Une « découverte scientifique » d’Anthropic… réalisée grâce au pillage des données d’un centre de recherche ?

Publié le 8 octobre 2026
Une « découverte scientifique » d’Anthropic… réalisée grâce au pillage des données d’un centre de recherche ?
© iStock - Kenneth Cheung

Le 23 septembre, l’entreprise Anthropic faisait état de la découverte, dans son propre laboratoire, d’un « nouveau système enzymatique associé à un ensemble de répétitions d’ADN, selon un motif qui rappelle CRISPR » (cf. Anthropic se lance dans la biologie expérimentale et attend ses premiers résultats concrets). Or des chercheurs ont exprimé leurs doutes et émis des nuances vis-à-vis de cette déclaration.

Le rôle de l’IA peut-être surestimé

Pour commencer, Aude Bernheim, microbiologiste qui dirige le laboratoire de Diversité Moléculaire des Microbes de l’Institut Pasteur et Ernest Mordret, chercheur en bioinformatique également à l’Institut Pasteur, contestent le fait que l’IA ait « découvert » ce système enzymatique « de manière autonome », comme l’affirme Anthropic. Certes l’utilisation d’un modèle IA pour ce type de recherche est nouvelle, mais le rôle de l’humain reste important. En l’occurrence, selon Aude Bernheim et Ernest Mordret, les chercheurs ont indiqué à l’IA à quelle famille de molécules il était pertinent de s’intéresser.

Un champ de la recherche qui mobilise déjà de nombreux scientifiques

L’entreprise rejoint un champ de la recherche déjà fortement investi (cf. CRISPR : des taux de cholestérol toujours réduits au bout d’un an ; CRISPR : des souris mâles transformées en femelles).

Depuis la découverte de l’outil CRISPR, de nombreuses équipes scientifiques mènent des recherches pour identifier de nouvelles familles de protéines qui peuvent aussi être utilisées dans l’édition du génome. Le « genome mining » implique l’exploration de vastes quantités de génomes bactériens afin d’isoler des familles de protéines aux fonctions inconnues. La finalité de ce travail, qui est aussi le plus difficile, est l’identification du rôle que peut jouer cette famille de protéines dans l’édition du génome (cf. Thérapie CRISPR in vivo : Intellia annonce les résultats d’un essai de phase 3).

Et si la vraie nouveauté résidait dans le pillage du travail de chercheurs ?

Dans le cas présent, la famille de protéines correspondrait aux « rétrons ». Mario Rodríguez Mestre, biologiste à l’Université de Copenhague, travaille justement sur cette famille de protéines depuis 4 ans, sans que ses travaux aient encore fait l’objet d’une publication. La « découverte » de Claude, l’intelligence artificielle d’Anthropic… avait été faite par son équipe, il y a un an. Et Mario Rodríguez Mestre a révélé avoir utilisé ce modèle d’IA pour rédiger du code informatique et des rapports, ou d’autres tâches d’exécution. Il a livré les fruits de son travail à Anthropic. Claude les aurait-il réutilisés ?

Un nouveau risque pour les centres de recherche

Ce cas ne serait pas le premier du genre. Un mathématicien de l’Université de New York, Tristan Buckmaster, qui utilisait des modèles d’OpenAI, a lui aussi vu son travail très vraisemblablement exploité par l’entreprise. En septembre 2026, alors que son équipe était sur le point de résoudre les équations de Navier-Stokes, OpenAI a justement déclaré avoir accompli cet exploit grâce à ses modèles d’IA.

Aude Bernheim explique que de nombreux chercheurs utilisent Claude dans leur travail de genome mining. Selon elle, il est probable qu’ils soient en train de chercher des moyens de sécuriser leurs données.

Sources de la synthèse de presse : L’Express, Stéphanie Benz (1/10/2026) ; New York Times, Carl Zimmer (27/09/2026)