Contraception masculine : des chercheurs s’attaquent à la méiose

Publié le 13 avril 2026
Contraception masculine : des chercheurs s’attaquent à la méiose
© iStock - JuSun

Des scientifiques de l’université de Cornell ont montré comment le fait de cibler « un point de contrôle naturel de la méiose », le processus qui conduit à la formation des gamètes[1], a permis d’arrêter la production de spermatozoïdes chez la souris. « En toute sécurité », selon les chercheurs. Ils ont publié leurs travaux dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences[2].

Cibler précisément la méiose

Pour aboutir à ce résultat, les chercheurs ont utilisé le JQ1, un inhibiteur à petites molécules, développé à l’origine comme outil pour étudier le cancer et les maladies inflammatoires. En raison de ses « effets secondaires neurologiques », il ne constitue pas un traitement viable pour ces maladies, ni un « contraceptif définitif ». Toutefois, le JQ1 est connu pour « perturber » la méiose en détruisant les cellules au cours d’une étape appelée prophase 1, et « il bloque l’activité des gènes nécessaires aux étapes ultérieures de la spermatogenèse » (cf. Infertilité : découverte du rôle clé de la protéine SKP1).

« Nous ne voulions pas affecter les cellules souches spermatogoniales[3], car si on les détruit, un homme ne redeviendra jamais fertile », explique Paula Cohen, professeur de génétique à la Faculté de médecine vétérinaire et directrice du Cornell Reproductive Sciences Center. De plus, une fois que les spermatozoïdes entrent en phase de spermatogenèse, il est possible que « des spermatozoïdes viables s’échappent » et fécondent un ovule.

De premiers résultats chez la souris

« Notre étude montre que, dans la plupart des cas, nous parvenons à rétablir une méiose normale et une fonction spermatique complète, et surtout, que la progéniture est tout à fait normale », affirme le Pr Cohen.

Dans le cadre de cette étude, les chercheurs ont administré du JQ1 à des souris mâles pendant trois semaines. Ils ont constaté que les souris ne produisaient plus de spermatozoïdes et que « tous les paramètres moléculaires de la méiose étaient perturbés, y compris le comportement chromosomique pendant la prophase 1 » (cf. Gamétogenèse in vitro : des chercheurs identifient une étape essentielle à la réussite de la méiose).

Ils ont ensuite cessé d’administrer le JQ1, et en l’espace de six semaines, « la plupart » des paramètres normaux de la prophase 1 sont réapparus. Les souris ont également retrouvé « une production normale de spermatozoïdes ». Les chercheurs ont ensuite fait se reproduire ces souris et ont constaté qu’elles étaient toutes fertiles. Ils ont en outre fait se reproduire les petits pour vérifier qu’ils étaient eux aussi fertiles, donnant naissance à une progéniture en bonne santé.

Vers la création d’une start-up

Désormais le Pr Cohen envisage de nouvelles cibles au sein de la méiose qui perturberaient le processus plus tôt, dès l’entrée dans la prophase 1, ce qui « garantirait davantage » qu’aucun spermatozoïde ne survive. Cibler une phase plus précoce du processus améliorerait également l’administration du produit, en raison de la formation de la barrière hémato-testiculaire, qui protège les stades ultérieurs du développement des spermatozoïdes dès la prophase 1.

L’équipe va donc s’atteler à tester trois nouvelles cibles génétiques. Les chercheurs comptent démontrer que leur action peut être réversible. Les scientifiques ont d’ailleurs l’intention de créer une entreprise dans les deux prochaines années afin de poursuivre le développement de ces méthodes non-hormonales.

[1] « La production de spermatozoïdes se déroule en trois étapes principales. Elle commence par des cellules souches qui se développent en spermatozoïdes tout au long de la vie d’un homme. Ces cellules souches prolifèrent et se différencient, donnant naissance à des cellules qui entrent en méiose. Au cours de la méiose, les cellules possédant deux jeux complets de 46 chromosomes se divisent en quatre cellules, appelées haploïdes, chacune contenant la moitié du complément parental de 23 chromosomes. Une fois la méiose terminée, le processus de spermatogenèse différencie ces cellules haploïdes en spermatozoïdes, dotés d’une tête et d’un flagelle leur permettant de se déplacer. »

[2] Stephanie Tanis et al, Meiotic prophase I disruption as a strategy for nonhormonal male contraception using small-molecule inhibitor JQ1, Proceedings of the National Academy of Sciences (2026). DOI: 10.1073/pnas.2517498123

[3] Les cellules souches spermatogoniales constituent la population de cellules germinales initiales support de la production des spermatozoïdes tout le long de la vie d’un individu. Ces cellules caractérisées par leur capacité d’auto-renouvellement et de différenciation maintiennent ainsi une réserve et garantissent la production continue de cellules germinales différenciées.

Source de la synthèse de presse : Medical Xpress, Krishna Ramanujan, Cornell University (07/04/2026)