GPA : en Espagne, une entreprise propose des enfants « sous garantie »
L’Espagne interdit la pratique de la GPA depuis 2006[1]. Cette disposition a été renforcée en 2023 avec l’interdiction de la publicité pour des agences, notamment en ligne[2] (cf. Espagne : de futures mesures contre la GPA ?). Ainsi en juillet 2025, l’agence Go4Baby a été condamnée par le Tribunal d’instance de Madrid pour « publicité illicite et déloyale » et n’apparaît plus (cf. La justice espagnole condamne une entreprise pour avoir fait la promotion de la GPA en Ukraine). Certaines agences internationales parviennent malgré tout à transgresser la loi et à être visibles en ligne pour d’éventuels clients résidant en Espagne.
Gestlife cite la loi et la transgresse sur une même page
Quand on se rend sur le site de Gestlife en se connectant d’Espagne, la page d’accueil dont l’URL a un suffixe en « .es » indique que la loi de 2023 interdit à l’entreprise de faire la publicité dans ce pays et cite même les articles concernés. Puis on lit une invitation vers la page web d’autres pays, sur laquelle on trouvera « des informations et non pas de la publicité » : « L’information que vous trouverez sur nos pages est informative (sic) et s’adresse aux journalistes ou étudiants qui veulent s’informer sur ce qu’est la gestation pour autrui », peut-on lire sur la page web[3].
Le visiteur peut alors cliquer sur des icônes qui mènent à d’autres URL portant le suffixe de la France, de l’Italie ou de l’Allemagne, mais qui indiquent toutes le même numéro de téléphone avec un indicatif espagnol, la même adresse à Barcelone et la même offre commerciale (cf. GPA en France : deux cas de violation de la loi).
« Pas de liste d’attente et de meilleurs tarifs ! » : des incitations à effectuer des GPA en Ukraine
L’entreprise, qui opère depuis les Etats-Unis, relance ensuite le visiteur avec des publicités répétées sur Instagram qui osent : « Tout ce que tu as à faire est de fournir le matériel génétique de ton futur enfant. Gestlife et ses filiales s’occupent du reste (…) Une GPA en Ukraine coûte entre 53.000 et 75.000 euros ».
Quant à l’évocation de l’Ukraine, elle n’a pas de quoi susciter la moindre inquiétude : « A chaque problème, une solution. Depuis le début de la guerre, les jeunes femmes se bousculent pour être mère porteuse. Pas de liste d’attente et de meilleurs tarifs ! » (cf. GPA en Ukraine : deux naissances par semaine de commanditaires français)
Eugénisme, « garantie de remplacement de l’enfant » et aide juridique
L’entreprise propose un « diagnostic génétique » qui « garantit que chaque embryon implanté sera le meilleur »[4].
Le « service client » comprend en outre la « réinitialisation du programme ». Un euphémisme pour désigner la « garantie de remplacement de l’enfant » (à condition qu’il soit âgé de moins de deux ans) « en cas de décès du bébé, quelle qu’en soit la raison ou la cause, y compris les accidents domestiques ou de la route », précise le site web. L’objectif, selon l’entreprise, est que le client ait « la certitude d’avoir l’enfant tant désiré, quoi qu’il arrive ».
Gestlife propose également une assistance juridique en cas de difficulté à faire reconnaître le lien de filiation à l’état civil en Espagne (cf. Espagne : les enfants nés par GPA ne seront plus enregistrés « directement » à l’Etat civil ; Un tribunal espagnol reconnaît la paternité d’un enfant né au Mexique par gestation pour autrui).
Un « bola de grossesse » pour que le nouveau-né « se sente en sécurité »
L’agence de GPA Gestlife a conscience du fait que l’enfant né par GPA sera arraché au seul et unique environnement des premiers mois de son existence… et elle a tout prévu ! Pour aider à la « transition » de la mère porteuse vers le ou les « parents d’intention », Gestlife fournit à la première un « bola de grossesse ». Elle portera le bijou en pendentif, à hauteur de son ventre : ce son « parvient au bébé, qui l’associe à sa mère », explique l’entreprise. Puis après sa naissance, le bola est remis au « parent d’intention », « pour que le bébé continue à reconnaître ce lien et se sente en sécurité » (cf. PMA, GPA : omerta sur le sort de l’enfant).
En experts de la GPA au niveau international, l’agence Gestlife a anticipé tous les obstacles – légaux, et même de conscience – auxquels les Espagnols pourraient faire face. Les agences de GPA sont passées maîtres dans l’art de trouver des clients dans les pays où elle est interdite (cf. GPA : la Conférence de la Haye renonce à son projet de convention internationale).
[1] Loi 14/2006 sur les techniques d’aide à la reproduction humaine
[2] Loi organique 1/2023 de modification de la Loi organique 2/2010 sur la santé sexuelle et reproductive et l’interruption volontaire de grossesse
[3] https://gestlifesurrogacy.com/es/
[4] El Mundo, Daniel J. Ollero, Las trampas de las empresas de gestación subrogada para seguir ‘vendiendo’ bebés ucranianos: desde 53.000 euros y con dos años de garantía « en caso de fallecimiento » (09/04/2026)