Australie : don d’organes après un suicide assisté, une « première mondiale »
Pour la première fois au monde, les organes d’une Australienne résidant dans l’Etat de Victoria ont été prélevés après suicide assisté. La patiente a donné ses poumons, ses reins et son cœur, ainsi que des tissus oculaires. Son dossier a été présenté au congrès sur le don d’organes qui a eu lieu en 2025 à Kyoto.
Agée de 55 ans, Karen Ducan souffrait d’une forme agressive de la maladie du motoneurone (MND) qui avait été diagnostiquée en août 2024. En l’espace de quelques mois, elle indique qu’elle « avait du mal à marcher », un choc pour cette mère de deux enfants qui avait toujours mené une « vie très, très active ». « Je voudrais partir avant que mon état ne s’aggrave » déclarait-elle alors.
Des prélèvements uniquement après euthanasie jusque-là
Après avoir décidé de recourir au suicide assisté comme la loi de l’Etat de Victoria l’y autorise[1], la patiente a également souhaité donner ses organes.
Jusque-là le prélèvement d’organes n’avait toutefois été pratiqué qu’après euthanasie. Le décès est en effet alors « prévisible et rapide », ce qui permet d’avoir les « meilleures chances de réussite » explique le Dr Rohit D’Costa, médecin en soins intensifs et directeur médical de Donate Life Victoria. « Une fois que la circulation sanguine s’arrête dans le corps, les organes ne reçoivent plus suffisamment, voire plus du tout, d’apport sanguin et commencent à perdre leur fonction », précise le médecin. « Nous voulons nous assurer que cette période soit la plus courte possible. » (cf. Espagne : 334 euthanasies en 2023 et 172 organes prélevés ; Eva, 16 ans : une euthanasie et 5 organes prélevés).
« Nous l’avons fait et nous avons découvert que c’était possible »
En cas de suicide assisté, le processus de mort étant plus lent, les praticiens considéraient jusque-là que la fonction des organes risquait de trop se détériorer avant que la transplantation ne puisse avoir lieu. Malgré la demande de la patiente, les médecins ont donc initialement rejeté la possibilité d’un don d’organes, mais Karen Ducan a insisté.
Après avoir réexaminé la question, les praticiens ont finalement accepté la demande. « Nous l’avons fait et nous avons découvert que c’était possible » explique le Dr D’Costa. Pour que le prélèvement puisse être pratiqué, le suicide a eu lieu à l’hôpital, et non à domicile. Karen Ducan est décédée 39 minutes après avoir pris la substance létale.
Une question « éthiquement complexe »
Dominique Martin, professeur d’éthique à l’université Deakin, souligne que la combinaison de l’« aide à mourir » et du don d’organes est un sujet « éthiquement complexe ».
« Le VAD [2] et le don d’organes après le décès sont deux pratiques qui dépendent énormément de la confiance du public dans les systèmes de santé et les professions médicales afin de garantir que les personnes ne subissent pas de contraintes à la fin de leur vie » déclare le professeur. Pour s’assurer qu’il n’existe pas de pressions, il est essentiel que la décision d’avoir recours au suicide soit séparée de celle de donner ses organes (cf. Euthanasie et dons d’organes : des « intérêts » communs ? ; Belgique : les recommandations du Comité de bioéthique pour un don d’organes après euthanasie « acceptable éthiquement »).
Dans le cas présent, le Dr D’Costa indique que les procédures ont été faites afin de garantir que les discussions sur le don d’organes n’aient lieu qu’une fois le VAD autorisé. « C’est une protection qui est intégrée dans nos directives actuelles. »
Augmenter les dons d’organes ?
Le praticien estime que cette affaire pourrait faire augmenter le nombre de donneurs d’organes en Australie, comme dans d’autres pays. En 2024, l’Australie comptait 527 donneurs d’organes décédés, et 1 328 greffes ont été pratiquées.
Selon des études internationales, 10 à 15 % des personnes éligibles à l’« aide à mourir » sont susceptibles de pouvoir donner leurs organes. « Le nombre de personnes ayant recours au VAD a augmenté au cours des dernières années et, même si seule une petite proportion d’entre elles décèdent après avoir été médicalement éligibles au don d’organes, nous pourrions avoir 25 donneurs supplémentaires ou plus par an grâce à cette voie dans l’État de Victoria » indique le Dr D’Costa (cf. Australie : dans l’Etat du Victoria, les médecins désormais autorisés à proposer l’« aide à mourir »).
En Australie, le suicide assisté a été dépénalisé dans tous les Etats, à l’exception du Territoire du Nord (cf. Le Territoire de la capitale australienne vote l’« aide à mourir »). Ce dernier a toutefois annoncé qu’il pourrait autoriser le suicide assisté courant 2026 (cf Australie : le Territoire du Nord en marche vers le suicide assisté de façon très permissive ?). Le premier don d’organes après euthanasie a, lui, eu lieu dans le pays en 2023 (cf. Australie : premier don d’organes après euthanasie). Depuis, selon les données des départements de la santé des différents Etats et territoires, seuls les Etats du Victoria et du Queensland ont mentionné quelques dons d’organes après euthanasie.
[1] Dans l’Etat de Victoria, la loi autorise uniquement le suicide assisté, sauf si le patient est physiquement incapable d’y avoir recours. Dans ce cas, l’euthanasie peut être pratiquée.
[2] « Voluntary assisted dying », terminologie adoptée en Australie
Source de la synthèse de presse : ABC, Caitlyn Gribbin et Rachel Carbonell (02/01/2026)