Robots sociaux en institutions gériatriques – Sous la direction de Stéphanie Perruchoud et Nadja Eggert

Publié le 10 mai 2026
Robots sociaux en institutions gériatriques – Sous la direction de Stéphanie Perruchoud et Nadja Eggert
livre
© Pixabay

Face à une pénurie de soignants et de professionnels de santé qui se fait déjà ressentir, « l’idée d’une solution technologique semble se développer notamment via l’apparition de robots dits sociaux ». C’est le sujet abordé par l’ouvrage Robots sociaux en institutions gériatriques. Fruit d’un colloque organisé en 2022, il rassemble les réflexions croisées de spécialistes en éthique médicale, en gériatrie, de praticiens, de philosophes. Des contributions hétérogènes, plus ou moins accessibles, et le plus souvent nuancées.

Si l’on arrive à faire abstraction de l’écriture inclusive qui se glisse dans certaines d’entre elles et rend leur lecture assez pénible[1], on s’intéressera avec intérêt aux éclairages apportés autour d’un sujet rarement abordé. Quand certains considèrent que la prudence relève de « paniques morales »[2], d’autres soulignent au contraire que « les robots ne sauraient vraiment jamais être sociaux »[3].

Comme le pointe le professeur de philosophie Bernard N. Schumacher, « le problème fondamental de l’introduction du robot « social » se situe dans le fait que ce simulacre de présence risque de devenir la manière courante, adéquate, et même éthique, de prendre soin de la personne âgée »[4]. En effet, « l’introduction du robot « social » conduit, de manière paradoxale, non seulement à ne pas répondre à une responsabilité première à l’égard de la personne vulnérable, mais aussi à lui dérober, pour ainsi dire, son humanité : à la déconsidérer, car elle n’est plus alors une personne à part entière ». Dès lors, « faute d’obtenir une réponse adéquate, laquelle réside notamment dans une réelle présence qui passe par l’épreuve de l’incarnation personnelle à travers le regard, le toucher et la parole, la personne âgée se meurt dans une grande solitude »[5].

« Cette réflexion ne se limite pas à un débat académique abstrait, interpelle le professeur en éthique médicale Ralf J. Jox dans la préface de l’ouvrage : elle touche directement la manière dont nous vivrons notre propre vieillesse. » Et au-delà : « comment notre perception de l’être humain évoluera-t-elle à long terme si les robots s’intègrent toujours davantage à notre quotidien, y compris dans des sphères aussi sensibles et intimes que les soins ? Notre rapport au corps va-t-il changer pour s’aligner progressivement sur le modèle des machines ? »

Des questions fondamentales qui méritent une réflexion approfondie. Et des réponses.

Editeur : Georg

Date de publication : 17/06/2025

Nombre de pages : 191

[1] Et que l’on passe outre le recours à la théorie du genre sous la plume du chercheur en éthique Johan Rochel qui considère que : « la robotique pourrait être une opportunité d’expérimenter un rapport plus fluide aux genres et moins dépendante de la binarité masculin-féminin qui imprègne la vie sociale » (p.154)

[2] Camille Roelens, maître de conférences en philosophie de l’éducation, p.45

[3] Félix Pageau, médecin et titulaire d’une maîtrise de philosophie, p.87

[4] p.111

[5] p.113