Québec : trois hommes adoptent ensemble une petite fille placée

Publié le 23 septembre 2025
Québec : trois hommes adoptent ensemble une petite fille placée
© iStock - SDI Productions

Au Québec, trois hommes en « trouple » ont été autorisés à adopter une enfant de la direction de la protection de la jeunesse (DPJ). La décision a été rendue il y a deux semaines.

Une question d’égalité ?

Alexandre[1] et Arnaud sont en couple depuis 19 ans. Ils rencontrent Emile en 2018 alors qu’ils avaient déjà déposé une demande d’adoption. Ils indiquent alors leur nouvelle situation aux autorités. Leur dossier est refusé par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal : « la loi actuelle au Québec permet de reconnaître au maximum deux parents ».

Suite à ce refus, l’avocate des trois hommes, Me Laura Cárdenas, dépose une requête demandant la révision de la décision au motif qu’ils auraient été « discriminés en raison du statut de leur famille et de leur état matrimonial de type polyamoureux ». Dès lors le refus aurait violé « les droits à l’égalité et à la dignité des demandeurs ».

Ils sont par la suite invités à déposer une demande auprès d’une autre DPJ qui, elle, donne son feu vert[2].

Deux pères et bientôt trois ?

Les trois hommes « militent maintenant pour être reconnus légalement comme étant les trois pères » de la petite fille. En effet, Alexandre et Arnaud sont considérés légalement comme pères de l’enfant mais Emile est, lui, « une simple figure parentale ».

Ces dernières années, les tribunaux de l’Ontario, de la Colombie-Britannique et de la Saskatchewan ont accepté de reconnaitre « plus de deux parents » (cf. Colombie-Britannique : trois parents pour un enfant). Au mois d’avril dernier, la Cour supérieure du Québec a considéré « inconstitutionnel » le fait de refuser la « pluriparenté » (cf. Canada : au Québec et dans le Yukon, la possibilité pour un enfant d’avoir « plus de deux parents »). Le gouvernement Legault a toutefois fait appel de cette décision.

Des adultes qui « exigent le statut de parent »

« Dans ce genre de débat, ce sont des adultes qui exigent le statut de parent », pointe Me Dominique Goubau, avocat et professeur de droit à l’Université Laval spécialisé en droit de la famille. Il serait bon que les psychologues, les psychiatres et autres experts soient interpellés sur ces questions, plaide-t-il. « Car ultimement, ce qui prime, c’est l’intérêt de l’enfant » (cf. PMA, GPA : Omerta sur le sort de l’enfant).

[1] Les prénoms ont été modifiés

[2] Sans commenter sa décision, le CIUSS explique que « les critères d’évaluation sont harmonisés à l’échelle du Québec » et que « « l’intérêt des enfants » doit primer tout au long du processus ».

Source de la synthèse de presse : La Presse, Louise Leduc (19/09/2025)