Canada : une femme de 84 ans se voit proposer une euthanasie à son arrivée aux urgences
Un médecin doit-il pouvoir proposer une euthanasie à son patient ? Le témoignage d’une femme de 84 ans alimente le débat : on lui aurait proposé une « aide à mourir » dès son arrivée aux urgences. Si les autorités compétentes de Colombie britannique considèrent seulement que cette « initiative » était prématurée, l’Alberta juge en revanche que les praticiens ne devraient jamais suggérer un recours à l’euthanasie. La province travaille à réformer la loi de 2016 dans ce sens.
Une euthanasie proposée à patiente âgée qui souffre du dos
En avril 2025, Miriam Lancaster est emmenée en ambulance aux urgences d’un hôpital général de Vancouver, en Colombie britannique. La patiente de 84 ans s’est réveillée avec une terrible douleur dans le dos, sans en comprendre la cause. D’après son témoignage ainsi que celui de sa fille, dès la salle des urgences, un médecin lui aurait proposé, en première intention, une « aide médicale à mourir » (AMM). La patiente a refusé, et ce n’est que dans un deuxième temps qu’on lui aurait proposé un parcours de soin. Il s’est avéré qu’elle souffrait d’une fracture de l’os du sacrum due à l’ostéoporose. Après un peu plus d’un mois de traitements et de rééducation, elle pouvait à nouveau marcher sans douleur[1] (cf. « Aide médicale à mourir » au Canada : « les règles et les contrôles encadrant l’AMM doivent être resserrés »).
Actuellement, proposer une euthanasie est légal, mais pas si tôt
Les représentants du Vancouver Coastal Health (VCH), l’autorité publique de santé dont dépend l’hôpital concerné, déclarent que le personnel médical « peut proposer une aide à mourir », à condition qu’il détienne « les informations et compétences nécessaires » pour juger de sa « pertinence ». Aucun médecin ne saurait évidemment se prononcer sur le cas d’un patient dès son arrivée aux urgences et avant qu’un traitement lui ait été administré. Dans le cas de Miriam Lancaster, les recommandations en vigueur – qui consacrent une toute-puissance médicale – n’ont même pas été respectées (cf. Au Canada, des euthanasies illégales en toute impunité).
« Conseiller sans influence » une euthanasie ?
L’Association canadienne des évaluateurs et prestataires de l’AMM a réaffirmé dans un document publié le 26 mars que les professionnels de santé doivent pouvoir proposer toute possibilité de soulager les souffrances – l’« aide à mourir » étant présentée comme un soin parmi d’autres (cf. « Aide à mourir » vs. « aide active à mourir » : l’euthanasie se glisse dans la proposition de loi sur les soins palliatifs). Ils affirment qu’il leur est possible de « conseiller sans influencer », du fait de « la relation de confiance particulière » entre un médecin et son patient[2]. L’association fait mine d’ignorer l’existence d’une asymétrie d’information et d’un pouvoir d’influence lié au fait que le médecin, qu’il le veuille ou non, représente une figure d’autorité.
Une réforme de la loi pourrait venir de l’Alberta
La province de l’Alberta défend l’idée que la demande doit toujours venir du patient, aucun médecin ne devrait pouvoir proposer un suicide assisté ou une euthanasie de lui-même. Le ministre de la Justice de la province, Mickey Amery, a déposé le 18 mars le projet de loi 18 intitulé « Safeguards for Last Resort Termination of Life Act »[3]. Ce texte propose une réforme de la loi sur l’« aide à mourir », avec notamment l’exclusion du dispositif pour les personnes atteintes uniquement d’une maladie mentale, mais aussi l’interdiction pour les soignants d’initier un échange sur la possibilité d’avoir recours à une euthanasie (cf. « Aide médicale à mourir » : l’Alberta veut réintroduire des garde-fous).
Une réforme des plus urgentes, comme en témoigne l’histoire de Miriam Lancaster.
[1] National Post, This B.C. woman was offered MAID before other treatments. She said no to death and went on to climb a volcano, Shirley Kirkey (19/03/2026)
[2] Canadian Association of MAID Assessors and Providers – Association canadienne des évaluateurs et prestataires de l’AMM, Bringing Up Medical Assistance in Dying (MAiD) As a Clinical Care Option, mars 2026
[3] National Post, Alberta to ban doctors from offering euthanasia before a patient asks — unlike rest of Canada, Shirley Kirkey (19/03/2026)