Genre : des professionnels de santé alertent la HAS et l’Italie appelle à la prudence
« Pas en notre nom. » Dans une tribune publiée par le journal Le Point, de nombreux professionnels de santé rejoints notamment par des chercheurs, des philosophes et des juristes [1] réagissent au projet de recommandations de la HAS concernant le « Parcours de transition des personnes trans » (cf. HAS : vers un « service public de la transition de genre » ?).
« Il est probable que si la HAS avait choisi de ne parler que des majeurs, les réactions auraient été moins vives ; encore que la mise à disposition de tout l’appareil médico-chirurgical pour des « soins » (hormones, chirurgie mais aussi épilation au laser, implantation de cheveux, etc.) remboursés par la Sécurité sociale au bénéfice de « non-malades », au moment où notre système de santé est lourdement déficitaire pose pour le moins question », pointent les signataires.
De futures recommandations calquées sur celles d’un organisme qui fait scandale ?
Alors que l’OMS « n’a pas pris de décision concernant les enfants et les adolescents », le projet de recommandations de la HAS est calqué sur les préconisations de la WPATH [2], un organisme créé en 2007 et « devenu militant ». Or « le huitième standard de soins de la WPATH (SOC 8) est la source d’un scandale qui secoue l’administration de la présidence Biden, scandale qui discrédite sérieusement ces préconisations et par là même ceux qui s’y réfèrent ». En effet, des documents « montrent que des membres actifs de la WPATH ont supprimé des preuves qui ne soutiennent pas l’accès sans réserve aux interventions endocriniennes et chirurgicales chez les mineurs » (cf. Changement de genre chez les mineurs : la WPATH « coupable » d’une « fraude scientifique majeure et inqualifiable »). Ainsi, « plus les preuves démontrant le peu d’efficacité des bloqueurs de puberté et des hormones croisées sur le bien-être des mineurs s’accumulent, plus les recommandations de la WPATH suppriment les barrières protectrices au mépris des arguments scientifiques », dénoncent les signataires de la tribune.
A la HAS, « l’examen du groupe des 30 membres montre que la grande majorité, y compris les responsables, ont des conflits d’intérêts, y compris des conflits intellectuels ». Or nombre des recommandations du projet de l’instance « se fondent uniquement sur des « accords d’experts » ». « Aucune référence n’est fournie en ce qui concerne les preuves de meilleur grade, alors qu’elles existent et que le rapport établi au Royaume-Uni par le Dr Hilary Cass les relève clairement », interpellent les professionnels de santé (cf. Transition de genre chez les mineurs : un rapport appelle à la prudence). « Il est essentiel de prendre en compte les travaux européens. »
Dès lors, « les médecins généralistes et spécialistes (pédiatres, endocrinologues, gynécologues, chirurgiens plasticiens et urologues, pédopsychiatres…), les psychologues et psychanalystes, juristes et les chercheurs de toutes disciplines, souhaitent manifester leur ferme opposition à l’approche transaffirmative de la HAS ». Ils demandent que le groupe d’experts actuel soit dissous et qu’un nouveau panel équilibré et transparent soit constitué.
Protéger les mineurs
« Les jeunes de 16-18 ans ne doivent pas être considérés comme des majeurs alors qu’ils ne le sont ni juridiquement ni psychiquement », interpellent les signataires de la tribune. A ce stade, la HAS entend autoriser jusqu’à la chirurgie de l’appareil génital qui, « jusqu’à maintenant, ne se pratique pas en France avant 18 ans ».
Les parents de ces mineurs ne doivent en outre pas être menacés d’un retrait de leur autorité parentale suite à un désaccord avec leur enfant. De surcroit, « les associations encourageant la transition de genre des adolescents n’ont en aucun cas à se substituer au ministère public pour encourager des poursuites », enjoignent les signataires, « car il existe un risque majeur d’emprise de type sectaire sur les adolescents ».
Au demeurant « la grande majorité d’adolescents qui se questionnent sur leur identité sexuée ne sont pas « trans », mais sont en souffrance », rappellent les professionnels de santé. Ils « doivent bénéficier en première intention d’une prise en charge psychologique, voire pédopsychiatrique holistique et non être adressés dans les services spécialisés « transidentité » », insistent-ils.
L’appel à la prudence en Italie
De son côté, le Comité national de bioéthique italien (CNB) a mis à jour sa position sur l’utilisation des bloqueurs de puberté pour traiter la dysphorie de genre. Le document de novembre 2024 indique que les bloqueurs de puberté ne devraient être utilisés qu’après « l’échec documenté d’une psychothérapie ou d’interventions psychiatriques » et « uniquement dans le cadre d’essais de recherche appropriés ».
Ces recommandations font suite aux questions posées par le ministère de la Santé. Pour le CNB, « les avantages potentiels des bloqueurs de la puberté pour le traitement de la dysphorie de genre chez les adolescents doivent être mis en balance avec « des éléments d’incertitude … y compris la rareté des études de sécurité et d’efficacité et l’insuffisance des données de suivi des cas traités ».
[1] Abert Matthieu, médecin généraliste
Athea Nicole, gynécologue et endocrinologue
Avout Hélène (d’), psychanalyste, membre formateur de la SPRF
Bensman Albert, professeur honoraire de pédiatrie à la faculté de médecine Paris-Sorbonne
Berger Maurice, pédopsychiatre, ancien professeur associé de psychopathologie de l’enfant
Bettan Jean-Charles, psychanalyste
Bouaziz Jérôme, gynécologue obstétricien et président du groupe One clinic
Boulenger Jean-Philippe, professeur émérite de psychiatrie d’adulte à l’Université de Montpellier, médecin conseiller technique d’une association médico-sociale gérant des établissements et des structures d’aide à des enfants et des adultes handicapés
Brinkley Paula, MD, MPH, FAAP, General Pediatrician, Berkeley, Californie
Brody-Baudin Marianne, professeur honoraire de psychopathologie
Brun Anne, professeur des universités en psychopathologie et psychologie clinique, psychanalyste
Bruno Michel, psychologue, psychanalyste
Campion Martine, psychiatre et psychanalyste en exercice libéral
Cerf de Dudzeele Géraldine, psychologue clinicienne, membre associé de la Société de psychanalyse freudienne et vice-présidente de la CIPPA (Coordination internationale de psychothérapeutes psychanalystes et membres associés s’occupant de personnes autistes)
Ciccolini Joseph, professeur de pharmacocinétique, Clinical Pharmacologist (PU-PH)
Coen Marianne, psychiatre
Crestinu Dominique, endocrino gynécologue, membre du bureau de l’OPS
Daubigny Corinne-Déborah, psychanalyste, membre de la Société de psychanalyse freudienne
Dechêne Sophie, MD MRCPsych, psychiatre infanto-juvénile
Decormis Claude-Anne, psychologue clinicienne
Decker Gaëlle (de) Gaëlle, ancienne avocate au barreau de Bruxelles, psychanalyste, psychologue, CHU de Montpellier, département de gynécologie obstétrique
Denis Paul, neuro-psychiatre, pédopsychiatre
Devauchelle Bernard, professeur émérite de l’Université et chirurgien reconstructeur de la face
Dolto Catherine, médecin, praticienne en haptonomie
Doucet-Carriere Jean-Louis, psychiatre, psychanalyste
Dumont Francis, psychologue psychanalyste – ancien expert près la cour d’appel de Lyon
Eliacheff Caroline, pédopsychiatre, psychanalyste, codirectrice de l’OPS
Farges Nicole, psychologue, psychanalyste
Ferry Bernard, psychanalyste
Flavigny Christian, pédopsychiatre, psychanalyste
Frydman René, professeur émérite, spécialiste de la reproduction
Galiano Riccardo, psicoanalista, membro ordinario Società Psicoanalitica Italiana – International Psychoanalytical Association – Professore Associato di Psicologia Dinamica – Università degli Studi della Campania “Luigi Vanvitelli”, Naples, Italie
Geagea Nivine, psychologue clinicienne
Giroux Christian, psychiatre, ancien interne des hôpitaux psychiatriques d’Ile-de-France, retraité
Golder Eva-Marie, docteur en psychologie, psychanalyste
Goldman Caroline, psychologue clinicienne
Gontran Wilfried, psychologue clinicien, psychanalyste
Grignon Pamela, psychologue psychothérapeute en thérapies cognitivo-comportementales
Gueydan Madeleine, maître de conférences honoraire psychopathologie à Montpellier, psychanalyste
Halimi Olivier, psychologue clinicien
Halperin Daniel, pédiatre
Joire Mélanie, psychologue clinicienne, psychanalyste
Julliand Eric, ancien psychiatre des hôpitaux, psychanalyste membre du Quatrième groupe OPLF
Koener Beryl, pédopsychiatre en Belgique, membre du bureau de l’OPS
Lamote Thierry, professeur de psychologie (université de Lorraine), psychologue, psychanalyste
Landa Fabio, psychanalyste
Lantieri Laurent, professeur de chirurgie plastique et reconstructrice à l’Hôpital européen Georges-Pompidou
Lasvigne Christian, médecin retraité, intervenant en milieu scolaire pour le Centre de planification de l’Aube
Laune Roger Marion, gynécologue retraitée
Lavergne Philippe, psychiatre des Hôpitaux, pédopsychiatre
Lauret Monique, psychiatre, psychanalyste
Le Pennec Laurence, psychiatre, psychanalyste
Lebrun Jean-Pierre, psychiatre, psychanalyste, membre du bureau de l’OPS
Louveau Catherine, psychologue, professeure des universités émérite en sociologie
Lozes Marie-Ange, DESC médecine générale, Capacité médecine évaluation et traitement de la douleur, médecin au CH de Redon (Bretagne)
Luis Fernando MacIas García, professeur à l’université de Guanajuato du Mexique, psychanalyste
Lutz Nathalie, médecin pédopsychiatre
Maidenberg Manuel, pédiatre
Marzin Sophie, psychologue clinicienne, psychanalyste
Masson Céline, professeur des universités en psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent, codirectrice de l’OPS
Mason Julia, W-MS MD FAAP, SEGM Board member, Pediatrician, Calcagno Pediatrics, Gresham Oregon
Mijolla-Mellor Sophie (de), psychanalyste, présidente de l’Association internationale Interactions de la psychanalyse et directrice de la revue TOPIQUE
Miller Patrick, psychiatre, psychanalyste, membre de l’Association Psychanalytique Internationale.
Missenard Frédéric, pédopsychiatre, psychanalyste apf, Paris
Mosbah Christian, psychiatre, psychanalyste
Munnich Arnold, professeur de génétique, Université Paris Cité, président du conseil d’administration de l’Institut Imagine
Naeije Robert, professeur émérite de médecine à l’Université libre de Bruxelles
Nicolas-Chanoine Marie-Hélène, professeur émérite de microbiologie
Nisand Israel, professeur émérite de gynécologie obstétrique
O’Malley Stella, psychotherapist, director of Genspect
Ouahès Hélène, psychiatre praticien hospitalier
Pinaire Cécile, psychologue, psychanalyste
Prieur-Bertrand Monique, psychologue-psychanalyste
Quéheillard Jean-Louis, psychologue, psychanalyste, membre du Quatrième Groupe OPLF
Regenstreif Leonora, MD, médecin, CCFP(AM), FCFP, Hamilton, Ontario CANADA
Reveyrand-Coulon Odile, psychologue clinicienne interculturelle, anthropologue, maître de conférences honoraire, Université de Bordeaux
Robert Jacques, professeur émérite de cancérologie, université de Bordeaux, membre du bureau de l’OPS
Rubiliani Claudio, maître de conférences honoraire en biologie des organismes
Saada Michaël, psychiatre
Salom Yvelise, psychologue, psychanalyste
Santagostini Anne, psychiatre, psychanalyste
Schaeffer Jacqueline, psychanalyste membre titulaire formateur honoraire de la Société Psychanalytique de Paris (SPP)
Segonne Véronique, psychologue clinicienne, psychanalyste, ancienne attachée des hôpitaux de l’AP-HP
Sicard Didier, professeur émérite de médecine à l’Université Paris Cité
Sinai Joanne, MD, MEd, FRCPC, Clinical Associate Professor, Department of Psychiatry, University of British Columbia, Canada
Soffer David, psychiatre libéral, directeur du Dispositif Expert Régional SUD PACA, Association Suicide Mal-Etre Adolescent, Marseille
Squires Claire, psychiatre psychanalyste, MCF HDR émérite Paris Cité
Taieb Sonia, psychiatre, psychanalyste
Tartivel Yvon, psychanalyste
Trouvé Julien, psychologie clinicien secteur publique
Vacquin Monette, psychanalyste, membre du conseil scientifique du département d’éthique bio-médicale du Collège des Bernardins
Vandecasteele Luc, médecin généraliste, Gand, Belgique
Vander Elst Nadine, psychologue-psychanalyste, Bruxelles, Belgique
Vidal Pascale, psychanalyste, psychologue en pédiatrie à l’hôpital
Vigouroux Eric, psychanalyste, psychologue clinicien
Winter Jean-Pierre, psychanalyste
Les signataires en soutien aux professionnels de santé :
Agacinski Sylviane, philosophe
Badinter Elisabeth, philosophe
Benoit Martine, professeur des Universités
Braunstein Jean-François, professeur émérite de philosophie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Bonnet Marie-Jo, historienne, écrivaine
Cannone Belinda, écrivain, chercheur
Delsol Chantal, philosophe
Eustache Brinio Jacqueline, sénatrice du Val d’Oise
Guéneau Orane, présidente Black lilith record, gérante La Part des Anges, Rennes
Habib Claude, professeur honoraire de lettres, Université de la Sorbonne nouvelle
Heckmann Hubert, maître de conférences
Heinich Nathalie, sociologue
Henry Maryvonne, avocat au Barreau de Paris
Jongen Catherine, thérapeute de couple, sexothérapeute
Lambrichs L. Louise, écrivain, docteur ès Lettres, Officier des Arts et Lettres
Lacan Gilles, ancien magistrat
Mecquenem Isabelle (de), professeur de philosophie, membre du Conseil des sages de la laïcité
Messu Michel, sociologue, professeur honoraire des universités
Mezzarobba Marie-Reine, assistante sociale retraitée, service protection de l’enfance et de l’adolescence
Ollier Fabien, enseignant, directeur des éditions QS ? et de la revue Quel Sport ?
Orlando Leonardo, chercheur en science politique
Poitrenaud-Lamesi Brigitte, Université de Caen-Normandie
Rabinovitch Gérard, sociologue, philosophe
Riou Olivier, enseignant-chercheur, Energétique & Génie des procédés, Université Paris Est Créteil
Salvador Xavier-Laurent, maître de conférences HDR, président du LAIC
Sarton Olivia, directrice juridique Juristes pour l’enfance
Szlamowicz Jean, linguiste, professeur des universités
Taguieff Pierre-André, philosophe et politiste, CNRS
Tavoillot Pierre-Henri, universitaire, agrégé et docteur en philosophie (PARIS)
Valentin Caroline, avocat
[2] World Professional Association for Transgender Health
Sources : SEGM (19/12/2024) ; Le Point, Tribune collective (19/12/2024)