FIV : l’arrêt du développement embryonnaire lié à l’âge maternel, pas à l’aneuploïdie de l’embryon

Publié le 24 novembre 2025
FIV : l’arrêt du développement embryonnaire lié à l’âge maternel, pas à l’aneuploïdie de l’embryon
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Alors que la révision de la loi de bioéthique se profile, certaines revendications reviennent inlassablement. Ainsi, en dépit de la prudence de certains médecins, des associations réclament à nouveau l’autorisation du DPI-A, le diagnostic préimplantatoire des aneuploïdies, une technique consistant à dépister une éventuelle anomalie du nombre de chromosomes de l’embryon et à n’implanter que ceux qui en sont dépourvus. Les autres étant détruits.

Le collectif BAMP qui veut peser de tout son poids d’« association de patients » dans les débats, va jusqu’à affirmer qu’on « maltraite » les femmes et les couples en transférant des embryons qui n’ont pas de « potentiel implantatoire » (cf. PMA : à la recherche d’une nouvelle « baguette magique » ?). Pourtant différentes études ont déjà contredit ce postulat (cf. DPI-A : une étude démontre son invalidité ; Une nouvelle étude remet en cause la pertinence du DPI-A ; Avons-nous tous été trisomiques ?). Et une étude récente réalisée par des chercheurs de la IVIRMA Global Research Alliance, l’université Rutgers et la faculté de médecine de Yale vient une fois de plus remettre en cause l’idée selon laquelle supprimer les embryons porteurs de trisomie permettrait d’augmenter le taux de succès des fécondations in vitro [1].

Pas d’association « statistiquement significative » entre aneuploïdie et arrêt du développement

Dans le cadre de leur étude, les scientifiques ont analysé 25.974 embryons issus de 1.928 cycles de fécondation in vitro pratiqués entre janvier 2020 et décembre 2021[2]. Tous ayant été obtenus pour des patientes ayant « de bonnes chances de succès ». Au total, le développement s’est arrêté pour 40,3% des embryons. Or cette proportion était de 33% chez les femmes de moins de 35 ans contre 38% chez les femmes de 35 à 37 ans, 40% de 38 à 40 ans, et 44% chez celles ayant dépassé 40 ans.

Globalement, les chercheurs ont constaté une « très faible corrélation positive » entre l’arrêt du développement des embryons et une anomalie chromosomique. Mais après ajustement sur l’âge, « aucune relation statistiquement significative » n’a été mise en évidence par les scientifiques.

L’âge maternel, un facteur commun

« Nos résultats suggèrent que le taux d’arrêt du développement embryonnaire et le taux d’aneuploïdie chromosomique totale dans la cohorte de blastocystes obtenue sont tous deux associés à l’âge de la femme, mais pas l’un à l’autre », soulignent les chercheurs[3]. « Par conséquent, les taux d’arrêt du développement embryonnaire et d’aneuploïdie représentent deux facteurs indépendants dans la détermination du nombre d’embryons euploïdes disponibles pour le transfert et de la probabilité globale de réussite de la PMA », poursuivent-ils.

Refuser l’implantation d’embryons porteurs de trisomie n’est pas un choix fondé scientifiquement. C’est en revanche le signe d’une intolérance au handicap.

[1] Reig A, Seli E. Developmental arrest rate of an embryo cohort correlates with advancing reproductive age, but not with the aneuploidy rate of the resulting blastocysts in good prognosis patients: a study of 25,974 embryos. Aging (Albany NY). 2025 Oct 10; 17:2552-2560 . https://doi.org/10.18632/aging.206328

[2] Seul le premier cycle de chaque patiente a été inclus dans l’ensemble de données et seules les cohortes dans lesquelles au moins 5 blastocystes étaient disponibles pour la biopsie ont été retenues.

[3] D’autres mécanismes pourraient entrer en jeu comme la « qualité des mitochondries » présentes dans l’ovocyte ou de possibles mutations maternelles.