Reworld Media, qui détient Doctissimo, annonce vendre ses données à des annonceurs… mais est-ce légal ?
Propriétaire du site Doctissimo, Reworld Media est le premier groupe de presse magazine français en nombre de journaux détenus. Le groupe a annoncé avoir noué des accords commerciaux concernant le traitement de données de santé, croisées avec d’autres données personnelles, qui posent des questions de conformité avec la loi.
Un grand volume de données, aussi grâce à l’IA
Outre le site d’information grand public sur la santé, Reworld Media détient des sites d’information aussi variés que Les Numériques, Marmiton, Auto Plus, aufeminin, Psychologies, Union… au total, il récolte des données sur plus de 80 sites auprès de 40 millions de personnes et, avec Doctissimo notamment, représente 74 % des « requêtes santé » en ligne. (cf. Une stratégie pour valoriser le « trésor de guerre qu’est la donnée de santé »). Cette data se nourrit aussi des conversations avec les agents IA comme « Ton assistant IA Doctissimo » (cf. ChatGPT Santé : un « conseiller santé personnalisé » qui absorbe les données des utilisateurs).
Des données mises à disposition d’un vaste panel d’annonceurs
Le groupe a annoncé avoir noué des partenariats stratégiques avec Canal+ et TF1 Pub, qui eux-mêmes mettront la data à disposition de divers annonceurs publicitaires. Ces derniers pourraient cibler leurs consommateurs lors de campagnes publicitaires télévisées, en ligne et en particulier sur les réseaux sociaux mais aussi pour des campagnes de publicité sur écran en extérieur.
Doctissimo déjà condamné, au tour de son propriétaire ?
En 2020, la CNIL avait condamné Doctissimo à 380.000 euros d’amende pour des manquements dans le recueil du consentement, la durée de conservation des données et leur sécurisation. Des centaines de millions d’internautes étaient concernées (cf. La CNIL condamne Doctissimo à une amende de 380 000 euros).
A présent, plusieurs questions se posent sur la légalité des nouveaux accords commerciaux. Elles concernent les conditions de recueil de ces données et de leur utilisation.
En premier lieu, la conformité avec le règlement général sur la protection des données (RGPD) impliquerait que Reworld Media soit en mesure de prouver la délivrance d’une information préalable complète. Cependant, Doctissimo omet de préciser que le chatbot du site est également concerné (cf. Kenya : vendre des données de santé en échange d’un rendez-vous médical).
Le traitement des données concernant la santé à des fins publicitaire doublement illégal
Si les conditions d’obtention des données par Reworld Media posent question, il apparait que le traitement commercial que prévoit le groupe est en tout état de cause contraire à la législation européenne.
En effet, l’article 9 du RGPD interdit le traitement des données concernant la santé et la vie privée en général. Parallèlement à cela, le règlement sur les services numériques au niveau européen (Digital Services Act, DSA) proscrit « le ciblage des publicités sur la base de données sensibles ».
La Cnil indique à ce stade n’être « pas en mesure de se prononcer sur la conformité des pratiques marketing de la société » (cf. Taïwan : le Parlement adopte une loi visant à encadrer l’utilisation des données personnelles de santé).
Sources de la synthèse de presse : Communiqué de presse Reworld media (11/02/2026) ; Communiqué de presse Reworld media (12/03/2026) ; Libération, Elsa de La Roche Saint-André (26/03/2026)