« Modèles embryonnaires » : un groupe de chercheurs international propose un « cadre de référence pour la recherche »
Considérant que les « modèles embryonnaires » ou « embryons de synthèse » (SCBEM[1]) soulèvent des questions scientifiques mais également « d’ordre pratique, éthique et juridique »[2], un groupe de chercheurs « du monde entier » indique avoir élaboré « un cadre de référence pour la recherche, le développement technologique et la réglementation » en la matière.
Leurs recommandations ont été développées dans un livre blanc publié dans la revue Human Reproduction[3]. Ils ont plus particulièrement abordé les questions éthiques dans un article publié quant à lui dans la revue Nature Cell Biology[4].
Promouvoir la comparaison avec des embryons issus de FIV
« L’énorme diversité des SCBEM présente de grands avantages, mais elle complique la reproductibilité, la surveillance réglementaire et l’atteinte d’objectifs de transfert clinique », affirment les chercheurs. Dès lors ils recommandent de publier des protocoles précis et détaillés, « en s’inspirant des meilleures pratiques de la communauté des organoïdes » (cf. Organoïdes : voie prometteuse pour la recherche ou précipice éthique ?).
Il serait en outre nécessaire selon eux de « procéder à une comparaison rigoureuse des données sur les SCBEM humains avec celles concernant les embryons humains issus de FIV au stade préimplantatoire et les embryons de primates non humains » (cf. Des chercheurs implantent des embryons humains dans des « modèles » de muqueuse utérine).
Les scientifiques préconisent aussi la création de biobanques.
Favoriser les interactions public-privé, comme avec les chercheurs travaillant sur la PMA
Les chercheurs veulent « encourager les interactions entre les chercheurs travaillant sur les SCBEM et la communauté de la procréation médicalement assistée », ainsi que « les interactions entre les secteurs privé et universitaire » : « Les besoins cliniques renforceront ce domaine de recherche et orienteront les applications qui en résulteront. » Des « plateformes SCBEM spécialisées pour la recherche sur l’infertilité » devraient également être créées.
Les scientifiques appellent à mettre au point des SCBEM « de haute qualité, de grade clinique ». « Cela devrait servir de base aux applications pratiques des SCBEM, en particulier celles liées à la tératologie et à la médecine régénérative », estiment-ils.
Une obsession : distinguer ces « modèles » des embryons humains
En matière éthique et juridique, plusieurs instances ont débattu ces dernières années sur les problématiques entourant les « embryons de synthèse ». Des lignes directrices et recommandations internationales ont été publiées par de grandes sociétés scientifiques, comme la Société internationale pour la recherche sur les cellules souches (ISSCR) et la Société européenne de reproduction humaine et d’embryologie (ESHRE) (cf. Des « modèles embryonnaires » plus difficiles à distinguer : l’ISSCR actualise ses recommandations)[5]. Des recommandations qui semblent avoir pour but essentiel de laisser une grande marge de manœuvre aux chercheurs (cf. « Unibébés », « bébés multiplex », ou issus biologiquement de deux parents de même sexe : « Les gens ne se rendent peut-être pas compte de la rapidité avec laquelle la science évolue »).
Mais le groupe de scientifiques tient à proposer ses propres recommandations qui commencent par « établir un statut juridique et éthique distinct pour les SCBEM ». « En raison de leur potentiel de développement limité, les SCBEM actuels ne devraient pas être considérés comme des embryons humains, ni au sens biologique ni au sens juridique », estiment-ils (cf. « Hématoïdes » : des « modèles embryonnaires » produisent des cellules sanguines). Mais les « modèles embryonnaires » ont-ils toujours un « potentiel de développement limité » ? Lors des dernières rencontres de la biomédecine au mois d’octobre dernier, le Pr Sophie Brouillet, chef de service du laboratoire de Biologie de la Reproduction-DPI-CECOS au CHU/Université de Montpellier affirmait, désignant une photo d’« embryon de synthèse » : « Ce blastoïde, si je viens le replacer dans un utérus, potentiellement ça peut me donner un bébé plus tard. Il y a tous les éléments en tout cas pour pourvoir le faire ». S’empressant d’ajouter : « Evidemment c’est interdit ».
D’ailleurs les chercheurs préconisent d’interdire le transfert de « modèles embryonnaires » humains « dans l’utérus d’un être humain vivant, ou dans l’utérus d’un animal non humain vivant ». Les tentatives visant à réaliser une ectogenèse devraient, elles aussi, être explicitement interdites, jugent-ils (cf. Un utérus humain a été maintenu « vivant », hors du corps, pendant 24 heures).
Vers une gouvernance internationale, qui « s’adapte » aux progrès scientifiques ?
Le groupe de scientifique appelle à « créer un registre en libre accès répertoriant les décisions pertinentes prises par les différents comités d’éthique » et à « mettre en place un groupe international d’éthiciens consultants » qui pourrait ensuite « assister » d’autres comités.
Des « limites spécifiques » – y compris des délais de culture – devraient être identifiées, mises en place et contrôlées, tout en restant conformes aux normes internationales, recommandent-ils. Il s’agit aussi de conserver la « confiance du public ». Mais sur ces sujets qui peuvent paraitre bien techniques, le citoyen s’interroge-t-il encore ?
Les chercheurs concluent leurs recommandations en préconisant de « mettre en œuvre des cadres de gouvernance dynamiques » : « Des mises à jour régulières des lignes directrices relatives aux SCBEM devraient être exigées, à mesure que les capacités scientifiques évoluent ». En matière de recherche sur l’embryon, il est un seul invariant : le « cadre », quel qu’il soit initialement, ne cesse de s’élargir (cf. La recherche sur l’embryon en France : 30 ans d’assouplissement législatif ; 30 ans de lois de bioéthique : « changeons la règle pour rester en règle »).
[1] Des embryons obtenus à partir de cellules souches sans passer par une fécondation. SCBEM est l’acronyme de stem-cell-based embryo model. On notera l’apparition d’un acronyme pour désigner ces « modèles ».
[2] BioNews, Professor Alfonso Martínez Arias, Dr Nicolas Rivron et Dr Naomi Moris, Developing an international framework for stem-cell-based embryo models (20/04/2026)
[3] Alfonso Martinez Arias, Nicolas Rivron, Shahragim Tajbakhsh, Josephine Johnston, Cantas Alev, Laure Bally-Cuif, Elvan Böke, Tommaso Cavazza, Emma Cave, David Cyranoski, Laurent David, Miguel A Esteban, Jianping Fu, Niels Geijsen, Nienke de Graeff, Jacob H Hanna, Nick Hopwood, Maneesha S Inamdar, Fredrik Lanner, Brigitte Leeners, Zhen Liu, Maitre Jean Leon, Gabriella Minchiotti, Naomi Moris, Megan Munsie, Kathy K Niakan, Olivier Pourquie, Vincent Pasque, Martin Pera, Yaojin Peng, Sophie Petropoulos, Sharad Ramanathan, Janet Rossant, Peter Rugg-Gunn, Mitinori Saitou, Karen Sermon, Jose Silva, Thorold Theunissen, Margherita Turco, John Wallingford, Hongmei Wang, Aryeh Warmflash, Jun Wu, Leqian Yu, Human stem cell-based embryo models: innovation, ethics, and policy, Human Reproduction, 2026;, deag035, https://doi.org/10.1093/humrep/deag035
[4] Moris, N., Martinez Arias, A., Pera, M. et al. Morally relevant features warranting ethical oversight in human stem cell-based embryo models. Nat Cell Biol 28, 659–664 (2026). https://doi.org/10.1038/s41556-026-01881-4
[5] Les recommandations de l’ISSCR ont été « adaptées et mises en œuvre au niveau national en France », indiquent les chercheurs.