Une Espagnole reçoit le visage d’une femme euthanasiée

Publié le 2 février 2026
Une Espagnole reçoit le visage d’une femme euthanasiée
© iStock - simarik

En Espagne, l’hôpital Vall d’Hebron de Barcelone a pratiqué une greffe de visage sur une femme atteinte par une infection bactérienne. Une cinquantaine d’interventions de ce type ont été réalisées à travers le monde dont six en Espagne. Mais la greffe reçue par Carme est particulière : il s’agirait de la première greffe de visage réalisée dans le monde à partir d’un donneur ayant eu recours à l’euthanasie.

L’intervention a eu lieu il y a 4 mois et demi. Le don a été effectué sous asystolie contrôlée (cf. Dons d’organes : les Etats-Unis et l’Espagne se disputent la première place). Une centaine de professionnels de différentes spécialités ont participé à cette « intervention très complexe » qui a duré plus de 24 heures.

Une intervention qui « touche au cœur même de l’identité individuelle »

La première greffe de visage recensée est celle effectuée sur Isabelle Dinoire à l’hôpital d’Amiens il y a 20 ans. Il s’agissait d’une greffe partielle (cf. Décès de la première greffée de visage). Une intervention qui, « au-delà de la restauration de la fonctionnalité du visage, touche au cœur même de l’identité individuelle ». Car « le visage concentre l’apparence d’une personne et contribue à construire sa représentation personnelle » (cf. « Est-il légitime sur un plan éthique, de poursuivre les greffes de mains et de visage ? »).

L’hôpital catalan se targue d’être « à l’avant-garde dans ce domaine » : première intervention de ce type provenant d’un donneur « en arrêt cardiaque contrôlé » (cf. Le protocole Maastricht III en France: retour vers une « technicisation de la mort ») et désormais le cas de Carme.

Comme l’a expliqué ce lundi l’équipe médicale de l’hôpital de Barcelone, la donneuse, qui avait obtenu l’euthanasie, avait non seulement décidé de donner ses organes et ses tissus, mais avait également proposé de donner son visage (cf. Euthanasie et dons d’organes : des « intérêts » communs ?). S’agissant d’une donneuse euthanasiée, il a été possible d’élaborer « des guides personnalisés avec une modélisation en 3D de la receveuse et de la donneuse », souligne l’équipe médicale. « Nous avons pu nous asseoir avec les ingénieurs et, à l’aide de modèles logiciels, nous avons pu planifier les meilleures options de reconstruction des structures osseuses afin d’obtenir les meilleures fonctions possibles », détaille Joan-Pere Barret, chef du service de chirurgie plastique et des grands brûlés de Vall d’Hebron.

« Il aurait été difficile de la rencontrer »

La patiente et la donneuse ne se sont pas rencontrées, comme le stipule la loi (cf. Espagne : 7 euthanasies, 23 transplantations). Le contact entre les donneurs et les receveurs n’est en effet pas autorisé. Carme estime d’ailleurs qu’« il aurait été difficile de la rencontrer ». « S’impliquer de manière intime signifierait lui porter une affection particulière qui, à long terme, ne serait pas bonne », considère-t-elle.

Les études sur les greffes faciales concluent à un taux de survie « encourageant ». Cependant, elles ne mentionnent pas l’impact psychologique de l’intervention et du fait de vivre avec un nouveau visage.

Sources de la synthèse de presse : El País, Jessica Mouzo (02/02/2026) ; El Periódico, Beatriz Pérez (02/02/2026) ; ABC, Esther Armora (02/02/2026)