Un nouveau « modèle » pour observer des aspects de l’embryon humain 28 à 35 jours après la fécondation
Dès le moment où un embryon commence à se former, une communication bidirectionnelle est essentielle pour garantir le bon développement des tissus et des organes. Les deux premières structures physiques à se former dans l’embryon sont le tube neural et les somites, qui deviendront respectivement le système nerveux central, la colonne vertébrale, les côtes et les muscles squelettiques.
« Nous ne pouvons pas étudier la formation dynamique de ces tissus à partir d’embryons humains, car ils se développent relativement tard et, d’un point de vue éthique, nous ne pouvons pas cultiver d’embryons pendant plus de 14 jours », explique Naomi Moris, qui dirige le Developmental Models Laboratory du Francis Crick Institute. Des chercheurs ont décidé de recourir à des « modèles embryonnaires » pour contourner les interdits encore en vigueur (cf. Une « feuille de route » pour des recherches sur l’embryon humain jusqu’à 28 jours ; Recherche sur l’embryon : le régulateur britannique veut repousser la limite à 28 jours).
Des cellules qui communiquent entre elles
Dans une étude publiée dans Nature Cell Biology[1], Komal Makwana et Louise Tilley, membres de l’équipe, expliquent avoir « adapté leurs méthodes expérimentales » pour produire un « nouveau modèle » qui s’auto-organise autour de 10 somites parallèlement à un seul tube neural. Ces « structures » reflètent certains aspects des embryons humains 28 à 35 jours après la fécondation[2] (cf. « Hématoïdes » : des « modèles embryonnaires » produisent des cellules sanguines; Une nouvelle méthode « performante » pour créer des « modèles embryonnaires »).
« Si nous créons les conditions adéquates, les structures peuvent développer spontanément les deux tissus, de manière organisée dans le temps et l’espace », affirme Komal Makwana.
Les « modèles » ne contiennent pas de notochorde, une structure en forme de tige qui coordonne le développement des tissus au milieu du corps en sécrétant des facteurs de signalisation (cf. Le « GPS » de l’embryon en développement fabriqué in vitro). « Nous avons introduit des signaux qui provenaient à l’origine du notochorde et avons observé un changement dans le destin des cellules. Mais nous avons également constaté une structuration spontanée dans le tube neural, montrant qu’il se développait en différentes identités selon l’emplacement des cellules », explique Komal Makwana. « C’était fascinant, car cela suggère que les cellules des somites et du tube neural communiquaient entre elles. »
Observer le développement de l’embryon, à tout prix ?
Les chercheurs ont ensuite étudié le « paysage de signalisation » au sein du « modèle ». « Grâce à ce système, nous pouvons suivre l’émergence et l’interaction des structures clés, mettant ainsi en lumière une étape du développement humain que nous n’avions jamais pu observer auparavant », déclare Naomi Moris.
Les auteurs de l’étude, dans la « déclaration éthique » présente en préambule de la section « méthodes » de la publication, écrivent : « le modèle ne comporte pas de tissus extra-embryonnaires (et est donc « non intégré » selon la terminologie de l’International Society for Stem Cell Research (ISSCR) de 2021 sur les modèles embryonnaires (cf. Des « modèles embryonnaires » plus difficiles à distinguer : l’ISSCR actualise ses recommandations)) et ne comporte pas non plus de tissus tels que le mésoderme antérieur, intermédiaire et latéral, la notochorde, l’endoderme et l’ectoderme non neural, entre autres. » Suffirait-il de fabriquer un ersatz d’embryon, non viable, conçu afin de répondre aux interrogations des chercheurs, pour faire disparaitre toute problématique éthique ?
Mais l’aveuglement ne s’arrête pas là. Les auteurs poursuivent : « Aucun embryon humain n’a été utilisé dans cette recherche ». Pourtant, pour obtenir ce qu’ils qualifient de « modèles », de « structures » ou de « système », les chercheurs n’ont pas eu seulement recours à des cellules iPS mais aussi à des cellules souches embryonnaires humaines. Leur utilisation a conduit à la destruction des embryons dont elles sont issues (cf. Des « embryons de synthèse » humains fabriqués à partir de CSEh).
Les scientifiques concluent leur « déclaration éthique » en précisant que « toutes les recherches sur les cellules ES[3] humaines ont été menées au Francis Crick Institute avec l’accord du comité directeur de la banque britannique de cellules souches (numéro d’agrément SCSC21-06) » et que « ces travaux ont été menés conformément aux directives 2021 de l’ISSCR ». Les directives et les comités veulent rassurer, mais le constat est clair : pour les chercheurs, l’embryon est un simple matériau de laboratoire (cf. La justice annule une autorisation de recherche utilisant 400 embryons humains).
[1] Komal Makwana et al, Modelling co-development between the somites and neural tube in human trunk-like structures, Nature Cell Biology (2025). DOI: 10.1038/s41556-025-01813-8
[2] Phys.org, Uncovering early embryonic communications using new stem cell model, The Francis Crick Institute (16/12/2025)
[3] Pour embryo stem, souche embryonnaire en français