Etats-Unis : les commanditaires d’une GPA reçoivent par erreur l’enfant biologique de la mère porteuse

Publié le 10 mars 2026
Etats-Unis : les commanditaires d’une GPA reçoivent par erreur l’enfant biologique de la mère porteuse
© iStock - Yta23

Un couple résidant à Las Vegas, Aymeric et Naiah Monello-Fuentes, a fait appel à l’agence de GPA Miracle Surrogacy. A la naissance de l’enfant, un test ADN a montré qu’il s’agissait non pas, comme prévu dans leur contrat, de la fille génétique d’Aymeric et d’une donneuse d’ovocyte, mais de l’enfant issu d’une grossesse spontanée de la mère porteuse.

Une agence qui opère au Mexique pour baisser ses prix

Agence basée en Floride mais qui opère au Mexique, Miracle Surrogacy fournit des « prestations » à un tiers du prix de ce que proposent leurs concurrents américains (cf. Black Friday : des promos aussi sur la GPA !). Naiah est une personne transgenre qui ne peut pas concevoir naturellement un enfant, mais qui refuse catégoriquement d’en adopter. Le couple a ainsi déboursé 81.000 dollars (environ 70.000 euros) pour devenir parents d’un enfant issu du sperme d’Aymeric et de l’ovocyte d’une donneuse. L’agence décrit les donneuses d’ovocytes auxquelles elle a recours comme « de belles femmes bien éduquées et rigoureusement sélectionnées » (cf. GPA : des milliardaires chinois « sous-traitent » des dizaines de naissances aux Etats-Unis).

Or à la naissance d’Emma, le 3 janvier 2025, des tests ADN ont montré qu’Aymeric n’était pas le père génétique de l’enfant, et que celle-ci était liée génétiquement à la mère porteuse.

Des futurs parents qui veulent absolument un fils

En mai 2024, l’agence Miracle Surrogacy annonce au couple avoir procédé à l’implantation dans l’utérus de la mère porteuse de deux embryons masculins. Naiah s’en souvient : « Quel bonheur, j’allais avoir un fils ! Le fils dont j’ai toujours rêvé ! » (cf. C’est un garçon : deux femmes poursuivent la clinique de PMA).

Le futur parent passera les mois suivants à partager sur les réseaux sociaux ses voyages à la clinique de Cancún, en particulier la visite prévue pour assister à l’échographie qui devait montrer le sexe de l’enfant. Mais, comme l’échographe le confirme, le fœtus qu’il observe à l’imagerie n’est pas le garçon attendu, c’est une fille. Aymeric et Naiah s’effondrent, en larmes (cf. En Floride, un centre de fertilité accusé d’avoir « échangé » des embryons).

L’agence reconnaît avoir promis un garçon à ses commanditaires, mais rappelle les termes du contrat, qui stipule qu’un test génétique pré-implantatoire, même s’il est globalement très fiable, « comporte une marge d’erreur », avec une clause de non-responsabilité sur « l’issue des protocoles de soin » (cf. A Chypre, des PMA pour choisir le sexe du bébé).

Un enfant conçu naturellement par la mère porteuse

Après la naissance d’Emma, le 3 janvier 2025, Naiah demande à la maternité de Cancún de prélever l’ADN de l’enfant ainsi que celui d’Aymeric et de la mère porteuse. Les prélèvements sont envoyés à un laboratoire texan qui révèle que la probabilité qu’Aymeric soit le père génétique d’Emma est nulle, et que la petite fille n’est pas non plus liée génétiquement à la donneuse d’ovocyte, mais à la mère porteuse. Celle-ci a donné naissance à une enfant issue de son propre ovocyte et (vraisemblablement) du sperme de son conjoint.

Le co-fondateur de l’agence Miracle Surrogacy, Brian Yaden Luna, exprime sa déception : « J’ai été choqué par cette nouvelle : l’une de nos adorables mères porteuses n’a pas respecté le protocole en vigueur concernant l’abstinence » (cf. GPA : un contrat est un contrat). Pour le Dr Brian Levine, lui-même directeur d’agence de GPA, la mère porteuse a dû avoir des relations sexuelles pendant le laps de temps de 5 jours dédié au transfert d’embryon. Elle est alors est tombée enceinte spontanément et ce début de grossesse a fait échouer le transfert de l’embryon prévu pour la GPA (cf. GPA : une mère porteuse doit se battre pour récupérer son propre fils). Malgré cela, la mère porteuse n’a pas voulu garder cette enfant.

Une deuxième GPA en « dédommagement » ?

Face aux accusations de ses clients, Brian Yaden Luna a réagi en leur « proposant un marché » formulé dans ces termes : « en plus de garder la petite Emma, nous vous offrons un nouveau lot d’ovocytes et le recours à une autre mère porteuse avec un transfert d’embryon à nos frais. Nous vous fournirons un enfant qui correspondra à votre demande à condition que vous signiez un accord de confidentialité. » Dans un autre mail adressé au couple, le co-fondateur de l’agence les enjoint à abandonner leurs éventuelles procédures judiciaires et interroge : « quelle importance ont les liens génétiques avec son enfant quand on l’aime ? » (cf. PMA : les liens tissés pendant la grossesse plus importants que la génétique ? ; PMA, GPA : Omerta sur le sort de l’enfant). Le couple a refusé cet « arrangement » et a décidé d’alerter les autres familles potentielles sur leur cas. Miracle Surrogacy les a attaqués en diffamation.

Une « nouvelle offre commerciale »

Des avocats spécialisés estiment que les contrats émis par Miracle Surrogacy protègent l’entreprise de toute responsabilité (cf. GPA : des contrats au-dessus des lois ?). L’avocate Katherine Provost ajoute qu’il est quasiment impossible de poursuivre en justice une clinique ou une mère porteuse au Mexique, où « la GPA n’est pas encadrée » et donc où les contrats de GPA ne peuvent être invoqués devant les tribunaux (cf. GPA : un marché en forte croissance qui attire les escrocs).

Pour « restaurer son image », l’agence a élaboré une nouvelle offre commerciale. Le 2 mars, elle a publié sur son compte Instagram : « Pour chaque GPA commandée, un test ADN gratuit ! Miracle Surrogacy est fière d’être la seule agence au Mexique qui vous offre un test ADN de votre bébé pour vous rassurer sur sa génétique. Il s’agit d’un test prénatal non-invasif généralement utilisé pour détecter les éventuelles anomalies génétiques du fœtus. Nous prélevons les fragments d’ADN du bébé qui sont présents dans le placenta. Ce test permet également de garantir le fait que la mère porteuse n’a aucun lien génétique avec l’enfant (et qu’elle a donc respecté ses engagements sur ses périodes d’abstinence sexuelle). » (cf. DPNI : des tests erronés sur la détermination du sexe de l’enfant).

Source de la synthèse de presse : KTNV, Darcy Spears (13/02/2026)