Ultime liberté : le refus de la vulnérabilité

Publié le 29 septembre 2025
Ultime liberté : le refus de la vulnérabilité
© iStock - aldomurillo

Ces derniers jours, le procès des militants de l’association Ultime liberté s’est poursuivi (cf. « Notre action relève de la désobéissance civile » : 12 militants d’« Ultime Liberté » devant la justice). « Avec son défilé à la barre de médecins ou intellectuels spécialistes du sujet, d’anonymes ayant aidé leurs proches à en finir, le procès à Paris de militants du suicide assisté s’est transformé pour sa première semaine en tribune pour l’aide à mourir. » (cf. Procès d’Ultime Liberté : « Nous ne sommes pas à l’Assemblée nationale, nous sommes dans une salle d’audience »)

Des militants pour défendre des militants

Jeudi 18 septembre, des personnalités sont invitées pour défendre les prévenus. Parmi elles, François de Closets, ancien journaliste et militant « de longue date » au sein de l’association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) dont il est membre du comité d’honneur (cf. « Fin de vie : comme pour les frites, et si on faisait aussi bien que les Belges ? »).

« Tout le monde sent bien que nous sommes à un moment de bascule, considère l’essayiste. Au-delà de la défense de l’ordre établi, la justice peut jouer un rôle plus noble comme elle l’a fait pour l’IVG en entendant ce mouvement de la société qui prépare l’avenir » (cf. « Une forme de nihilisme désormais présent au sein même de l’Etat » : après l’IVG, Emmanuel Macron reprend le dossier de la fin de vie).

Le 22 septembre, c’est le docteur Denis Labayle qui « s’est longuement exprimé » (cf. « La société a besoin de repères solides : ne détruisez pas ceux qui fondent encore la solidarité »). Le praticien milite lui au sein de l’association Le Choix. Il avait lancé en 2007 un manifeste en faveur de l’euthanasie (cf. « Aide à mourir » : la justice est-elle frileuse face aux médecins pratiquant des euthanasies ?). Son intervention vante des actes qui seraient « hautement illégaux mais hautement humains ». La présidente doit rappeler aux membres du public qui applaudissent qu’il ne s’agit pas « d’une conférence ».

Un lexique choisi pour masquer une réalité violente

Les prévenus soignent également leur lexique : « douce », « digne », « sereine » sont les qualificatifs qui « reviennent continuellement dans la bouche des prévenus ». « Au fil de leurs interrogatoires, on comprend à quel point la dépendance, comme la violence, leur font horreur. » (cf. Fin de vie : « ayez le courage de nous laisser vivre ! »)

Tous « répètent comme un mantra » : « On meurt mal, en France ». La loi Leonetti laisserait « agoniser » quand les soins palliatifs rimeraient avec « souffrance, dépendance et perte de dignité » (cf. La dignité est « inconditionnelle »).

La toute-puissance d’adhérents « motivés »

Pour se défendre ils invoquent des « notions floues » : celles d’adhérents « suffisamment solides », « compétents » ou « motivés » pour prendre en charge des demandes de mort, mais également la « conviction profonde » que telle personne doit être « délivrée ».

Aucun « protocole » propre à l’association n’existe non plus. « On n’avait pas besoin d’un cadre pour agir. C’était notre manière d’être qui primait », affirme Michel Denis, l’un des prévenus.

Interrogé sur le suicide d’une femme qui s’était vu refuser la procédure en Suisse (cf. Deux sœurs « en parfaite santé » se suicident en Suisse), « le prévenu élude ». « Certes, la souffrance psychique de cette femme pouvait altérer son discernement », concède-t-il. Tout en expliquant avoir appris d’un de ses amis psychiatres, que le discernement « c’est assez subjectif ».

Sources de la synthèse de presse : AFP (19/09/2025) ; Libération (14/09/2025) ; La Croix, Antoine d’Abbundo (19/09/2025) ; Le Figaro, Nicolas Daguin (22/09/2025) ; La Croix, Mélanie Priol (27/09/2025)