La natalité : un enjeu de société face à une société de l’individu

Publié le 8 juillet 2025
La natalité : un enjeu de société face à une société de l’individu

« La natalité reflète l’état de santé d’une population dans ses trois composantes physique, mentale et sociale. » Partant de ce constat, l’Académie de médecine s’est auto-saisie du sujet et vient de publier un rapport sur la natalité en France [1].

Un constat alarmant

« La France, comme de nombreux pays développés, connaît un recul durable de la natalité. » En effet, l’année dernière, 663 000 naissances et 646 000 décès ont été enregistrés : le solde naturel est encore positif mais les naissances continuent de diminuer, « atteignant un niveau historiquement bas ». L’indice conjoncturel de fécondité [2], de 1,59 enfant par femme, est « le plus faible depuis un siècle ».

Les femmes ont des enfants plus tard : elles donnent naissance à leur premier enfant à 29 ans contre 24 il y a 50 ans. Et alors qu’elles accouchaient en moyenne à 26,5 ans il y a 50 ans, aujourd’hui elles sont âgées de 31 ans en moyenne.

15% des couples touchés par l’infertilité

Ce report des naissances peut ainsi faire passer d’une « infertilité volontaire » à une « infertilité subie ». La fertilité décline « dès l’âge de 30 ans »[3], rappelle l’Académie de médecine ; « médicalement, l’infertilité touche environ 15% des couples, souvent aggravée par l’âge croissant des projets parentaux » (cf. A Cambridge, des cours pour « éviter d’oublier d’avoir un bébé »).

Par conséquent, « en France, environ 15% des femmes et des hommes de plus de 45 ans sont sans enfant ce qui représente une augmentation d’environ 30% par rapport à la génération précédente ». Les deux-tiers font suite à une infertilité.

Une augmentation du recours à la PMA qui ne compense pas le déficit des naissances

Pour l’Académie de médecine, comme pour le Comité consultatif national d’éthique avant lui (cf. Baisse de la natalité et de la fertilité : un avis timide du CCNE), l’assistance médicale à la procréation (AMP) « constitue une réponse » qui conduit à 3,7% des naissances.

« Son efficacité diminue également avec l’âge », pointe l’Académie. Dès lors l’AMP « ne peut compenser qu’en partie le déclin naturel de la fertilité chez les femmes », souligne-t-elle. Finalement, « environ un quart des couples en traitement restent sans enfant après huit ans de tentatives ».

Un désir d’enfant qui persiste sans pouvoir être satisfait

Selon l’union nationale des familles (Unaf), « le nombre idéal moyen d’enfants souhaité dans l’ensemble de la population serait de 2,27, contre 1,7 dans les faits ». Si les Français n’ont pas tous les enfants qu’ils désirent c’est pour différentes raisons : « l’instabilité économique, le chômage, la crise du logement et les incertitudes géopolitiques ou environnementales [4] freinent les intentions de parentalité » (cf. Royaume-Uni : vague d’avortements depuis l’arrêt d’une aide sociale à partir du troisième enfant).

La politique familiale [5] est en outre devenue le parent pauvre des politiques publiques. La France consacrait en effet 3,6 % de son PIB aux familles en 2017, un taux qui était alors le plus élevé de l’OCDE. Mais en 2021, « ce chiffre est tombé à 2,2 %, en dessous de la moyenne de l’Union Européenne (2,4 %) ».

« La politique familiale est aujourd’hui sous-financée, inégalitaire, peu lisible, et inefficace face à la crise de la natalité », dénonce l’Académie de médecine, soulignant que, depuis plusieurs années, l’excédent de la caisse nationale des allocations familiales (Cnaf) est utilisé pour équilibrer les autres régimes de la Sécurité sociale [6].

Sept recommandations pour un « renouveau démographique »

Pour l’Académie de médecine, un « renouveau démographique » est possible. En effet, « la génération née entre 2000 et 2012, issue d’un mini-rebond de natalité représente un espoir de redressement » car « à l’horizon 2030- 2040, elle représentera une cohorte nombreuse d’individus en âge de procréer ». Mais il faut que les conditions soient réunies : « cette relance ne repose pas sur une incitation ponctuelle, mais sur la réduction de nombreux obstacles structurels ».

L’Académie formule sept recommandations :

  • « Réformer l’architecture de la politique familiale», notamment en restaurant l’universalité des aides ;
  • Développer un « droit effectif à la garde d’enfants» ;
  • « Réviser profondément le congé parental» en le transformant en congé de naissance plus court et mieux indemnisé mais également en imposant « une période non transférable pour le co-parent », afin d’encourager « un partage effectif du soin aux enfants » ;
  • « Lutter contre l’infertilité comme priorité de santé publique» ;
  • « Réduire la mortalité néonatale et renforcer la néonatologie»[7] ;
  • « Mieux intégrer les dimensions sociétales et écologiques » ;
  • « Repenser les objectifs et les outils de mesure».

L’angle mort de l’individualisme

Mais cela suffira-t-il ? « Aujourd’hui les couples se forment vers 24 ans, sans perspective immédiate de faire des enfants », pointe l’Académie de médecine qui considère que le fait d’avoir « une vie affective et sexuelle sans crainte d’une naissance non planifiée », « grâce à la contraception et à l’IVG », est « la situation « neutre » ».

Le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP [8]) vient également de publier un rapport intitulé « La vraie crise de la fécondité »[9]. Ses recommandations influencent les politiques publiques de nombreux pays. Pour le FNUAP, la crise de la fécondité est « une crise enracinée dans des environnements et des choix politiques qui ne s’alignent pas sur les désirs des individus ». L’organisme qui dépend de l’ONU promeut ainsi l’« autonomie reproductive », renvoyant dos à dos « les obstacles qui empêchent d’éviter une grossesse non désirée » et « les obstacles qui empêchent de fonder une famille ». Citant la précarité économique comme le « pessimisme quant à l’avenir », ces obstacles « seraient souvent finalement les mêmes » considère le FNUAP. Le « pessimisme » face à l’avenir ou la précarité économique empêcheraient donc les femmes d’avorter ? (cf. Avorter à cause du coût de la vie ; Précarité, situation familiale, contraception… les facteurs de risque de l’avortement)

Mais n’est-ce pas s’aveugler que de refuser d’établir quelque lien que ce soit entre promotion de l’avortement et baisse de la natalité ? N’est-ce pas entretenir un leurre que de laisser croire que l’« infertilité volontaire » quand l’enfant n’est pas (encore) le bienvenu n’obérera en rien la fertilité quand les conditions de son accueil seront considérées comme optimales ? Et qu’en cas de problème la technique sera là pour pallier l’« infertilité subie » ?

Certains totems semblent indéboulonnables. Pourtant, face à de tels enjeux, toutes les questions ne méritent-elles pas d’être posées ?

 

[1] Académie nationale de médecine, La Natalité en France : Mythes et Réalités de la crise démographique Française Les Français ont-ils le nombre d’enfants qu’ils désirent ? (01/07/2025) L’Académie a adopté le texte de ce rapport par voie électronique par 96 voix pour, 1 voix contre et 1 abstention.

[2] Défini par l’Académie de médecine comme le nombre moyen d’enfants qu’une femme aurait « si les comportements de fécondité d’une année donnée restaient constants »

[3] « Le modèle de simulation qui fait référence montre qu’environ 75% des femmes essayant de concevoir à l’âge de 30 ans auront une conception se terminant par une naissance dans l’année, contre seulement 66% à 35 ans et 44% à 40 ans. »

[4] Le rapport de l’Académie de médecine indique que « l’éco-anxiété [est] particulièrement marquée chez les jeunes femmes ». « En France, 37 % des 16-25 ans hésiteraient à avoir des enfants en raison du changement climatique, de la volonté de préserver les générations futures, de limiter leur propre empreinte carbone et de questionner la pertinence de la parentalité dans un monde incertain. »

[5] « La politique familiale affiche des objectifs clairs, à savoir : la compensation des charges financières des familles, l’aide accrue aux familles vulnérables, la facilitation de la conciliation entre la vie professionnelle et la vie familiale et la garantie de la viabilité financière du système. Trois leviers sont utilisés pour atteindre ces objectifs : les prestations financières, les avantages fiscaux, et le développement des services d’accueil pour la petite enfance. »

[6] « Les recettes de la caisse nationale des allocations familiales (Cnaf) ont une tendance structurellement excédentaire, accrue par la baisse de la natalité. En effet, si le montant des prestations n’est pas augmenté ou si de nouvelles prestations ne sont pas créées, les dépenses de la Cnaf sont généralement inférieures aux recettes, car les premières sont indexées sur les prix et les secondes sur les salaires. »

[7] A ce sujet, l’Académie de médecine note une baisse du recours à l’interruption médicale de grossesse : « depuis 10 ans, un nombre croissant de grossesses identifiées par le diagnostic prénatal comme ayant un pronostic très défavorable avec une absence de possibilité thérapeutique, que celle-ci soit pré- ou postnatale, ne font plus l’objet d’une demande d’interruption de la grossesse mais sont menées à terme. Or, la survie de ces enfants à un an est souvent de moins de 70% ». « En 2024, environ 1500 naissances présentaient ces caractéristiques, soit 10 fois plus qu’il y a 10 ans. Au-delà de cette mortalité annoncée, la prise en charge compassionnelle de ces enfants contribue à la tension des services de néonatologie. »

[8] UNFPA pour United Nations Population Fund en anglais

[9] UNFPA (United Nations Population Fund), 2025. “The Real Fertility Crisis: The pursuit of reproductive agency in a changing world”, State of World Population 2025, New York: UNFPA. ISBN: 9789211542837

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