Le risque de méningiome à présent inscrit sur les notices du Depo-Provera
Le Depo-Provera, méthode de contraception par acétate de médroxyprogestérone (dMPA), présente un risque accru de développer un méningiome, comme l’attestent plusieurs études (cf. L’utilisation prolongée d’un contraceptif injectable associée à un risque plus élevé de méningiomes ; Contraception : des progestatifs courants augmentent le risque de tumeur cérébrale). Aux Etats-Unis, ce risque sera dorénavant mentionné sur la notice.
Un risque accru de méningiome avéré et confirmé
Une étude menée par la Cleveland Clinic et publiée le 2 septembre 2025 dans la revue Neurology indique un risque de méningiome lié à la prise de Depo-Provera multiplié par deux[1]. Cette publication s’ajoute aux résultats d’une étude plus restreinte menée en France en mars 2024 qui avait démontré un risque 5,6 fois plus élevé de développer ce type de tumeur[2]. Le risque est particulièrement élevé chez les femmes ayant commencé à utiliser cette injection après l’âge de 31 ans ou l’ayant utilisée pendant plus de 4 ans.
Les chercheurs recommandent non pas de retirer du marché, mais d’informer
Les chercheurs de la Cleveland Clinic soulignent toutefois que le « nombre nécessaire pour nuire »[3] est élevé, ce qui signifie que le risque clinique global est relativement faible. Selon les Dr Gilles Reuter et Britta Wandschneider, du service de neurochirurgie du CHU de Liège en Belgique, les résultats de cette étude ne justifieraient pas « de modifier l’indication du traitement par dMPA ». En revanche, « il faut sensibiliser à ce risque (…), surtout chez les personnes déjà à risque en raison d’antécédents comme une radiothérapie cérébrale, un cancer du sein ou certaines prédispositions génétiques telles que la neurofibromatose », prévient le Dr Varun Kshettry, chercheur principal de l’étude et neurochirurgien à la Cleveland Clinic.
La Justice américaine reproche à Pfizer d’avoir caché l’existence de ce risque
L’Agence européenne des médicaments (EMA) avait déjà fait mention, en septembre 2024, du méningiome comme « effet secondaire possible » d’une prise importante et prolongée d’acétate de médroxyprogestérone[4]. Aux Etats-Unis en revanche, les utilisatrices sont restées dans l’ignorance car l’entreprise n’a pas communiqué sur le sujet. C’est pour cette raison que dans ce pays, le laboratoire fait l’objet d’une procédure judiciaire menée au nom de plus de 1000 plaignantes atteintes de méningiome (cf. Plusieurs centaines de femmes, atteintes d’un méningiome lié à la prise d’un contraceptif, attaquent Pfizer).
La stratégie de défense de Pfizer
L’entreprise Pfizer s’est défendue en affirmant qu’elle avait pris en compte le risque de méningiome dès 2023, et qu’elle avait justement demandé à la Food and Drug Administration (FDA), dès février 2024, d’ajouter une mention de ce risque sur la notice du Depo-Provera. La FDA avait alors rejeté cette demande, ce qui, selon l’entreprise, la dégagerait de toute responsabilité. Or les représentants des plaignantes rétorquent que Pfizer a soumis une proposition trop large à la FDA, regroupant le Depo-Provera avec des contraceptifs hormonaux à dose plus faible, ce qui a faussé l’évaluation de la FDA et l’a amenée à refuser le changement d’étiquetage.
Les utilisatrices du marché américain sont enfin correctement informées
Après une nouvelle demande formulée en juin 2025, la FDA s’est finalement prononcée en faveur de cette modification, comme en témoigne une lettre publiée sur le site de la FDA le 12 décembre 2025. La notice du Depo-Provera doit à présent indiquer que des cas de méningiome ont été constatés après une prise prolongée d’acétate de médroxyprogestérone (dMPA) et qu’il est recommandé aux utilisatrices de surveiller l’apparition éventuelle de symptômes, et d’arrêter la prise dans le cas où la tumeur serait diagnostiquée.
[1] Xiao T, Kumar P, Lobbous M, et al. Depot Medroxyprogesterone Acetate and Risk of Meningioma in the US. JAMA Neurol. 2025;82(11):1094–1102. doi:10.1001/jamaneurol.2025.3011
[2] N. Roland, “Use of progestogens and the risk of intracranial meningioma: national case-control study”, BMJ, mars 2024, https://doi.org/10.1136/bmj-2023-078078
[3] « Number Needed to Harm », NNH
[4] MedScape, « L’association entre la contraception dMPA et un risque accru de méningiome se confirme », Dawn Attride, (17/09/2025)
Sources de la synthèse de presse : MedPage Today, Judy George (17/12/2025) ; NBC News, Abigail Brooks et Zinhle Essamuah (16/12/2025)