« IA biologique » : une start-up australienne commercialise un ordinateur fait de neurones humains

Publié le 10 mars 2025
« IA biologique » : une start-up australienne commercialise un ordinateur fait de neurones humains

La start-up australienne Cortical Labs a lancé un produit baptisé CL1 permettant selon elle l’accès pour les entreprises au « premier ordinateur biologique commercialisé » [1].

Le système comprend des « centaines de milliers de neurones fabriqués en laboratoire » à partir de cellules sanguines d’abord reprogrammées en cellules souches [2]. Sa taille se situe « entre celle d’un cerveau de fourmi et celle d’un cerveau de cafard ». Les neurones doivent être maintenus dans des « conditions optimales » et sont rattachés à une puce en silicium. Un système en deux dimensions.

Développer une « intelligence artificielle biologique »

L’objectif « ultime » de la firme est de développer « une sorte d’intelligence artificielle biologique ». En effet, « puisque des entreprises comme Google et OpenAI essaient de créer une IA qui fonctionne comme un cerveau, pourquoi ne pas utiliser les parties [du cerveau] – les neurones – pour atteindre le même objectif ? », considère Cortical Labs. « La seule chose qui possède une « intelligence générale »… ce sont les cerveaux biologiques », affirme Brett Kagan, directeur scientifique de la start-up.

« Nous ne sommes pas là pour essayer de remplacer les choses que les méthodes d’IA actuelles font bien », précise-t-il. Mais le scientifique considère que la façon dont fonctionnent les neurones les rend particulièrement pertinents dans certaines situations, comme la recherche médicale.

Des avantages « humains » ?

Les avantages de cette technologie sont divers. Le premier est sa consommation d’énergie. En effet, là où la génération actuelle de modèles d’IA « traditionnels » consomme « énormément d’énergie », le CL1 ne consomme lui que quelques watts.

Le deuxième avantage, selon le Dr Kagan, est la rapidité avec laquelle les cerveaux peuvent apprendre. « Ce que les humains, les souris, les chats et les oiseaux peuvent faire [et que l’IA ne peut pas faire], c’est déduire des informations à partir de très petites quantités de données et prendre ensuite des décisions complexes », affirme le chercheur.

Ernst Wolvetang, biologiste à l’université du Queensland qui travaille avec des organoïdes en 3D dotés de « plus de types de cellules et de réseaux neuronaux beaucoup plus complexes et sophistiqués », envisage de collaborer avec la start-up afin de voir si ces organoïdes en 3D peuvent « apprendre de la même manière » que le réseau neuronal en 2D.

Des recherches de « nature délicate »

« De nombreux scientifiques dans ce domaine, ainsi que l’équipe de Cortical Labs, sont bien conscients de la nature délicate de leurs recherches ». Car « bien que les organoïdes actuellement utilisés soient encore loin de la complexité d’un cerveau, on craint qu’à terme, des réseaux plus vastes ne fassent l’expérience de la conscience ou ne comprennent leur état » (cf. Organoïdes : voie prometteuse pour la recherche ou précipice éthique ?).

Mais Brett Kagan repousse la question. « Le domaine en est encore à ses balbutiements et il est impossible de savoir où se situe la limite éthique. » « Nous ne pouvons pas répondre à cette question. C’est la vérité, assure-t-il. C’est pourquoi nous travaillons avec un grand nombre de bioéthiciens ».

« Nous pouvons construire des systèmes discrets de cellules cérébrales et les utiliser dans le but que nous voulons », affirme le scientifique tentant de rassurer : « Elles n’auront pas de caractéristiques telles que la conscience, et nous sommes en mesure de tester et d’évaluer cela, et de nous en éloigner s’il y a un risque ».

 

[1] NDLR : Au mois de juin dernier, la startup suisse FinalSpark avait également annoncé la commercialisation de l’accès à des « bio-ordinateurs », qui utilisent jusqu’à quatre organoïdes de cerveau humain vivants connectés à des puces de silicium (cf. Une start-up commercialise l’accès à des « bio-ordinateurs »).

[2] Cellules iPS (induced pluripotent stem cells) Outre les questions posées par les organoïdes de cerveau humain qui interrogent la formation de la conscience (cf. Recherche sur les organoïdes de cerveau : une question de conscience), la recherche sur les organoïdes faisant appel à des cellules souches peut poser d’autres problèmes éthiques, dès lors que ces cellules seraient tirées d’embryons humains, conduisant à leur destruction. Ce n’est pas le cas de la présente étude qui recourt aux iPS.

Source : ABC, Jacinta Bowler (05/03/2025)