Fin de vie : « Aucun sondage ne peut se substituer » au référendum
Dans un entretien pour le Figaro, le sénateur LR Francis Szpiner indique que 195 parlementaires ont signé sa proposition de loi visant à organiser un référendum pour « exclure de la notion de soin la provocation active de la mort » (cf. Fin de vie : une proposition de loi pour soumettre la question à référendum). « Je vais à présent l’envoyer au président du Sénat qui la transmettra au Conseil constitutionnel, indique le sénateur. Ce dernier a ensuite un mois pour statuer sur sa recevabilité. »
« Cet enjeu de civilisation mérite un débat plus approfondi et doit faire l’objet d’une consultation des Français »
« Cela envoie bien entendu un signal d’alerte sur la manière contestable dont se déroule ce débat, souligne Francis Szpiner. Il ne saurait être tranché à la va-vite, dans un calendrier compressé. » Or, « on demande au Sénat de statuer en trois jours sur une réforme qui bouleverse la société française et son avenir », dénonce-t-il.
« Cet enjeu de civilisation mérite un débat plus approfondi et doit faire l’objet d’une consultation des Français, plaide Francis Szpiner. Aucun sondage ne peut se substituer à cela. » En dépit de la complexité de la procédure de proposition de référendum, le sénateur interpelle : « le président ne peut pas ignorer cette démarche et sa légitimité ». D’ailleurs « il avait promis de consulter directement les Français, notamment sur la fin de vie, ce qu’il n’a pas fait pendant ses neuf années de mandat. »
« La question de l’euthanasie et du suicide assisté ne provoque pas un affrontement binaire »
Francis Szpiner observe que « dans tous les partis, il existe des gens hostiles ou favorables à cette réforme ». « La question de l’euthanasie et du suicide assisté ne provoque pas un affrontement binaire droite contre gauche, camp de la raison contre opinions extrêmes. » (cf. « Droit à l’aide à mourir » : « Moi j’avais cru comprendre que quand on est plutôt de gauche, c’est quand même la vocation la première de protéger les faibles, de protéger les vulnérables ») Un référendum « ferait naître des discussions dans les familles, entre générations ». « Les gens pourraient davantage se rendre compte de ce que représente ce changement, considère le sénateur. C’est la valeur du débat démocratique. »
« Ce débat sur la fin de vie interroge profondément notre rapport à la vie, à la souffrance, à la mort et engage une certaine idée de l’humanité, pointe le membre de la Chambre haute. Mais je ne le qualifierais pas de complexe. Ce qui est complexe, c’est la manière dont se forgent les convictions, à partir d’histoires personnelles, de points de vue sur ce que sont la liberté, la compassion et parfois, malheureusement, à partir de fausses informations. » (cf. Claire Fourcade : « Le débat public doit se fonder sur des données fiables et dénuées de toute instrumentalisation »)
« Aider à donner la mort n’est ni un progrès ni un soin »
Francis Szpiner déclare être agnostique. « Avocat, j’ai prêté serment à une époque où la peine de mort existait, et je suis profondément abolitionniste », précise-t-il. « Mon intime conviction prend racine dans le combat pour l’abolition de la peine de mort », explique le sénateur.
« Je ne fais pas de lien direct entre suicide assisté et peine de mort, indique-t-il, mais je considère qu’il existe un parallèle entre la motivation des abolitionnistes et celle des opposants à l’euthanasie. » « Aider à donner la mort n’est ni un progrès ni un soin, affirme le sénateur. Cela semble d’ailleurs incompréhensible dans une société qui, depuis longtemps, condamne l’incitation au suicide. »
« En réalité, on sait bien que l’Assemblée nationale se moquera du texte du Sénat si le gouvernement lui donne le dernier mot »
« Cette loi touchera les plus faibles et les plus fragiles », prévient l’avocat. Or, « le rôle de l’État, c’est d’être à leurs côtés. »
Même si « certains pensent que le vote d’un texte au Sénat aurait le mérite de limiter certaines outrances », Francis Szpiner n’est pas de cet avis : « En réalité, on sait bien que l’Assemblée nationale se moquera du texte du Sénat si le gouvernement lui donne le dernier mot ».
Source de la synthèse de presse : Le Figaro, Agnès Leclair (10/05/2026)