Xénotransplantation : un homme en état de mort cérébrale reçoit un poumon de porc
Une équipe chinoise a transplanté un poumon de porc génétiquement modifié à un homme de 39 ans en état de mort cérébrale, suite à une hémorragie. Les chercheurs ont publié leurs travaux dans la revue Nature Medicine [1].
Jusqu’ici des transplantations de poumons de porc avaient seulement été effectuées sur des primates non humains. Chez l’homme, des reins, des cœurs, des foies et un thymus porcins ont été transplantés mais le poumon est un organe particulier : « Les poumons sont les organes les plus difficiles à transplanter », affirme Muhammad Mohiuddin, chirurgien et chercheur à la faculté de médecine de l’université du Maryland à Baltimore, qui a dirigé en 2022 la première transplantation d’un cœur de porc chez une personne vivante (cf. Décès du patient qui avait reçu un cœur de porc).
En effet, « c’est l’organe qui présente le plus d’échanges gazeux avec les cellules sanguines ; et c’est le seul organe solide greffé qui soit en contact immédiat et direct avec l’environnement et l’air extérieur », souligne le professeur Edouard Sage, chef du service de chirurgie thoracique et transplantation pulmonaire à l’hôpital Foch (Suresnes), professeur de l’université Versailles-Saint-Quentin et chercheur dans l’UMR VIM. Le poumon « n’est pas stérile, a un microbiote avec des bactéries nécessaires à son équilibre et 30 % à 40 % de ses cellules sont des cellules immunitaires », complète Isabelle Schwartz-Cornil, chercheuse au laboratoire virologie et immunologie moléculaire (UMR VIM Inrae-UVSQ, université Paris-Saclay).
Ainsi, le risque d’infection et celui de rejet sont particulièrement élevés. Pour mener à bien leur expérimentation, les scientifiques ont administré au receveur une quantité « très importante » d’immunosuppresseurs, « très peu envisageable chez des receveurs vivants ».
Une expérience de 9 jours
L’intervention a été effectuée le 15 mai dernier par des chercheurs du premier hôpital affilié à l’université médicale de Guangzhou. L’organe est resté implanté 9 jours chez le patient avant d’être retiré à la demande de sa famille.
Les scientifiques ont remarqué un « œdème important » 24 heures après l’intervention, qui s’est résorbé par la suite. Ils ont également observé « une réaction immunitaire pouvant signaler un début de rejet » les troisième et sixième jours, « mais la situation s’était normalisée ».
Enfin, les analyses effectuées semblaient indiquer que le poumon aurait pu fonctionner plus longtemps. Les chercheurs n’ont d’ailleurs pas relevé « de signe de transmission de pathogènes porcins ou d’infection post-transplantation », en dépit de « quelques marqueurs d’inflammation dans le sang du receveur ».
Le risque infectieux appelle en effet à la vigilance car outre des virus humains qui pourraient profiter de l’immunosuppression pour attaquer l’organe transplanté, un virus porcin pourrait également infecter le receveur. « Il faut à tout prix éviter que le porc soit source de nouveaux virus chez l’homme », alerte Isabelle Schwartz-Cornil.
Un poumon génétiquement modifié
Auparavant, il existait « des barrières infranchissables » pour les xénotransplantations, mais « tout a été rendu possible particulièrement grâce à CRISPR-Cas9 », affirme la chercheuse.
Le poumon gauche transplanté provenait d’un porc ayant subi six modifications génétiques, produit par la société chinoise Chengdu Clonorgan Biotechnology. Ces modifications ont consisté à supprimer trois gènes porcins et à ajouter trois gènes humains. D’autres organes de porc ont pu subir jusqu’à 69 modifications génétiques en vue de leur transplantation chez l’homme (cf. Xénotransplantation de rein de porc : une procédure combinée inédite).
C’est l’autre enjeu des xénotransplantations : l’enjeu commercial. Ces animaux feront l’objet de brevets. « Aujourd’hui, les organes ne sont pas commercialisés, rappelle Edouard Sage. Mais demain, ils le seront, et ils auront un prix. »
[1] He, J., Shi, J., Yang, C. et al. Pig-to-human lung xenotransplantation into a brain-dead recipient. Nat Med (2025). https://doi.org/10.1038/s41591-025-03861-x
Sources : Nature, Rachel Fieldhouse (26/08/2025) ; Le Figaro, Soline Roy (25/08/2025)