GPA : une « concertation publique » pour écouter, ou forger l’opinion ?

Publié le 26 janvier 2026
GPA : une « concertation publique » pour écouter, ou forger l’opinion ?
© iStock - FangXiaNuo

Le 22 janvier, au lendemain du lancement officiel des Etats généraux de la bioéthique (cf. Révision de la loi de bioéthique : les Etats généraux sur la ligne de départ), une première « concertation publique » était organisée par l’Espace de Réflexion Ethique Auvergne Rhône-Alpes (EREARA). Son thème : « la question de la gestation pour autrui ».

Sous couvert d’« expertise », un plaidoyer pro-GPA

L’EREARA promet un « temps de réflexion collective » « éclairé par deux ou trois intervenants spécialistes »[1]. Le 22 janvier, les trois « spécialistes » étaient en faveur de la pratique. Et loin de la « courte introduction » promise, la trentaine de participants venue confronter leurs opinions sur le sujet a dû écouter un long plaidoyer en faveur de cette pratique interdite en France, sous couvert d’« expertise ».

Marlène Jouan, maître de conférences en Philosophie et directrice adjointe de l’Institut de Philosophie de Grenoble, Jean-François Guérin, professeur émérite à la faculté Lyon Est et ancien responsable du CECOS de Lyon, et Hugo Pianet, élève avocat et stagiaire à l’EREARA, ont en effet délivré la rhétorique habituelle : l’interdiction de la GPA se heurterait à la « réalité concrète » d’enfants conçus ainsi à l’étranger (cf. CEDH : Les enfants nés par GPA à l’étranger ne sont pas des « fantômes »). Le « consentement » et la « gratuité » rendent la « GPA éthique » possible (cf. « Des dénis de grossesse sur commande » : un documentaire dévoile la réalité de la GPA).

Mettant en avant la nécessité de faire preuve de « compassion » avec des femmes qui peuvent avoir été privées d’utérus suite à un problème médical, le Pr Guérin considère que la « seule différence » entre la GPA et la PMA avec don d’embryon – qui elle est autorisée en France – est la gestation (cf. Accepter un « double don » de gamètes, refuser un « don d’embryon »).

Dès lors, les trois « spécialistes » considèrent qu’il faut proposer un « cadre » pour autoriser une maternité de substitution « éthique » en France, fondée sur le consentement, l’anonymat et la gratuité (cf. « GPA éthique » : un colloque au Sénat donne la parole aux mères porteuses ; Olivia Maurel née par GPA : « Il n’y a pas et il n’existera jamais de GPA dite “éthique” »). Et aucun n’évoquera les enfants nés de cette pratique.

Des objections évacuées d’un revers de main

Après ce triple argumentaire pro-GPA, un court temps de questions-réponses a quand même pu avoir lieu. Quarante minutes de « débat » dirigé par les intervenants de l’EREARA où la majorité de l’auditoire a tenté d’interroger cette pratique qui réifie l’enfant comme la femme, en faisant d’eux l’objet d’un contrat (cf. Elle est née d’une gestation pour autrui aux États-Unis et a reconstitué son histoire : « Je n’étais pas un acte d’amour, j’étais le produit d’un contrat ».).

Ainsi, Marie-Joseph Devillers, co-fondatrice de la Coalition internationale pour l’abolition de la maternité de substitution (Ciams) et coordinatrice de l’ouvrage Ventres à louer avec Ana-Luana Stoicea-Deram, donc également spécialiste du sujet, a tenté de faire contrepoids (cf. La GPA « s’apparente à de l’esclavage reproductif encadré »). Tout comme Aude Mirkovic, maître de conférences en droit privé et présidente de l’association Juristes pour l’enfance (cf. « La GPA relève de la traite humaine en ce qu’elle organise l’utilisation de la femme »).

Quid des risques pour la mère porteuse ? Quid de l’existence d’un marché de la GPA ? Quid de l’intérêt de l’enfant ? « L’adoption répare la perte des parents, la GPA provoque l’effacement de la mère. Que l’enfant soit résilient ne justifie pas de prendre ses droits à la légère », souligne Aude Mirkovic (cf. GPA, adoption : des blessures similaires, des pratiques comparables ?).

Des questions évacuées d’un revers de main par les intervenants de l’EREARA. Sur la question des risques pour la mère porteuse par exemple, Jean-François Guérin veut tempérer : « toute grossesse est un risque ». Le professeur affirme qu’il ne voit pas la différence quand il s’agit de GPA. N’est-il pas au fait des dernières études scientifiques sur le sujet ? (cf. PMA, GPA : les grossesses issues d’un don d’ovocytes plus à risque)

Une « concertation » en trompe l’œil

Au terme de cette première « concertation publique », on s’interroge. Les Etats généraux de la bioéthique ne seraient-ils qu’une entreprise destinée à façonner l’opinion ? Leur but est-il d’écouter les interrogations des citoyens ou de préparer le parfait alibi aux futures dispositions de la révision de la loi de bioéthique : « la société est prête » ?

[1] https://ereara.com/evenements/cyberethiques/

NDLR : La vidéo et les présentations sont accessibles sur le site de l’EREARA.