« Débat citoyen » sur la GPA : deux participants témoignent

Publié le 2 février 2026
« Débat citoyen » sur la GPA : deux participants témoignent
interview
© iStock - webphotographeer

Alors que les Etats généraux de la bioéthique ont été officiellement lancés, des « débats citoyens » sont déjà organisés par les Espaces de réflexion éthique régionaux (ERER) (cf. Révision de la loi de bioéthique : les Etats généraux sur la ligne de départ). Le premier s’est tenu sur le thème de la gestation par autrui (cf. GPA : une « concertation publique » pour écouter, ou forger l’opinion ?). Deux citoyens, Serge, médecin et ancien chercheur, et Paul, étudiant en management public à Paris, ont accepté de partager leur expérience de ce débat.

Gènéthique : Vous avez participé à la première « concertation citoyenne » organisée dans le cadre des Etats généraux de la bioéthique. Pourquoi vous intéressez-vous à ces sujets ?

Serge : Je m’intéresse à la bioéthique pour deux raisons majeures : je suis médecin, ancien chercheur et catholique, cette dernière raison étant primordiale. J’ai la volonté de suivre la doctrine sociale de l’Église.

Paul : Je suis sensible aux thématiques liées à la bioéthique et suis investi dans le combat pour la défense des plus faibles depuis quelques années.

Je suis très préoccupé par les progrès de l’IA qui chaque jour tendent à effacer un peu plus la frontière entre l’humanité et la machine. Les « progrès » proposés par ces Etats généraux m’inquiètent d’autant plus que la course à l’innovation tend à trier les différentes formes de vie qui existent, y compris les plus fragiles.

Gènéthique : La première concertation était dédiée à la GPA. Qu’en avez-vous pensé ? Tous les points de vue étaient-ils représentés ? Les citoyens présents vous semblent-ils avoir été entendus ?

Paul : La supposée concertation n’a dupé personne, les différents experts étaient présents pour diffuser une idéologie progressiste favorable à la GPA. Particulièrement Marlène Jouan dont les travaux portent notamment sur les « Etudes de genre ».

Je ne dirais pas que les citoyens ont été entendus mais qu’ils ont su se faire entendre. L’auditoire comptait plusieurs personnes formées aux réalités de la GPA, elles ont su remettre dans le débat les éléments incontournables. Différents représentants de collectifs opposés à la GPA étaient présents pour rétablir des faits et un sens du consensus visiblement absent des préoccupations de l’EREARA.

Serge : Les trois présentations ont été faites par des orateurs compétents, mais très orientés en faveur de la GPA, la considérant comme une technique de plus à envisager, en dehors de tout interdit moral. Par ailleurs, il s’agissait plutôt de trois exposés suivis d’un court temps d’échange, mais pas d’une véritable réunion de concertation.

Pour moi, la GPA est un interdit absolu et non négociable ; le seul fait que l’on envisage une concertation sur ce sujet me choque profondément. La GPA doit être interdite de façon absolue. C’est une pratique qui envisage l’embryon ou l’enfant comme un produit que l’on peut commander ou fabriquer. Elle porte également à la dignité de la femme aux droits de l’enfant.

Aucun orateur n’a évoqué les problèmes posés pour les enfants nés par ce biais. Selon eux, il n’y aurait aucun problème particulier durant la grossesse, ni de troubles psychologiques chez les enfants. Or, aucun des trois orateurs n’était psychiatre ni psychologue.

Les échanges ont par ailleurs été trop brefs et les réponses lacunaires : nous ne sommes pas rentrés dans les détails. J’ai senti que les questions posées par des spécialistes opposés à la GPA gênaient. Il n’y a pas eu de débat serein s’appuyant sur des données médicales solides.

NDLR : La vidéo et les présentations sont accessibles sur le site de l’EREARA.