Un bébé est né, embryon il comptait trois jeux de chromosomes
Un embryon qui comptait à l’origine trois pronuclei[1] a donné naissance à un bébé en bonne santé après le retrait microchirurgical de l’un des pronuclei.
« Corriger » un embryon par « énucléation »
Après la fécondation, un zygote normal possède deux globules polaires[2] et deux pronuclei (PN). Un PN provient de l’ovule et l’autre du spermatozoïde, et chacun contient un jeu de chromosomes.
Une étude chinoise publiée dans le Journal of Ovarian Research[3] explique comment un zygote tripronucléaire, comportant trois pronuclei au lieu de deux, a été « corrigé » à l’aide d’une technique microchirurgicale appelée énucléation. Après culture et transfert de l’embryon, il a donné naissance à un bébé « en bonne santé ».
Il ne s’agit pas d’une « technique courante » précisent les auteurs de l’étude. « Elle ne doit être envisagée que comme une mesure de secours expérimentale. »
Des embryons issus d’ICSI
L’embryon aux trois pronuclei avait été obtenu par injection intracytoplasmique de spermatozoïde (ICSI), une technique qui consiste à injecter un seul spermatozoïde directement dans un ovule (cf. L’ICSI, une procédure « coûteuse et invasive » conduisant à « une perte de temps »). Lors du « contrôle de la fécondation », sept des huit embryons ainsi fabriqués contenaient trois pronuclei et un seul globule polaire. Ce qui semble indiquer que les pronuclei supplémentaires provenaient des ovules.
Les embryons dotés de trois PN sont généralement considérés comme « anormaux » et détruits. Dans ce cas, la patiente s’est vu proposer la technique d’énucléation microchirurgicale qui s’apparente à celle utilisée pour un « don mitochondrial » (cf. Le « don de mitochondrie » : avancée scientifique ou recul éthique ?).
Les chercheurs ont procédé à l’énucléation de six zygotes en sélectionnant l’un des PN de la mère à retirer, afin que les embryons obtenus aient un jeu de chromosomes issu de chaque parent. Les six ont survécu à la procédure et sont revenus à l’état 2PN. Après avoir cultivé les embryons en laboratoire, deux des embryons énucléés ont atteint le stade de blastocyste et ont été congelés « pour une utilisation future ».
Une technique quand les ovocytes sont « précieux » ?
Avant le transfert, les blastocystes ont subi des tests génétiques afin de vérifier l’absence d’anomalies chromosomiques (cf. Une nouvelle étude remet en cause la pertinence du DPI-A). L’un d’entre eux a ensuite été « sélectionné » pour le transfert. Un petit garçon en bonne santé est né, sans présenter de problème de santé ou de développement après la naissance.
Les chercheurs envisagent le développement de cette technique « dans les cas où les ovocytes sont extrêmement précieux », comme chez les patientes présentant une faible réponse ovarienne ou chez celles qui ne peuvent pas subir un autre cycle de prélèvement d’ovocytes « pour des raisons médicales ou financières ».
[1] Le pronucleus ou pronoyau est le noyau issu d’un des gamètes, avant la fusion des matériels génétiques
[2] Les globules polaires ou corps polaires sont obtenus après les deux étapes de la méiose. Normalement au nombre de deux, ils peuvent être trois si le premier corps polaire obtenu entre également dans la deuxième étape de méiose.
[3] Journal of Ovarian Research, Healthy live birth after microsurgical enucleation of tripronuclear human zygote derived from ICSI: a case report (04/11/2025)
Source de la synthèse de presse : BioNews, Eleanor Gallegos (10/11/2025)