?
AM : Nous avons sollicité les meilleurs, chacun dans sa discipline : des personnes qui ont une grande expérience du sujet et qui vont nous faire profiter de leur savoir et de leur expérience. La plupart sont à la fois chercheurs et praticiens. Par exemple, Anne Schaub, psychothérapeute, livrera son expertise sur les mémoires précoces de l’enfant et les conséquences du lien tissé in utero sur le développement psychique de l’enfant, expertise qui vient de sa recherche à partir de ce qu’elle constate et expérimente dans son exercice clinique.
Le docteur Michele Barbato, gynécologue et éthicien, se penchera sur les questions relatives aux conséquences médicales de la GPA sur la mère porteuse et sur la donneuse d’ovocytes. Le processus n’est pas anodin comme on le pense : la morbidité maternelle peut être très sévère, notamment (cf. PMA, GPA : les grossesses issues d’un don d’ovocytes plus à risque). Ce ne sont donc pas des données scientifiques brutes que nous attendons, que nous ne serions pas capables d’analyser, mais des données décryptées, analysées, réfléchies, confrontées à d’autres lectures possibles qui serons partagées avec le public.
G : Y a-t-il des attentes particulières ?
AM : Oui, de grandes attentes : nous voulons combler cet angle mort de la GPA que sont les aspects médicaux, y compris psychologiques : le colloque sera l’occasion pour les intervenants de pousser leur propre expertise un cran plus loin, c’est le but de la recherche, et surtout de diffuser cette expertise car il y a peu de publications sur le sujet. Anne Schaub a écrit un ouvrage passionnant sur les mémoires précoces de l’enfant[1] et un autre, élargissant le sujet à l’ensemble des PMA est en projet de publication, mais ces aspects sont trop peu connus et il y a peu de travaux publiés sur les aspects strictement médicaux. Le colloque a pour but d’apporter des données précises.
G : Comment suivre ce colloque ?
AM : C’est très simple : il suffit de s’inscrire, c’est gratuit mais l’inscription est obligatoire pour recevoir le lien de connexion.
Pour s’inscrire, c’est ici, et à chacun de partager ce lien avec toute personne qui pourrait être intéressée. Nous avons la chance d’avoir accès à cette information, partageons-la !
Repenser la gestation pour autrui (GPA) – Perspectives philosophiques, psychologiques et biomédicales : 28 février de 9h00 à 14h00, colloque en ligne, gratuit, inscription obligatoire ICI
[1] Anne Schaub, Un cri secret d’enfant : Attachement mère-enfant, mémoires précoces, séparation-abandon, ed. Les acteurs du savoir, 2017, édition revue et augmentée, 2025. Traduit en italien (12/2024)