Le Parlement européen autorise les nouvelles techniques génomiques dans l'agriculture
Le Parlement européen a autorisé, le 17 juin, l’utilisation des nouvelles techniques génomiques (NTG ou NGT en anglais) dans l’agriculture (cf. Le Conseil des ministres de l’UE adopte le règlement sur les NTG). Tous les amendements susceptibles de relancer les négociations ont été rejetés.
Ces techniques sont censées rendre les plantes plus résistantes à la sécheresse, aux pesticides ou aux maladies (cf. Les NTG, moins inquiétantes que les OGM ?).
Des produits agricoles « améliorés » ?
La rapporteur de la loi, l’eurodéputée suédoise Jessica Polfjärd (PPE), vante des « technologies de sélection sûres et fondées sur la science » qui « permettront de cultiver des plantes résistantes au changement climatique et d’obtenir des rendements plus élevés sur des surfaces plus réduites » (cf. NTG, OGM : Quand la confusion lexicale sert des objectifs politiques). Elle met en avant l’« innovation », la « compétitivité » et la « sécurité alimentaire ».
Certains NTG bientôt considérées comme des végétaux conventionnels
Les NTG se distinguent des OGM de première génération en ce qu’ils permettent de modifier le génome d’une plante sans introduire d’ADN d’une autre espèce. Il serait possible, par exemple, de rendre une tomate plus résistante aux pucerons en insérant dans son génome un gène issu d’une autre variété de tomate déjà plus résistante.
Les semences ainsi modifiées seront classées en deux catégories. Les produits agricoles de catégorie 1 auront subi un maximum de 20 mutations, qui auraient pu résulter d’une sélection conventionnelle (cf. Nouveaux OGM : « La dérégulation des nouvelles techniques génomiques est un contresens biologique majeur »). Après vérification de leur conformité aux critères de cette catégorie, ils seront traités de la même manière que les végétaux conventionnels. En revanche, les végétaux modifiés pour pouvoir résister aux herbicides ou produire des substances insecticides en seront exclus.
Jusqu’à présent, la technique d’édition génomique de catégorie 1 était assimilée à la création d’OGM et interdite en UE, à l’exception du maïs Monsanto 810, cultivé sur de petites surfaces en Espagne et au Portugal.
Vendre des OGM sans informer les consommateurs ?
La présence de NTG de catégorie 1 devra figurer sur les sacs de semences achetés par les agriculteurs « afin qu’ils puissent faire des choix éclairés », mais pas sur l’étiquetage à destination du public (cf. « Il faut des étiquettes sur les organismes génétiquement modifiés et les nouvelles techniques génomiques pour les consommateurs, mais aussi pour le commerce international »).
Les « NTG-2 » quant à elles, impliquent des modifications génétiques plus complexes qui resteront soumises aux règles strictes applicables aux OGM. Ces règles s’appliqueront aussi bien aux végétaux originaires d’Europe qu’aux végétaux importés. Les NTG pourront être brevetées, « à l’exception des caractères ou séquences présents dans la nature ou produits par des moyens biologiques ».
Un clivage parmi les agriculteurs
Leur autorisation était réclamée par la puissante organisation agricole Copa Cogeca ainsi que les grands semenciers, qui mettaient avant la question de la compétitivité européenne face aux Etats-Unis et à la Chine, où la technique est légale.
Parmi les opposants à cette disposition, on compte les agriculteurs bio et les représentants de petites exploitations. Ainsi Thomas Gibert, maraîcher en Haute-Vienne et porte-parole de la Confédération paysanne, dénonce un « risque majeur » de « privatisation » du vivant et « d’homogénéisation des cultures » (cf. Nouvelles techniques génomiques : des tomates « enrichies en vitamine D » testées sur la population).
L’agence sanitaire française, l’Anses, avait exprimé sa prudence dans un avis de 2024 (cf. NTG : l’Autorité européenne rejette l’expertise française). Elle préconisait une évaluation « au cas par cas » des « risques sanitaires et environnementaux » avant toute mise sur le marché (cf. NTG : les experts de l’Anses recommandent une évaluation « au cas par cas »).
Le règlement entrera en vigueur 20 jours après sa publication au Journal officiel de l’Union européenne, mais son application devrait commencer à partir de 2028.
Sources de la synthèse de presse : De nouvelles techniques génomiques pour soutenir l’innovation dans l’agriculture durable, Communiqué de presse du Parlement européen (17/06/2026) ; France Info avec AFP (17/06/2026) ; La République des Pyrénées avec AFP (17/06/2026) ; Le Sillon belge (17/06/2026)