Obstination déraisonnable ? L’hôpital décide d’arrêter les traitements en dépit de directives anticipées

Publié le 23 septembre 2025 . Mis à jour le 27 octobre 2025 à 09:30.
Obstination déraisonnable ? L’hôpital décide d’arrêter les traitements en dépit de directives anticipées
© iStock - gorodenkoff

Alors que l’institut Gustave-Roussy, à Villejuif, voulait interrompre les traitements d’un homme de 64 ans plongé dans un « coma profond », ses enfants ont initié un recours pour faire respecter la volonté de leur père.

Un « pronostic d’évolution très défavorable »

Chabane Teboul était pris en charge par l’établissement pour un cancer de la gorge. Le 16 août l’homme arrive aux urgences suite à « une hémorragie soudaine » qui provoque deux arrêts cardiorespiratoires. Il est alors transféré en service de réanimation, « ventilé et sédaté », en raison de son état neurologique.

Plusieurs examens conduisent à poser un « pronostic d’évolution très défavorable », « confirmé par l’avis des spécialistes extérieurs consultés par l’équipe de Gustave-Roussy ». Le 28 août, invoquant une situation d’« obstination déraisonnable », les médecins annoncent à la famille de Chabane qu’ils vont arrêter la ventilation et le placer sous sédation profonde et continue jusqu’à son décès (cf. Emmanuel Hirsch : L’affaire Vincent Lambert, « un échouement éthique et politique dont nous devrions tirer quelques leçons »).

Des directives anticipées pourtant claires

Face à cette décision, « nous, ses sept enfants, avons tout de suite dit notre désaccord », explique sa fille Hénia, qui est également sa personne de confiance. « Dans ce cas, vous devrez saisir la justice, nous ont-ils précisé. C’est ce que nous avons fait », raconte la femme de 31 ans.

« Que le diagnostic soit mauvais, nous le comprenions. Si papa devait mourir, nous l’aurions accepté. Mais à condition que ce soit de mort naturelle. Pas de manière provoquée et précipitée », déclare la fille de Chabane. Après avoir reçu son diagnostic de cancer, il avait rédigé des directives anticipées : « Je souhaite que tout soit entrepris pour prolonger ma vie. Je demande à ma famille de se battre pour moi. » (cf. Conseil constitutionnel : les directives anticipées pourront être écartées)

Une nouvelle expertise déterminante

Avec leur avocat Me Charles Nesselrode, la famille dépose une requête en référé devant le tribunal administratif de Melun, « demandant que l’institut Gustave-Roussy ne mette pas fin aux soins et que soit ordonnée une expertise extérieure pour évaluer ses chances de se réveiller ». Le 2 septembre, le tribunal ordonne alors la suspension de la décision de l’hôpital. En outre, deux experts sont chargés d’évaluer l’état de Chabane Teboul et de « se prononcer sur le caractère irréversible ou non des lésions ».

Complément du 02/10/2025 : Le 30 septembre, le tribunal administratif de Melun a rendu son verdict. L’Institut Gustave-Roussy doit maintenir les traitements, et ce « sans limitation de durée ».

En effet, le rapport par un anesthésiste-réanimateur et un neurologue atteste que Chabane Teboul se trouve dans un état « pauci-relationnel » mais présente une véritable « réactivité » bien que « très faible ». Dès lors, il n’est pas possible « d’autoriser, en l’état actuel, une sédation profonde et continue jusqu’au décès », tranchent les experts (cf. Euthanasie de personnes handicapées : « La mort de Vincent était bien un argument »).

Lors de l’audience du 30 septembre l’équipe de l’Institut Gustave-Roussy a réclamé une contre-expertise. Une demande rejetée par le tribunal de Melun.

Complément du 22/10/2025 : La direction de l’Institut Gustave Roussy a décidé de faire appel de la décision et de saisir en référé le Conseil d’Etat. L’audience s’est tenue le 22 octobre.

Sources de la synthèse de presse : La Croix, Antoine d’Abbundo (22/09/2025) ; La Croix, Antoine d’Abbundo (02/10/2025) ; La Croix, Antoine d’Abbundo (22/10/2025)