Toujours plus loin ? Des « embryoïdes » développent des tubes neuraux, des précurseurs d’organes et « même une chambre cardiaque primitive se contractant de manière autonome »

Publié le 29 juin 2026
Toujours plus loin ? Des « embryoïdes » développent des tubes neuraux, des précurseurs d’organes et « même une chambre cardiaque primitive se contractant de manière autonome »
© iStock - zhudifeng

Des chercheurs chinois ont mis au point « un modèle de disque embryonnaire humain unique en son genre », capable de fournir « une plateforme contrôlable pour la génération in vitro de cellules « germes d’organes » ».

Ce « système de co-culture bien défini » dans lequel des cellules souches embryonnaires sont cultivées avec divers types de cellules extra-embryonnaires leur a permis d’obtenir des « embryoïdes » qui sont entrés en gastrulation, reproduisant les processus observés chez l’embryon humain, jusqu’à obtenir un tube neural, un « intestin primitif » avec « des précurseurs de poumons, de foie et de pancréas », et « même une chambre cardiaque primitive se contractant de manière autonome ». Les scientifiques ont publié leurs travaux dans la revue Cell[1].

Contourner les interdits

« La gastrulation correspond au moment où l’architecture fondamentale du corps se met en place, transformant l’embryon d’un disque plat en une structure tridimensionnelle », explique Yu Leqian, professeur à l’Institut de zoologie de l’Académie chinoise des sciences et co-auteur de l’étude. Cette transition marque le moment où nos cellules se dotent des précurseurs nécessaires à la formation des organes, « l’un des événements les plus critiques du développement humain »(cf. Des chercheurs utilisent la lumière pour déclencher la gastrulation d’embryons humains).

Selon les « directives internationales » la culture d’embryons humains au-delà de 14 jours après la fécondation – moment à partir duquel a lieu la gastrulation, est interdite. Pour contourner cet interdit, les chercheurs ont recours à des « modèles embryonnaires », obtenus sans passer par une fécondation et baptisés de diverses manières, cette fois « gastruloïdes- disque »[2] (cf. Après les embryoïdes, les « péri-gastruloïdes » ; « Embryoïde-heX » : reproduire les premiers stades de la production de sang).

Le recours à la « biologie spatiale »

« Les précédents modèles d’embryons humains ne généraient que certains types de cellules et ne parvenaient pas non plus à produire la « ligne primitive » – une rainure qui facilite le passage à ce stade du développement », affirme Yu Leqian. Les cellules se développaient « de manière aléatoire et incontrôlable », s’écartant du véritable développement humain.

Dans cette étude, l’équipe s’est tournée vers la « biologie spatiale », un domaine scientifique émergent qui utilise le positionnement de précision – en l’occurrence, des cellules humaines – « pour recréer la nature avec la plus grande exactitude possible ». Ainsi, en tirant parti des techniques de micro-ingénierie, les chercheurs ont reconstitué, « tant sur le plan spatial que moléculaire », les interactions entre différentes cellules extra-embryonnaires et embryonnaires, « démontrant ainsi que la régulation coordonnée des seules cellules extra-embryonnaires permet de reproduire la formation de la ligne primitive humaine, tout en présentant un potentiel de développement accru ».

« La composition cellulaire d’un embryon humain de 21 jours »

Après avoir obtenu la gastrulation et la formation de la ligne primitive, les scientifiques ont observé une migration cellulaire à la surface du disque – là encore, un phénomène observé lors de la croissance de l’embryon humain.

Dans le cadre de cette recherche, « plus de 80 % des modèles issus de la bio-ingénierie ont reproduit avec succès ces processus de développement », indiquent les scientifiques. « Une analyse plus approfondie au niveau unicellulaire a confirmé que ces modèles reflétaient la composition cellulaire d’un embryon humain de 21 jours. » (cf. Des organoïdes reproduisent le cerveau d’un embryon âgé de 40 jours)

Produire des organes in vitro avec « moins de contraintes éthiques » ?

« Cette étude a jeté les bases de l’objectif ultime : la production modulaire in vitro à grande échelle de germes d’organes », « ce qui pourrait permettre la réparation de tissus, voire la fabrication d’organes en laboratoire ». « Si de tels organes venaient à être produits, ils seraient soumis à bien moins de contraintes éthiques, considère Yu Leqian, car les modèles embryonnaires humains constituent essentiellement une forme complexe d’organoïdes composés de cellules fonctionnelles plutôt qu’un organisme vivant. » Et « il en va de même pour les organes générés à partir de cellules « germes d’organes » ».

NDLR : Le recours aux « modèles embryonnaires » vise à contourner les interdits actuellement en vigueur : création d’embryons pour la recherche, limitation de la durée de culture in vitro (cf. S’affranchir de la « barrière légale des 14 jours » : des chercheurs promeuvent les « modèles embryonnaires » dans un livre blanc). Quand ils sont obtenus à partir de cellules souches embryonnaires, ils conduisent en outre à la destruction des embryons dont ces cellules sont issues.

L’argument consistant à dire qu’ils ne seraient que des « modèles », ce qui les distingueraient foncièrement des embryons humains, apparait pour le moins osé dans la mesure où l’objectif des chercheurs est précisément de mimer l’embryon humain quand il est issu d’une fécondation.

[1] Q. Shen et al. Reconstituting human primitive streak formation through extra-embryonic cell coordination, Cell June 24, 2026, DOI: 10.1016/j.cell.2026.05.045 External Link

[2] « Disc-gastruloids » en anglais

Sources de la synthèse de presse : China daily, Li Menghan (25/06/2026) ; New atlas, Bronwyn Thompson (27/06/2026) ; Cell (24/06/2026)