WritingLife : analyser les « implications éthiques » de la création d'ADN synthétique

Publié le 14 novembre 2025
WritingLife : analyser les « implications éthiques » de la création d'ADN synthétique
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Ces dernières années, il est devenu possible de créer de petits brins d’ADN en laboratoire : plutôt que d’être « dérivés » d’organismes vivants, ces ADN peuvent être « imprimés » à partir de zéro, nous rendant capables de créer des séquences génétiques « sans équivalent évolutif ». Si la complexité de la conception d’un gène fonctionnel à partir de zéro « dépasse les capacités humaines », la conception et la modélisation assistées par intelligence artificielle « ouvrent de nouveaux horizons ». Il est en effet déjà possible de commander des « séquences d’ADN sur mesure » en ligne.

Face à ce constat, le European Research Council (ERC) a annoncé le 6 novembre 2025 financer un projet de recherche collaboratif hébergé par l’université d’Oslo, baptisé WritingLife. Son objectif est d’examiner les « implications éthiques » de la création d’ADN synthétique (synDNA).

Stocker des données, créer des embryons génétiquement modifiés

L’impact du synDNA se fera sentir « bien au-delà des laboratoires », préviennent les chercheurs. En effet, le synDNA basé sur l’IA est déjà « préconisé et/ou mis en œuvre » dans divers contextes comme le stockage de données, la fabrication d’embryons génétiquement modifiés « à des fins de recherche » ou encore l’« évolution assistée » pour permettre aux organismes de résister au changement climatique.

En outre, les résultats obtenus grâce au synDNA pourraient donner naissance à de « nouveaux organismes », et se répandre dans le monde vivant.

Vers une remise en cause du cadre règlementaire, et éthique

Les « cadres réglementaires et éthiques » existants tendent à renforcer l’idée selon laquelle les gènes sont « internes, naturels et privés ». Or tout cela est remis en question par l’avènement du synADN, affirme le Pr Anna Smajdor de l’université d’Oslo, responsable du projet WritingLife.

L’initiative entend « créer un centre de recherche interdisciplinaire dynamique, intégrant des compétences en philosophie, en embryologie et en biologie de la conservation » pour in fine formuler des recommandations.

Une « nouvelle étape » dans l’emprise de l’homme sur la nature

L’utilisation de l’ADN synthétique marque « une nouvelle étape dans l’emprise de l’homme sur la biologie », considère le Pr Smajdor. Un contrôle qui « va désormais au-delà de la simple sélection et modification d’organismes biologiques pour englober leur conception et leur création à partir de zéro ».

« Devrions-nous nous réjouir de cette nouvelle opportunité d’évoluer vers un avenir plus construit, plus consciemment choisi, grâce à l’ADN synthétique ? » interroge le professeur. Ou « devrions-nous nous inquiéter du fait que la tendance humaine à instrumentaliser, à réduire au statut de marchandise voire à abuser de la nature s’étende désormais à l’essence même de la vie ? » (cf. François-Xavier Putallaz : « La nature ne se laisse pas manipuler »)

Source de la synthèse de presse : BioNews, Professor Anna Smajdor (10/11/2025)