Editer des embryons humains : le nouveau « Manhattan Project »
Au mois d’août dernier, une nouvelle start-up américaine a annoncé vouloir « construire un futur sans maladies héréditaires », en mettant en œuvre l’édition génétique sur les embryons[1]. Baptisée « The Manhattan Project », sa particularité est d’être menée par Cathy Tie, l’ex-compagne d’He Jiankui, le chercheur qui avait fait naitre en 2018 les deux premiers bébés génétiquement édités de l’histoire (cf. He Jiankui : pas d’excuses, pas de regrets ?).
La co-fondatrice du Manhattan Project est le Dr Eriona Hysolli qui a fait ses armes dans le laboratoire du professeur George Church à Harvard (cf. Gamétogenèse in vitro : des cellules iPS amorcent une méiose hors du corps) et s’est impliquée dans la société Colossal Biosciences qui ambitionne de « ressusciter » des espèces disparues (cf. Après le mammouth laineux et le loup préhistorique, Colossal s’attaque au dodo).
Un nom révélateur
Le premier Manhattan Project s’est focalisé sur le développement de l’arme atomique durant la Seconde Guerre mondiale. En s’appropriant ce nom, la start-up se veut le fer de lance d’une nouvelle initiative « révolutionnaire ». Mais ce nom sonne également comme un avertissement.
Face au scepticisme de certains, des investisseurs considèrent au contraire que l’heure est venue pour relancer les travaux d’édition du génome humain héréditaire (cf. Edition génétique d’embryons humains : des financements qui se multiplient ; Embryons génétiquement modifiés : le milliardaire Brian Armstrong veut financer une start-up). D’ailleurs, pour le Manahattan Project, un moratoire serait « contre-productif ». Et interdire la recherche aux Etats-Unis conduirait simplement à la promouvoir dans d’autres Etats moins regardants (cf. Edition du génome humain : l’Afrique du Sud retrouve – pour le moment – le chemin de la prudence).
« Améliorer » l’espèce humaine ?
L’entreprise espère rassurer en promettant : « Notre seule mission est de prévenir et in fine d’éradiquer les pathologies héréditaires dévastatrices » ; « nous nous focalisons uniquement sur la santé et les applications médicales ». Avant de vouloir « améliorer » l’espèce humaine ? Mais vouloir supprimer les maladies héréditaires, n’est-ce pas déjà vouloir « améliorer » l’être humain ?
Le tout à grande échelle. La société promet en effet des « traitements » « abordables ». L’eugénisme à portée de tous en somme (cf. L’eugénisme : une pratique interdite… mais florissante).
[1] BioNews, Professor Dusko Ilic, From nuclear bombs to nuclear genomes (29/09/2025)