Et si la présence de cellules aneuploïdes au sein d’un embryon pouvait favoriser son implantation ? Un parallèle avec les cellules cancéreuses interroge

Publié le 3 novembre 2026
Et si la présence de cellules aneuploïdes au sein d’un embryon pouvait favoriser son implantation ? Un parallèle avec les cellules cancéreuses interroge
© iStock - luismmolina

Alors que plusieurs députés proposent d’autoriser le diagnostic préimplantatoire des aneuploïdies (DPI-A) avec le but affiché d’« améliorer » la PMA (cf. Nouveau tri génétique in vitro : une proposition de loi affiche un « consensus médical » en s’appuyant sur des études anciennes, restreintes, et même contredites), le Dr Aleksandra Byrska, chercheuse à la Warwick Medical School, au Royaume-Uni, interroge : et si la présence de cellules aneuploïdes au sein d’un embryon pouvait en fait favoriser son implantation ? [1]

« La présence de cellules aneuploïdes dans les embryons précoces pourrait-elle avoir un effet positif, expliquant ainsi pourquoi les embryons humains sont si sujets aux anomalies chromosomiques ? »

Avec ses collaborateurs, la scientifique explore le potentiel d’une « petite molécule appelée UMK57 », qui agit sur le mécanisme cellulaire chargé de séparer physiquement les chromosomes pendant la mitose. Elle indique avoir constaté que « les embryons humains traités à l’UMK57 présentaient nettement moins d’erreurs lors de la première division du zygote ». Mais elle s’interroge sur « la sécurité d’une telle intervention » : « Nous devons aussi nous poser une question plus large : la présence de cellules aneuploïdes dans les embryons précoces pourrait-elle avoir un effet positif, expliquant ainsi pourquoi les embryons humains sont si sujets aux anomalies chromosomiques ? »

« Les cellules cancéreuses sont souvent aneuploïdes, en particulier lorsqu’elles peuvent migrer dans l’organisme et s’implanter loin de leur site d’origine (un processus appelé métastase) », pointe le Dr Byrska. « Suivant une logique similaire, la présence de cellules aneuploïdes dans un embryon pourrait aider celui-ci à s’implanter dans la muqueuse utérine et ainsi permettre l’établissement d’une grossesse », suggère-t-elle.

Des embryons très souvent « mosaïques »

Il ne s’agit pour le moment que d’une hypothèse. Mais elle pourrait s’insérer avec cohérence au sein d’un certain nombre d’observations. En effet, « plus de 30% des zygotes présentent des anomalies lors de leur division », indique la scientifique. « Ce chiffre est étonnamment élevé, si l’on considère que moins de 1% des cellules d’un corps humain développé se divisent avec des anomalies », relève-t-elle. Or ces « anomalies » peuvent donner lieu à des embryons dits « mosaïques », c’est-à-dire des embryons dont certaines cellules seulement sont aneuploïdes.

« Ces dernières années, il est apparu clairement que les embryons humains sont souvent mosaïques, rappelle le Dr Aleksandra Byrska. Certaines données suggèrent que plus de 80% des embryons au cinquième jour, appelés blastocystes, sont mosaïques. » (cf. Avoir des cellules aneuploïdes : un état fréquent chez l’embryon en phase précoce) Et « il est remarquable de constater que de tels embryons peuvent aboutir à des grossesses menées à terme et à la naissance de bébés en bonne santé » (cf. Le mosaïcisme dévoile les failles du diagnostic préimplantatoire).

Des données suggèrent en effet que « les cellules anormales sont progressivement éliminées au fur et à mesure du développement », notamment via leur allocation préférentielle au trophectoderme qui deviendra le placenta. Là où l’aneuploïdie aurait un effet bénéfique pour l’implantation ? La question est posée, elle est passionnante. Alors que les études actuelles montrent que le DPI-A a un effet négatif sur le taux de naissances (cf. « Promouvoir le DPI-A aujourd’hui, c’est ignorer les progrès de la recherche »), cette hypothèse pourrait tenir un élément d’explication.

[1] BioNews, To err is human: How human embryos rarely get it right, Dr Aleksandra Byrska (02/11/2026)