« Afin de rassurer les acheteurs », une banque de sperme exclut les donneurs au QI inférieur à 85

Publié le 23 novembre 2025
« Afin de rassurer les acheteurs », une banque de sperme exclut les donneurs au QI inférieur à 85
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Au Danemark, la banque de sperme Donor Network exclut tous les donneurs ayant un QI inférieur à 85, ainsi que tous ceux ayant un casier judiciaire. Une décision prise « afin de rassurer les acheteurs », explique son directeur Jakob Schöllhammer Knudsen (cf. Une start-up américaine propose de trier les embryons en fonction de leur QI).

Ne pas « vendre quelque chose » sans en « garantir la qualité »

« Il ne s’agit pas d’un projet élitiste, et nous ne l’avons pas fait pour nous positionner ou exclure 20 % des donneurs, tente-t-il de défendre. Je pense simplement qu’il n’est pas éthique de vendre quelque chose dont je ne peux pas garantir la qualité. »

Ainsi, la banque élimine « environ 18 % des donneurs potentiels » en raison d’un QI « trop faible ». Il n’y a pas de limite supérieure pour le QI des donneurs.

Des gamètes commercialisés à l’étranger

Pour le directeur de Donor Network, « le QI est important, car il est statistiquement lié aux résultats scolaires, à l’emploi, au salaire, au risque de décès prématuré, au risque de maladie mentale et aux troubles de l’attention » (cf. Scores de risque polygénique : « Il n’y a pas d’êtres humains parfaits, et les embryons ne font pas exception »). « Parmi les personnes qui sont le mieux rémunérées, on trouve une proportion plus importante de personnes ayant un QI élevé. Cela ne dit peut-être rien sur votre valeur en tant qu’être humain, mais cela en dit long sur vos chances de réussir dans la vie, y compris sur le plan financier », poursuit-il (cf. Trier les embryons pour réussir à l’université ?).

Le Danemark est un pays leader dans le domaine du don de sperme, et la plupart des gamètes de Donor Network sont vendus à l’étranger. Selon son directeur, Donor Network serait la seule banque de sperme au monde à appliquer ces critères de sélection.

Choisir un donneur « comme des chaussures » ?

Au cours des 10 à 15 dernières années, « on accorde de plus en plus d’importance à la personnalité du donneur ». En effet, alors que les profils des donneurs ne contenaient auparavant « que » des informations telles que l’origine ethnique, la couleur des cheveux et la couleur des yeux, ils incluent désormais des renseignements sur les traits de personnalité du donneur.

« Nos profils de donneurs comptent 25 à 30 pages et comprennent des avis psychologiques évaluant le profil cognitif du donneur, un profil psychométrique, des tests de personnalité, etc. », indique Jakob Schöllhammer Knudsen. Le profil indique également le QI du donneur. « Et il y a clairement des gens qui choisissent en fonction d’un QI élevé », affirme-t-il. Une fois le donneur sélectionné en ligne, « vous ajoutez le produit à votre panier, comme lorsque vous achetez des chaussures, décrit le directeur danois, puis vous choisissez le mode de livraison ».

Une société « où le besoin de contrôle augmente »

Pour le directeur de Donor Network, choisir un donneur en fonction de son QI serait une démarche « tout à fait naturelle ».

Daniela Cutas, professeur d’éthique médicale à l’université de Lund en Suède, au contraire, juge que « l’hypothèse selon laquelle un QI élevé est une garantie de quelque chose de positif et celle selon laquelle un casier judiciaire est génétiquement déterminé sont toutes deux problématiques ». Sélectionner un donneur sur ces critères risque de créer des attentes des parents envers leur enfant « qui pourraient devenir un fardeau à satisfaire ». En outre, cela traduit selon le professeur une « surestimation de l’importance des gènes » (cf. Epigénétique : jusqu’à quel point l’environnement nous influence).

Finalement, ces comportements sont le reflet d’une société « où le besoin de contrôle augmente et où la volonté d’accepter l’incertitude diminue ».

Source de la synthèse de presse : dr.dk, Mathilde Bugge (08/11/2025)