Noelia, 25 ans, euthanasiée pour ses organes ?
Noelia Castillo Ramos a été euthanasiée hier après que son père a épuisé tous les recours pour empêcher l’euthanasie de sa fille. La jeune femme de 25 ans, suicidaire, avait été victime de plusieurs agressions sexuelles. Elle était devenue paraplégique après avoir tenté de mettre fin à sa vie (cf. Espagne : Noelia, 25 ans, a été euthanasiée, après que son père a épuisé tous les recours ; Euthanasie de Noelia : « Quand l’État tue ceux qu’il n’a pas su protéger »).
Le cas de Noelia est montré en exemple, celui d’une jeune femme voulant exercer son « droit de mourir dans la dignité » malgré l’opposition de ses proches. Mais « est-on vraiment libre, quand la mort est préférable à la vie ? », interrogeait le philosophe Jacques Ricot décédé au mois de novembre dernier. « Quand on se suicide, c’est finalement qu’on ne voit pas d’autre issue possible. Que l’on a perdu sa liberté. » (cf. « Est-on vraiment libre, quand la mort est préférable à la vie ? »)
Les organes de Noelia déjà « sous compromis » avant son euthanasie
Le cas de Noelia est en effet « exemplaire », comme le révèle Grégor Puppinck, directeur de l’ECLJ. Mais pas comme on pourrait le croire. En effet, Me Polonia Castellano, l’avocate espagnole qui défend ses parents, affirme que des pressions ont été exercées au sein de l’hôpital sur la mère de Noelia pour que l’euthanasie ait lieu au motif que les organes étaient déjà « sous compromis ». En effet, lorsque la mort est décidée sur une personne encore jeune, alors s’enclenche une procédure de « distribution » de ses organes, en particulier si la personne ne souffre que d’une maladie psychique (cf. Eva, 16 ans : une euthanasie et 5 organes prélevés).
Le jour de son euthanasie, un important dispositif a été déployé : l’établissement où Noelia a été « bouclé en permanence ». Plusieurs agents se sont même répartis à l’intérieur pour surveiller les halls et les couloirs .
Euthanasie, dons d’organes : des conflits d’intérêt évidents
Qu’on ait laissé une jeune femme dépressive et handicapée être euthanasiée, renonçant à tout accompagnement, à tout soulagement, pour l’abandonner à sa souffrance, est déjà scandaleux en soi. Mais qu’on ait fait pression sur sa mère pour s’assurer que les organes seraient disponibles à la date prévue ajouterait encore au scandale. Car c’est une réalité : les euthanasies rendent des organes disponibles dans un contexte de pénurie (cf. Espagne : 7 euthanasies, 23 transplantations). Des organes d’autant plus précieux lorsqu’il s’agit d’une personne encore jeune, sans maladie qui engage son pronostic vital.
Et bien qu’on tente de rassurer la population en certifiant que les procédures sont cloisonnées, certains dénoncent les conflits d’intérêts de militants d’associations pro-euthanasie siégeant à la fois au sein des comités décidant d’autoriser les euthanasies et d’autoriser les prélèvements d’organes (cf. Euthanasie et dons d’organes : des « intérêts » communs ?).
« La société n’est pas qu’une juxtaposition de libertés individuelles. Nous sommes liés, rappelait Jacques Ricot. Une loi peut être répressive, mais elle est aussi expressive : elle traduit les valeurs d’une société. » De quelles valeurs voulons-nous ?
Complément du 02/04/2026 : Dans un entretien pour l’ECLJ[1], Me Polonia Castellanos, a annoncé porter plainte contre les médecins et experts qui ont pratiqué et supervisé l’euthanasie de Noelia. Elle affirme en effet que l’euthanasie a été pratiquée en violation de la loi : un même médecin aurait pratiqué l’euthanasie de Noelia, certifié qu’elle voulait donner ses organes, tout en étant le coordinateur des prélèvements d’organes.
[1] ECLJ, Euthanasie de Noelia: Entretien avec l’avocate du père (01/04/2026)