En Colombie, des « donneuses d’ovocytes » également victimes d’exploitation sexuelle
La GPA n’est pas autorisée en Suède, tandis qu’en Colombie, de nombreuses agences se sont développées à la faveur d’un vide juridique – mais aussi de la pauvreté qui touche de nombreuses jeunes femmes. Ces agences fournissent les services de « donneuses d’ovocytes » en déclarant qu’elles agissent « par altruisme ». Des journalistes du quotidien suédois Dagens Nyheter ont révélé que nombre d’entre elles étaient également présentes sur des sites d’exploitation sexuelle.
Des « donneuses d’ovocytes » à choisir sur catalogue
L’agence Celagem, à Bogotá, propose des GPA avec la possibilité de choisir une « donneuse d’ovocytes » dans un catalogue qui présente ces femmes comme « jeunes, belles et sélectionnées sur des critères de santé » (cf. Colombie : l’inscription de la mère porteuse sur l’acte de naissance est obligatoire ; Colombie : une mère porteuse reconnue comme « mère biologique »).
Les enfants suédois nés par GPA avec don d’ovocyte ne sont recensés par aucune instance officielle, mais des experts indépendants estiment qu’ils représenteraient 100 à 200 naissances par an.
L’identité des donneuses d’ovocytes est protégée par l’anonymat. Les enfants concernés n’ont donc pas accès à leur origine génétique, contrairement à ce qui est garanti dans la législation suédoise et la Convention sur les droits de l’enfant des Nations Unies (cf. « Droit aux origines » : un colloque pour demander la légalisation des tests ADN à visée généalogique).
Des « étudiantes altruistes »… ou des jeunes femmes pauvres déjà exploitées sexuellement ?
Laura Natalia Buendia, médecin auprès de la clinique Celagem, assure que les femmes qui « donnent » leurs ovocytes sont motivées par un vif désir d’aider d’autres personnes à devenir parents. D’après la praticienne, « elles ont une conscience sociale développée, en particulier vis-à-vis des couples de même sexe qui ne peuvent pas avoir d’enfants par eux-mêmes ». Laura Natalia Buendia affirme ne pas savoir combien ces femmes sont rémunérées pour leur « don » et change vite de sujet : « Ces femmes sont très altruistes. Elles sont, pour la plupart d’entre elles, étudiantes à l’université ».
Le quotidien suédois a voulu en savoir plus sur le profil de ces femmes. Deux journalistes ont réussi à obtenir des photos de 214 « donneuses d’ovocytes » anonymes. En analysant les traits du visage de ces jeunes femmes en recourant à un outil d’IA, ils ont identifié 61 d’entre elles sur des sites pornographiques.
Des jeunes femmes influencées par des réseaux qui les exploitent sexuellement et pour leurs capacités reproductives
Ainsi, Valentina, 19 ans, s’est laissée influencée par les discours répandus dans le milieu de l’exploitation sexuelle : elle a cru que cette « activité » ferait d’elle une femme qui « dispose librement de son corps ». Elle raconte avoir finalement perdu toute illusion, elle s’est rendue compte qu’elle « ne faisait que répondre aux demandes d’hommes malsains ». Elle a renoncé à cette source de revenus, puis a été tentée par des publicités sur les réseaux sociaux qui vantaient le « don d’ovocyte ». Une nouvelle désillusion : « J’avais envie de croire que je faisais quelque chose d’altruiste, mais en fait je ne faisais que contribuer à un business extrêmement lucratif. Comme le business du sexe devant une webcam ».
La jeune femme dit avoir touché l’équivalent de 470 euros pour avoir fourni 15 ovocytes jugés « de bonne qualité ».
Alejandra Hernandes Lesmes, ancienne mère porteuse à présent « recruteuse indépendante », est en cours de négociation avec 17 « parents d’intention » qui lui ont demandé de les mettre en relation avec des mères porteuses et donneuses d’ovocytes, sans passer par une agence. Elle commence à envisager de recruter ces femmes sur des sites de live stream (cf. Iran : des gamètes, des embryons et des « services de maternité de substitution » vendus en ligne).
Source de la synthèse de presse : Dagens Nyheter, Josefin Sköld et Alexander Mahmoud (27/09/2026)