Au Canada, une start-up veut offrir une alternative à l’« euthanasie économique »
En Ontario, la start-up Right to live[1] veut lutter contre le phénomène des personnes en grande précarité économique et souffrant d’un handicap qui demandent – et obtiennent – une euthanasie, car elles ne peuvent vivre décemment par manque de moyens financiers (cf. A New-York et dans l’Illinois, des organisations de défense des personnes handicapées contestent les lois sur le suicide assisté). Elle a lancé une campagne de levée de fonds à hauteur de 600.000 dollars canadiens (l’équivalent de 579.000 euros) (cf. Euthanasie : la question économique que personne ne soulève).
Dénoncer et combattre l’euthanasie sous contrainte économique
Eric Holmes, ancien développeur de logiciels, a décidé de lutter contre ce qu’il appelle l’« euthanasie économique ». En 2023, il a d’abord créé une organisation de plaidoyer, Right to live. Il voulait dénoncer le fait qu’avec la hausse des prix et la dégradation des conditions de vie des personnes fragiles pendant l’épidémie de Covid-19, des personnes souffrant de handicaps avaient demandé une euthanasie et en étaient décédées pour le motif qu’elles n’obtenaient pas l’aide sociale dont elles avaient besoin pour vivre correctement.
Il souligne le fait qu’en l’absence d’alternative, on ne peut pas parler de libre choix.
Des actions concrètes en faveur des personnes économiquement très fragiles
Devenue entre-temps une start-up, l’organisation Right to live prévoit de coopérer avec les évaluateurs en charge de l’octroi d’une « aide médicale à mourir » (AMM). Ces derniers devront s’enquérir de la situation économique et sociale du demandeur et, au besoin, diriger la personne vers Right to live qui lui proposera des « alternatives concurrentielles » préférables à la mort (cf. « Aide médicale à mourir » : l’Alberta veut réintroduire des garde-fous).
Des exemples concrets d’« euthanasie économique »
Sur le site de Right to live, Eric Holmes cite des exemples d’euthanasies pour motif économique survenues au Canada. Sophia, une femme de 51 ans, vivait dans des conditions insupportables en raison d’un syndrome d’hypersensibilité à certaines substances chimiques. Elle a passé deux années à demander un logement adapté à son handicap. Ses médecins eux-mêmes ont sollicité une aide matérielle qui aurait allégé sa souffrance.
Après avoir épuisé toutes les voies de recours possibles, Sophia a demandé une « aide médicale à mourir ». Ses médecins évaluateurs ont écrit au Parlement pour plaider en faveur d’un relogement d’urgence afin d’empêcher son décès, en vain. Sophia est décédée par euthanasie le 22 février 2022 (cf. Sans logement adapté, une femme handicapée demande l’« aide médicale à mourir »).
Le cas de Sophia n’est pas isolé. L’organisation Right to live cite également une tribune rédigée par des médecins en unités de soins intensifs qui dénoncent une forte augmentation des demandes d’AMM pour des raisons liées à la pauvreté (cf. Pauvreté, obésité, deuil : des euthanasies « moralement éprouvantes » au Canada). Ils ont remarqué une hausse de demandes en lien avec la crise inflationniste survenue pendant la pandémie de Covid-19[2] (cf. Fin de vie : l’angle mort des questions économiques et sociales).
Une question soulevée jusque dans les instances onusiennes
Eric Holmes s’appuie également sur des recommandations formulées par l’ONU. Il explique que « des associations de personnes handicapées ont porté cette question devant les plus hautes instances au Canada, telles que la Commission canadienne des droits de la personne, ainsi que devant les Nations Unies ».
En mars 2025, le Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU a publié ses observations finales. Il y dénonce les « défaillances systémiques de l’Etat partie à prendre en compte les déterminants sociaux de la santé et du bien-être, tels que la réduction de la pauvreté, l’accès aux soins de santé, l’accès au logement, la prévention de l’itinérance, la prévention de la violence sexiste, la fourniture de services de soutien en santé mentale et d’aide à l’emploi au sein de la communauté »[3] (cf. Canada : l’ONU appelle à interdire l’euthanasie des personnes handicapées ; « Droit à l’aide à mourir » : l’ONU interroge la France, elle botte en touche).
[1]Site web de Right to live
[2] Op-ed: ODSP rates are killing people in Ontario, Chris Glover, NOW Toronto (30/06/2022)
[3] Comité des droits des personnes handicapées (CDPH), Observations finales (03/2025)
Sources de la synthèse de presse : CBC News, Alex Flood (06/06/2026) ; Western Standard, Leah Mushet (06/06/2026)