Ontario : 65 euthanasies pratiquées le jour de la demande en 2023, 154 le lendemain
Au Canada, un rapport officiel du médecin légiste en chef du Comité d’examen des décès liés à l’« aide médicale à mourir » (MDRC[1]) de l’Ontario a révélé qu’en 2023 65 personnes ont mis fin à leurs jours le jour même où elles en ont fait la demande. 154 autres personnes ont mis fin à leurs jours le lendemain de leur demande (cf. Canada : euthanasié à 26 ans car diabétique et dépressif).
Pas de prise en charge en soins palliatifs et un conjoint épuisé
Parmi les procédures pratiquées le jour de la demande figure le cas de Mme B, une femme de plus de 80 ans qui souffrait de complications suite à un pontage coronarien. Après avoir retiré une première demande d’« aide médicale à mourir » (AMM), elle avait choisi de recevoir des soins palliatifs. Mais sa demande a été rejeté, « elle ne remplissait pas les critères ».
Son conjoint, pour lequel l’hôpital avait noté qu’il était en burn-out en raison de son rôle d’aidant, a alors demandé une « nouvelle évaluation en urgence », en vue d’une AMM. Un évaluateur s’est présenté, différent de celui qui avait fait l’examen de la première demande, et a jugé Mme B « éligible » à la procédure.
Une autorisation délivrée en dépit des réserves émises par le premier praticien, qui formulait « des doutes quant à la nécessité d’une procédure « urgence » » et considérait qu’une évaluation « plus globale » était requise, notamment en raison de « la possibilité de coercition ou d’influence indue (due notamment à l’épuisement d’un aidant) ».
Le praticien a proposé de venir le lendemain, pour effectuer une nouvelle évaluation. Mais « le fournisseur d’AMM » jugeant la situation « urgente » a décliné l’offre. Un autre évaluateur a été trouvé pour valider la procédure et Mme B. est décédée le jour-même.
L’inquiétude du comité d’évaluation
Initialement la loi canadienne exigeait un délai d’attente de 10 jours entre la demande d’« aide à mourir » et la mise en œuvre de la procédure. Cette exigence a été supprimée par le Parlement canadien en 2021 pour les personnes dont le décès est « raisonnablement prévisible ».
Le MDRC a exprimé son inquiétude : « de nombreux membres ont estimé que la mauvaise qualité des soins de fin de vie pouvait avoir une incidence sur la demande d’un délai bref pour l’octroi de l’aide médicale à mourir ».
« L’accent aurait dû être mis sur la mise en place de soins palliatifs et d’un soutien adéquats pour Mme B et son conjoint, souligne le Dr Ramona Coelho, membre du MDRC. Compte tenu de la gravité de la situation, les équipes de soins palliatifs et d’accompagnement en fin de vie auraient dû être réengagées de toute urgence. ».
[1] MAiD Death Review Committee