Un Sénat divisé dit non à l’« aide à mourir »
Après avoir examiné la proposition de loi relative à l’« aide à mourir » (cf. Le Sénat enterre l’« aide à mourir », et consacre un droit opposable « au meilleur soulagement possible ») et celle sur les soins palliatifs (cf. Soins palliatifs : une « loi c’est bien », mais « il manque une volonté politique » au Sénat) en un temps record, les sénateurs étaient rassemblés ce mercredi pour le vote solennel de ces deux textes. Et contrairement aux séances précédentes, ils étaient massivement présents. C’est donc dans une atmosphère plus animée que la semaine dernière qu’une « coalition des contraires » s’est exprimée, par 181 voix contre 122, contre le texte issu de leur débat, qui excluait l’acte létal.
« Le rôle de l’Etat n’est pas d’organiser le suicide »
Les explications de vote ont commencé avec le texte relatif à l’« aide à mourir ». Les clivages sont clairs mais pas leurs conséquences en termes de vote. Car le texte initialement destiné à instaurer un « droit à l’aide à mourir » est devenu celui d’un « droit opposable au meilleur soulagement possible […] sans qu’aucune intervention volontaire ait pour intention de provoquer la mort ou d’aider à mourir » à l’issue des débats en première lecture par les sénateurs. Même si ceux-ci ont renoncé à renommer la proposition de loi. Lors des débats dans l’hémicycle, Pierre Cuypers (LR) a en effet retiré l’amendement qui proposait de renommer le texte en « proposition de loi relative aux droits des personnes en fin de vie, au soulagement de la douleur et à la prévention de l’obstination déraisonnable »
Comme le rappelle Daniel Chasseing (LIRT), des « conceptions antagonistes » ont conduit au rejet de l’article 4 de la proposition de loi, qui était dédié aux critères d’accès à l’« aide à mourir ». Le rejet de cet article « est le fruit d’une convergence de convictions », abonde Frédérique Puissat (LR). Une partie de son groupe votera en faveur du texte réécrit et supprimant l’acte létal. Comme le groupe RDPI, pour des raisons sensiblement différentes. Xavier Iacovelli (RDPI) déplore « un texte vidé de sa substance », Marie-Pierre de la Gontrie (SER) un texte « désarticulé ». Son groupe, lui, s’y opposera. Comme celui de Silvana Silvani (CRCE-K) qui estime que « ce texte n’a plus aucun sens aujourd’hui ».
Au contraire, Christopher Szczurek (NI) se réjouit d’une proposition de loi qui favorise le « droit à vivre ». « Nous pensons que le rôle de l’Etat n’est pas d’organiser le suicide mais de mettre chacun à égalité face à la souffrance ».
Des convictions qualifiées de « sabotage »
Pour Olivier Henno (UC), il s’agirait de « choisir entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité ». Il indique que les votes seront partagés au sein de son groupe.
Pourtant, si l’on prend le texte dans sa globalité, « il est difficile d’être entièrement contre : on ne peut pas être contre le renforcement de l’accompagnement en fin de vie », pointe Daniel Chasseing. Chaque sénateur prend position et la proposition de loi relative au « droit à mourir » est finalement rejetée par 181 voix. Seuls 122 sénateurs se sont prononcés en faveur du texte[1]. « Une forme de sabotage collectif » pour Xavier Iacovelli. Le terme est également dans la bouche d’Anne Souyris (GEST).
Considérant que cet examen fait apparaitre le Sénat comme « réactionnaire », Bernard Fialaire (RDSE) ose : « Heureusement que l’IVG a été constitutionnalisée ». Son groupe a lui aussi rejeté le texte. Selon le sénateur, le monde serait menacé de « déshumanisation ». Mais n’est-ce pas proposer la mort au lieu du soulagement qui est une « déshumanisation » ? (cf. Euthanasie, tri des embryons humains… Pourquoi la réhumanisation est une urgence)
Les députés déjà sur les rangs
Par son vote, le Sénat rejette le texte issu de la première lecture de l’Assemblée. C’est donc ce dernier, le plus permissif au monde, qui servira de base aux députés pour l’examen en deuxième lecture (cf. Fin de vie : « il serait inimaginable de reprendre un texte qui, sur bien des aspects, aurait été le plus laxiste au monde »). Un exercice qui semble simple pour des députés libérés pour l’heure de toute proposition de réécriture du Sénat.
« Je pense que le Sénat doit rester dans le compromis », plaide Olivier Henno, formant « le vœu que ce texte puisse aller au bout du processus parlementaire ». Cela fait en effet peu de doutes.
« Le principe constitutionnel, c’est le dernier mot à l’Assemblée », souligne ce mercredi le ministre des Relations avec le Parlement, Laurent Panifous[2]. Chez les promoteurs de l’euthanasie et du suicide assisté, la volonté est là, inflexible. Dès la semaine dernière, avant même le verdict du Sénat, ils étaient à nouveau sur le pied de guerre. « Mon engagement est clair : permettre l’adoption du texte avant l’été 2026, pour une application avant la fin du quinquennat », affirmait Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée nationale. La proposition de loi est déjà inscrite à l’agenda des députés, le 4 février en commission puis le 16 février en séance.
[1] Scrutin n°169 – séance du 28 janvier 2026 sur l’ensemble de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir
[2] Public Sénat, Laurent Panifous espère trouver « dans les jours qui viennent un compromis sur les ZFE » (28/01/2026)