Suicide assisté dans l’Oregon : des patients inquiets des « implications financières de leur traitement »

Publié le 4 avril 2025
Suicide assisté dans l’Oregon : des patients inquiets des « implications financières de leur traitement »

Le 27 mars, l’Oregon Health Authority (OHA) a publié les chiffres de l’Etat en matière de suicide assisté.

En 2024, les données disponibles recensent 607 personnes ayant obtenu des prescriptions de substances létales, contre 561 en 2023. Au 25 janvier 2025, l’OHA avait reçu des rapports concernant le décès de 376 personnes, mortes en 2024 suite à l’ingestion de produits prescrits. Un chiffre en baisse par rapport aux 386 décès identifiés en 2023. Parmi les personnes décédées en 2024, 43 avaient reçu une prescription au cours des années précédentes [1] et 23 patients ont « dépassé le pronostic », ayant vécu plus de 6 mois après la prescription. L’OHA n’a saisi le conseil médical de l’Oregon sur aucun dossier.

Un sentiment de « perte de dignité » et parfois des inquiétudes financières

Au total, 57% des personnes décédés souffraient de cancer. En outre, « comme les années précédentes », les trois « préoccupations de fin de vie » les plus fréquemment mentionnées étaient la perte d’autonomie (89 %), la diminution de la « capacité à participer à des activités qui rendent la vie agréable » (88 %) et la « perte de dignité » (64 %) (cf. La dignité est « inconditionnelle »).

Au-delà, 42% des défunts avaient invoqué le fait de se sentir « un poids » pour leur famille, leurs amis ou leurs aidants et 9,3% d’entre eux ont évoqué « les implications financières de leur traitement ». Seuls 34% ont exprimé un « contrôle inadéquat de leur douleur ou une inquiétude à ce sujet » (cf. Euthanasie : la question économique que personne ne soulève).

Trois patients uniquement ont fait l’objet d’une évaluation psychologique ou psychiatrique et 337 avaient informé leur famille de leur décision.

Des morts précipitées ?

Depuis l’adoption de la loi en 1997, 4 881 personnes ont reçu des prescriptions létales et 66% d’entre elles, c’est-à-dire 3 243 personnes, sont décédées. Les suicides assistés enregistrés en 2024 représentent 0,9% des décès dans l’Oregon. En 2023, la loi avait été modifiée pour supprimer l’obligation de résidence. En 2024, 4% des ordonnances ont été établies pour des personnes vivant en dehors de l’Etat.

Par ailleurs, depuis 2020, la loi prévoit une « dérogation » aux délais d’attente légaux pour les patients dont on estime qu’ils vivront moins de 15 jours après leur première demande orale. En 2024, 179 patients, soit 29% des personnes ayant reçu une prescription, ont obtenu une telle dérogation. Pour les autres cas, le délai a varié entre 1 et 727 jours avec une médiane de 25 jours.

Des « complications » et le nombre de médecins prescripteurs en baisse

Les données sur le temps écoulé entre l’ingestion des produits et le décès ne sont disponibles que pour 69% des décès. Elles révèlent des variations entre 7 minutes et 26 heures, avec une médiane de 53 minutes.

Seuls 9 suicides assistés mentionnent des « complications » : difficultés à ingérer ou régurgitation dans 7 cas, convulsions dans un autre cas, et une « autre » forme de complication pour le dernier cas rapporté, sans précisions. Toutefois, les données ne sont disponibles que pour 121 décès sur 376.

Le nombre de médecins ayant fait des prescriptions létales a diminué en 2024, passant de 168 en 2023 à 135. En moyenne, ils connaissaient leur patient réclamant un suicide assisté depuis 5 semaines. L’OHA rapporte un minimum égal à « 0 » semaine. Autrement dit, un ou des cas où il n’existait aucune relation patient-médecin.

[1] Ainsi, 55% des personnes ayant reçu une prescription en 2024 se sont suicidées cette même année. 15% des patients sont décédés d’autres causes. Pour 178 patients, les informations ne sont pas disponibles, 91 étant décédés.