Euthanasie, GPA, manipulations génétiques : face aux « dérives actuelles », Léon XIV rappelle « la valeur unique et irremplaçable de chaque être humain »
Le 25 septembre, le Pape Léon XIV s’est adressé à Emmanuel Macron, aux autorités, à la société civile et au corps diplomatique, au sein du palais de l’Elysée[1]. La défense de la vie, de la dignité de tout être humain, a été au cœur de son message.
« L’illumination d’esprits d’exception français, qui étaient en même temps de grands catholiques, souligne combien les sciences, les arts, la littérature, la philosophie peuvent concourir au bien de l’humanité dès lors qu’ils sont orientés vers la recherche du beau, du bien et du vrai, afin que le monde ait la vie », introduit Léon XIV.
Or, « la liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas de simples mots gravés sur les frontons de vos édifices publics, mais renvoient à des exigences éthiques universelles qui trouvent aussi dans le message évangélique une source inépuisable d’inspiration et d’accomplissement », a-t-il interpellé. « La Déclaration universelle des droits de l’homme, qui fut proclamée dans cette ville de Paris – et où le juriste français et prix Nobel de la paix, René Cassin joua un rôle de premier plan dans son élaboration – a eu pour but de créer une conscience générale de la dignité inaliénable de la personne humaine. »
« Il est urgent de former les esprits à un discernement éthique »
« La question du respect de la dignité humaine et des droits et libertés fondamentaux qui dérivent de la nature humaine se pose à toute époque et doit accompagner les évolutions de la société et du progrès technique, a souligné le Pape. En effet, « au fil des siècles, le développement technologique a contribué à une amélioration significative des conditions de vie de l’humanité ; en même temps, chaque étape du progrès a également révélé la face ambiguë d’outils susceptibles de causer du tort lorsqu’ils ne sont pas mis au service du bien »[2] ».
Dès lors, « pour ne pas perdre notre humanité au milieu du « paradis de machines »[3] qui envahissent et conditionnent notre quotidien, il est urgent de former les esprits à un discernement éthique, capable de voir ce qui est moralement bon », enjoint Léon XIV (cf. Master-Class Science et Ethique : se former pour « garder le cap »).
« Il existe de nos jours la tentation d’attendre de la science une solution et une consolation à toutes nos souffrances »
Citant les « œuvres de saint Vincent de Paul, [le] renouveau caritatif du XVIIe siècle, et aujourd’hui encore [les] nombreuses institutions catholiques où des soignants accompagnent nos frères et sœurs fragilisés par la souffrance », Léon XIV souligne : « leurs témoignages d’attention et de service constituent une véritable école d’humanité sur la grandeur du soin et un rappel vibrant de la valeur unique et irremplaçable de chaque être humain ». « Ils sont aussi une invitation à la fraternité renouvelée qui nécessite d’apprendre à accueillir la vie sans condition, à soutenir la fragilité avec tendresse, à accompagner avec respect et dans la confiance réciproque chaque étape de l’existence, et à défendre avec courage et compassion ceux qui n’ont pas de voix ou qui ne se sentent pas suffisamment soutenus. » (cf. « La valeur de la personne ne dépend pas de ce qu’elle réalise ou produit » : Léon XIV rend hommage à Jérôme Lejeune)
« C’est pourquoi je réaffirme « avec force que la protection du droit à la vie constitue le fondement incontournable de tout autre droit humain »[4], poursuit le Saint-Père.
Or « il existe de nos jours la tentation d’attendre de la science une solution et une consolation à toutes nos souffrances » (cf. DPI-A : derrière l’argument des fausses couches, un nouvel outil de sélection contre les embryons porteurs de trisomie). Et « le risque est souvent de tomber dans l’illusion ». Léon XIV alerte, affirmant sa « préoccupation » face aux « dérives actuelles des sociétés qui risquent de détourner la science et la technologie en entreprises lucratives favorisant les manipulations génétiques, la gestation pour autrui, l’achat d’organes ou l’offre d’une mort programmée ». On ne saurait être plus clair.
« Que votre liberté grandisse sans cesse dans le souci du bien commun »
« N’oublions pas que le respect mutuel et la protection de la vie de toute personne humaine est une responsabilité de chacun et de tous, qui commence par une conversion de l’intelligence et du cœur, et qui nécessite un engagement réel et désintéressé envers nos frères et sœurs », rappelle le Pape.
Reprenant la devise de la France, Léon XIV invite avec insistance : « Que votre liberté grandisse sans cesse dans le souci du bien commun. Que votre fraternité embrasse l’humanité tout entière. Et que l’égalité à laquelle vous aspirez s’établisse toujours sur les fondements de la justice et de la charité, sans supprimer les différences entre les personnes, mais en les faisant fructifier harmonieusement au profit de la société tout entière ».
Une interpellation salutaire alors que le président de la République a promulgué le 18 août la loi relative au « droit à l’aide à mourir » et que la révision de la loi de bioéthique pourrait aggraver encore un peu plus les atteintes à la dignité humaine (cf. Etats généraux de la bioéthique : derrière la « prévention », l’eugénisme ; PMA post-mortem, ROPA, embryons cultivés 21 jours : les recommandations de l’OPECST pour la prochaine loi de bioéthique).
[1] La Croix, Texte intégral – Léon XIV en France : le discours prononcé par le pape à l’Élysée (25/09/2026)
[2] Magnifica humanitas, n. 4
[3] Georges Bernanos, La France contre les robots, Rio de Janeiro 1946, p. 114
[4] Discours au corps diplomatique, 9 janvier 2026