Des chercheurs implantent des embryons humains dans des « modèles » de muqueuse utérine
Dans le cadre de trois études publiées simultanément, des chercheurs ont implanté des embryons humains issus de fécondation in vitro ou des « modèles embryonnaires » dans des « modèles » de muqueuse utérine humaine (cf. Les cellules iPS : pour le meilleur mais aussi pour le pire ?).
Trois études publiées simultanément
La première étude a été menée par une équipe internationale dirigée par des chercheurs du Babraham Institute à Cambridge et de l’université Stanford en Californie. Elle a été publiée dans la revue Cell[1]. La deuxième, publiée dans la même revue[2], est le fruit d’une collaboration entre des chercheurs de l’Académie chinoise des sciences à Pékin et de l’université du Texas. La troisième et dernière étude, menée principalement à l’université Shandong en Chine, a été publiée dans la revue Cell Stem Cell[3].
« Comprendre l’implantation de l’embryon et son développement juste après l’implantation revêt une importance clinique considérable, car ces étapes sont particulièrement sujettes à l’échec », veut justifier le Dr Peter Rugg-Gunn, du Babraham Institute.
Reproduire la muqueuse utérine
Dans les trois études, les chercheurs ont créé des « modèles tridimensionnels de l’endomètre humain » – toutes trois en utilisant deux types de cellules spécifiques : les cellules stromales et les cellules épithéliales.
Ces cellules ont été obtenues à partir de biopsies de l’endomètre ou d’échantillons issus d’hystérectomies. Elles ont ensuite été cultivées – parfois, des organoïdes ont été créés comme « étape intermédiaire » – et enfin combinées de manière à « imiter la structure de la muqueuse endométriale ».
Les embryons « naturels » comparés à leurs « modèles »
Dans la première étude, les chercheurs ont étudié l’implantation d’embryons humains donnés par des couples ayant eu recours à la FIV et de blastoïdes[4]. Les embryons « naturels » ont continué à se développer après l’implantation, mais conformément à la législation britannique et aux directives internationales, les expériences ont été interrompues avant que le développement embryonnaire ne dépasse 14 jours à compter de la fécondation.
Certains blastoïdes ont également réussi à s’implanter à la surface du « modèle d’endomètre ». Ils ont continué à développer « les types de cellules et les structures que l’on attendrait dans des embryons naturels, jusqu’à présenter des caractéristiques compatibles avec celles d’embryons naturels qui se sont développés pendant 12 jours après une fécondation » (cf. Une nouvelle méthode « performante » pour créer des « modèles embryonnaires »).
Evaluer l’impact de traitements sur l’implantation
Dans la deuxième étude, l’implantation a été comparée entre des « modèles » d’endomètre créés à partir de tissus de patientes en bonne santé – elles étaient tombées enceintes après une FIV – et des « modèles » d’endomètre créés à partir de tissus de patientes ayant subi « au moins trois échecs d’implantation après une FIV »[5]. Après avoir constaté que les embryons « naturels » s’implantaient moins bien dans ces derniers, les chercheurs ont examiné les effets de différentes substances, afin de déterminer quels médicaments semblaient améliorer les taux d’implantation.
Pour mener cette étude, les chercheurs ont utilisé une cinquantaine d’embryons issus de FIV, et mené un millier d’expériences supplémentaires avec des blastoïdes (cf. La justice annule une autorisation de recherche utilisant 400 embryons humains).
Des conclusions similaires dans les trois études
Les embryons implantés dans les « structures endométriales » semblaient se développer très bien jusqu’à la limite de 14 jours. « Ces embryons semblaient beaucoup plus normaux – tant en termes de morphologie que d’activité génétique – que les embryons qui ont été cultivés, dans ces laboratoires et dans plusieurs autres, pendant une période similaire dans une matrice 3D non cellulaire », souligne le Pr Robin Lovell-Badge du Frances Crick Institute à Londres.
Un « succès » qui pourrait impliquer la présence de « signaux » entre les embryons et les types de cellules endométriales, chacun favorisant le développement de l’autre. Une autre possibilité (qui pourrait être complémentaire) est que cela pourrait signifier qu’un meilleur « soutien structurel » du tissu endométrial aide l’embryon à « remodeler l’environnement en fonction de ses propres besoins », tout en permettant peut-être également un meilleur apport en nutriments et une meilleure élimination des déchets.
Des start-ups déjà sur les rangs
Ce n’est pas la première fois que des chercheurs tentent d’utiliser des organoïdes pour ce type de recherche. Au moins deux start-ups ont levé des fonds pour commercialiser des « systèmes » similaires, présentant dans certains cas les organoïdes comme « un outil permettant de prédire le succès d’une FIV ».
Outre Dawn Bio, une start-up basée à Vienne, on peut aussi citer Simbryo Technologies, à Houston, qui a annoncé le mois dernier qu’elle commencerait à proposer des « prédictions « personnalisées » » aux femmes recourant à la FIV, à l’aide de blastoïdes et d’organoïdes endométriaux.
Un semblant de prudence
Plusieurs chercheurs impliqués dans ces études ont tenu à souligner que leur travail portait « principalement sur l’implantation embryonnaire, et non sur l’ectogenèse ». Aucun des « modèles » de muqueuse utérine utilisés dans ces études ne contenait de tissu vasculaire : ils ne pouvaient pas supporter le flux sanguin nécessaire au maintien d’un placenta.
L’année dernière, l’International Society for Stem Cell Research (ISSCR) avait mis à jour ses lignes directrices relatives à la recherche sur les cellules souches et à leur application clinique, en ajoutant une interdiction concernant « la culture dans un système in vitro artificiel conçu pour développer des SCBEM[6] jusqu’à leur viabilité (c’est-à-dire l’ectogenèse) » (cf. Des « modèles embryonnaires » plus difficiles à distinguer : l’ISSCR actualise ses recommandations).
NDLR : En revanche, les chercheurs ne reconnaissent pas les graves problèmes éthiques soulevés par l’utilisation d’embryons à des fins de recherche, ou celle de « modèles embryonnaire » qu’ils soient conçus à partir d’iPS ou de cellules souches embryonnaires (cf. « La science avance plus vite que la capacité de la société à débattre de ce que ces avancées impliquent »). Ce type de travaux atteint à la dignité de l’être humain en considérant l’embryon comme un matériau de laboratoire (cf. Le zygote « n’est pas un projet parental, il est un projet de lui-même »).
Ignorant toute prudence, le Pr Robin Lovell-Badge en profite au contraire pour réclamer une nouvelle fois l’extension des délais de culture, que ce soit des embryons « naturels » ou des « modèles embryonnaires » (cf. Recherche sur l’embryon : le régulateur britannique veut repousser la limite à 28 jours).
[1] M. A. Molè et al. Modelling human embryo implantation in vitro, Cell (2025). DOI: 10.1016/j.cell.2025.10.027
[2] Q. LI et al. A 3D in vitro model for studying human implantation and implantation failure, Cell (2025), DOI: 10.1016/j.cell.2025.10.026
[3] J. Song et al., 3D post-implantation co-culture of human embryo and endometrium, Cell Stem Cell (2025), https://doi.org/10.1016/j.stem.2025.12.002
[4] « embryons de synthèse » obtenus « directement » à partir de cellules souches, ici des cellules souches embryonnaires humaines, sans passer par la fécondation.
[5] après le transfert « d’au moins quatre embryons de bonne qualité au total »
[6] Stem-cell based embryo models
Sources de la synthèse de presse : BioNews, Jen Willows (05/01/2026) ; BioNews, Professor Robin Lovell-Badge (05/01/2026) ; Medical Xpress, Babraham Institute (23/12/2025) ; MIT Technology review, Antonio Regalado (23/12/2025)